COMÉDIE MUSICALE

« Mamma Mia ! » : Abba les Sex-ties !

par Aymeric Nollé

mercredi 29 février 2012

Avec un succès planétaire jamais démenti depuis dix ans et déjà 500 000 spectateurs à Paris, « Mamma mia » caracole en tête des musicals en déclinant les tube pop d’Abba. Pourtant, ce qu’on enterre en «  pat d’eph  », c’est la famille et le mariage. Sous le strass, le stress !

Sur la scène de Mogador, le décor idyllique d’une charmante île des Cyclades… La Grèce au positif ! Dans la fosse, un orchestre rodé au succès d’Abba, le groupe pop le plus «  dance  » des années post soixante-huitardes. Dans la salle, un public jeune, curieux du phénomène qui a bercé la jeunesse de leurs parents côtoie des cohortes de sexagénaires venus en rangs serrés vibrer au son des vingt-deux mélodies cultes, enfilées comme des perles par la grâce d’un livret fédérateur dû à Catherine Johnson et mis en scène par Phyllidia Lloyd sous la houlette de Judy Craymer, cheville ouvrière de cette triade féminine. Sans oublier bon nombre de trentenaires venus en famille, attirés par les standards musicaux si toniques et par la belle affiche qui montre une jeune mariée éclatante de bonheur… La promesse de vivre quelques instants privilégiés d’une joie sans mélange.
Sur scène, Sophie, l’héroïne, poste en secret trois lettres comme on jette des bouteilles à la mer… Égée ! On est à trois mois du jour de ses noces et c’est un «  piège à pères  » qu’elle est en train de tendre. En effet, élevée par Donna, mère courage à la mode 68 (chanteuse d’un groupe pop les Dynamos, trio qu’elle forme avec ses meilleures amies Rosie, la pétroleuse et Tania la gaucho), Sophie souffre d’un syndrome d’abandon de père inconnu qu’elle veut à tout prix identifier pour fonder son propre foyer sur autre chose qu’un fantôme. Sa mère a sauté la case mariage au grand dam de cette jeune oie blanche ! Aussi veut-elle faire les choses dans l’ordre : se marier en blanc et vivre ensuite avec son époux pour avoir des enfants… C’est presque surréaliste ! Donna est catastrophée par un tel formalisme même si elle a tiré le diable par la queue en tenant seule sa petite auberge tout en élevant sa fille : son Monnaie, monnaie / J’suis pas millionnaire ! en porte témoignage dans un extraordinaire moment d’énergie musicale et chorégraphique.

La veille du grand jour débarquent Sam, l’architecte beau gosse, Paul, le photographe baroudeur et Henri, financier à la gaïtude discrète, étrange trinité paternelle dont Sophie est certaine qu’elle saura percer le secret qui la hante depuis l’enfance afin que l’un d’eux la conduise à l’autel. Tous les ingrédients d’une comédie romantique sont dès lors réunis. Nouvelles idylles, anciennes amours et quiproquos en tout genre permettent d’éclairer la riche palette des chansons d’Abba, de l’irrésistible Dancing queen, au désespéré C’est la loi du plus fort pour conclure par le magique Waterloo qui offrit au groupe la victoire en 1974 à l’Eurovision et qui doit à la troupe chaque soir et partout dans le monde une standing ovation.

Car la gageure était de taille : Björn Ulvaeus et Benny Anderson, auteurs-compositeurs de ces tubes planétaires se refusaient à voir concocter une simple «  Abba Story  » comme ce fut le cas pour Joe Dassin en 2011 à l’instigation de son fils. Il fallait une histoire qui tienne la route, une histoire d’amour capable de charmer toutes les générations, sans changer d’aucune manière la moindre des paroles de leurs standards brevetés ! Il fallait aussi de l’humour et il s’y trouve, souvent graveleux… Enfants, bouchez ce qui reste de vos chastes oreilles ! Et des chorégraphies dignes du Westend et Broadway (défi largement relevé)…sans compter les costumes fleurant les émules des Claudette. Enfin une bonne dose d’autodérision féministe qui rend souvent le jeu désopilant. C’est grâce à une telle recette que Mamma mia compte 42 millions de spectateurs dans le monde. «  La petite graine d’idée conçue par Judi Craymer est devenue un baobab  » de son propre aveu. Le parfait «  feel good show  » capable de vaincre la morosité ambiante !
Pour imaginer ce livret, Catherine Johnson et ses deux comparses ont juste mis en scène leur propre histoire de féministes du XXe siècle tirant parti de la théâtralité des textes : «  rompre n’est jamais facile, mais je dois partir, c’est la meilleure chose à faire  » permet de parler flatteusement du «  divorce moindre mal  ». La triade créative affirme que le succès est dû au public «  qui se voit littéralement sur scène  » dans ce show où la famille décomposée-recomposée et le mariage à l’essai (c’est le bouquet final de la mariée !) font florès. Tout a l’air si «  cool  » sous les cieux helléniques ! On se laisse volontiers emporter dans le tourbillon du show et l’efficacité musicale des mélodies… Même si un zeste d’amertume affleure en arrière-goût. Et si un tel succès n’était que le deuil éclatant du bonheur ?

http://www.ticketnet.fr/Resultat/idtier/1141714?ipSearch=MAMMA%20MIA&gclid=CPGntf27w64CFYUmtAod3nILfg

http://www.billetreduc.com/65584/evt.htm?gclid=CMz96da7w64CFQ1lfAodUlWIVA

http://www.stage-entertainment.fr/mamma-mia?gclid=CNCL0vC7w64CFe4htAodnTYqWQ

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