Magistère

Les papes contre la franc-maçonnerie

par Véronique Jacquier

jeudi 3 juin 2021

Le pape Clément XII initie, en 1738, l’opposition catholique avec la bulle In eminenti apostolatus specula.

L’Église a toujours été constante dans sa condamnation de la franc-maçonnerie.

La franc-maçonnerie naît officiellement à Londres le 24 juin 1717. Vingt ans plus tard, elle est l’objet de la première condamnation pontificale. Le pape Clément XII publie à cet effet en 1738 la bulle In eminenti apostolatus specula. Les mots du Saint-Père sont virulents, évoquant les francs-maçons comme «  ce genre d’hommes qui tels des voleurs percent la maison, tels des renards travaillent à démolir la vigne, et pervertissent le cœur des simples  ». Le Souverain pontife achève le document de manière très explicite : «  Nous avons conclu de condamner et d’interdire ces dites sociétés. [...] Nous les condamnons par notre présente constitution valable à perpétuité. [...] Nous ordonnons aux fidèles de Jésus Christ de s’en tenir à l’écart sous peine d’excommunication.  »

La condamnation de Léon XIII

Par la suite, tous les papes confirmeront la sentence de Clément XII. Benoît XIV, dans le document Providas en 1751, Pie VII en 1821, dans Ecclesiam a Jesu Christo, Léon XII dans Quo graviora en 1825, Pie VIII avec l’encyclique Traditi en 1829, Grégoire XVI avec l’encyclique Mirari vos en 1832, et Pie IX en 1846 avec l’encyclique Qui pluribus.

Mais l’un des textes pontificaux les plus précis en la matière reste l’encyclique Humanum genus du pape Léon XIII en 1884. Non seulement le Souverain pontife y critique la duplicité de la franc-maçonnerie – « Un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits et un mauvais n’en peut pas porter de bons  » –, mais il y souligne aussi sa haine à l’encontre de l’Église. Avec presque cent ans d’avance, il fustige «  l’hédonisme et ses graves conséquences dans le domaine des mœurs  », notamment «  l’attaque contre le mariage et l’éducation des enfants  ». Léon XIII est d’autant plus combatif que l’Église subit alors en France, sous la IIIe République, les violentes attaques des francs-maçons, qui conduisent dès 1880 à l’expulsion de 265 congrégations religieuses et l’interdiction de tout enseignement religieux dans les écoles publiques.

De nos jours

Il faudra ensuite attendre 1983 pour que la Congrégation pour la doctrine de la foi coupe court à toute interprétation fallacieuse d’une possible double appartenance à l’Église et à la franc-maçonnerie. La déclaration romaine du cardinal Ratzinger, alors préfet de cette Congrégation, dit ceci : «  Le jugement négatif de l’Église sur les associations maçonniques demeure inchangé dans le nouveau Code de droit canonique, parce que leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Église et l’inscription à ces associations reste interdite par l’Église… Il est stipulé par ailleurs que les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la communion eucharistique.  » Le document, approuvé par Jean-Paul II, ne rappelle pas que les catholiques initiés à la franc-maçonnerie sont excommuniés, la sanction demeurant en effet inchangée. En mai 2013, deux mois après l’élection du pape François, un curé de Haute-Savoie, membre d’une loge rattaché au Grand Orient de France, a été démis de ses fonctions par l’évêque d’Annecy, à la demande de Rome.

Dès son accession au trône de saint Pierre, l’actuel Souverain pontife s’est en effet toujours montré très hostile à la franc-maçonnerie, allant jusqu’à l’évoquer à son retour des JMJ en juillet 2013 dans l’avion qui le ramenait de Rio de Janeiro au Vatican. Il dénonçait alors «  les lobbys de la cupidité, les lobbys politiques, les lobbys maçonniques  » qui faisaient pression pour infiltrer l’Église

Messages

  • Merci de ces articles clairs et actuels.
    Ici, vous terminez en affirmant que le document approuvé par JPII ne rappelle pas l’ex communication des francs-maçons.. Pourtant dans la phrase précédente vous citez le rappel que les fidèles appartenant à ces groupes sont « en état de péché grave » et « ne peuvent accéder à la communion eucharistique »
    Autrement dit, sont excommuniés…
    Cordialement

  • J’aurais aimé que le pape François ait la même attitude envers la messe dite de Saint Pie V que ce saint pape promulguée licite et cela à perpétuité. Vous faites état de la bulle du pape Clément XII qui condamne la franc-maçonnerie à perpétuité et repris par les papes suivants et vous avez raison. Alors pourquoi ce pape François défait ce qu’une autre pape (St Pie V) a décrété à perpétuité, pape élevé en plus à la sainteté.
    Avec notre pape actuel, c’est deux poids, deux mesures.

    Voilà ci-après ce qu’a déclaré le pape Saint Pie V dans sa bulle Quo Primum Tempore du 14 juillet 1570 :

    "Nous concédons et accordons que ce même missel pourra être suivi en totalité dans la messe chantée ou lue, dans quelque église que ce soit, sans aucun scrupule de conscience et sans encourir aucune punition, condamnation ou censure, et qu’on pourra valablement l’utiliser librement et licitement, et cela à perpétuité."

  • cf : 27 août, 11:22, par jo

    Comme on le sait, le sujet "excommunication" est complexe et a fait l’objet de bien d’interprétations selon la compréhension, les goûts et les desiderata des un et des autres, et le contenu exact du droit canonique n’est pas forcément à la portée de tous.

    Dans ce message du 27 août un merci est formulé pour "ces articles clairs et actuels" et d’autre part on y découvre comme une sorte de mise au point à une contradiction : "Vous terminez en affirmant que le document approuvé par JPII ne rappelle pas l’excommunication des francs-maçons. Pourtant dans la phrase précédente vous citez le rappel que les fidèles appartenant à ces groupes sont "en état de péché grave" et "ne peuvent accéder à la communion eucharistique" fin de citation.

    En fait, ce qu’on lit dans l’article c’est : "Le document, approuvé par JPII, ne rappelle pas que les catholiques initiés à la franc-maçonnerie sont excommuniés, la sanction demeurant en effet inchangée". Bis repetita : "la sanction demeurant en effet inchangée".

    Autrement dit, que JPII ne mentionne pas la sanction ne signifie aucunement qu’elle n’existe plus.

    Cordialement.

  • Tout d’abord on est en droit de se demander ce que vient faire la messe dite de saint Pie V à la suite de l’article titré : "Les papes contre la franc-maçonnerie" ; comme d’autres auraient, eux, aimé que le respect dû uniquement ne serait-ce qu’au titre de telle ou telle autorité soit rendu. Apprécier tel ou telle ou pas, être d’accord ou non avec ce qu’il ou elle disent ou font est un droit absolument légitime. Ne conviendrait-il pas cependant de faire attention à la façon dont on présente une autorité quelle qu"elle soit : "ce pape François" qui, est-il faussement avancé, "défait ce qu’un autre pape... a décrété à perpétuité" et, pour en terminer : "Avec notre pape actuel c’est deux poids, deux mesures". La messe dite de Pie V aurait-elle été jamais interdite sous un quelconque pontificat ?

    Chacun reste bien entendu libre de préférer, par exemple, que le prêtre soit dos au public plutôt que de lui faire face, que la sainte hostie soit déposée sur la langue des communiants plutôt que placée dans leur main etc... Comme il se trouve aussi que des ardents défenseurs de telle ou telle façon de célébrer la sainte liturgie ne soient pas toujours en capacité d’en expliquer les gestes, les symboles, la raison des différentes couleurs des vêtements liturgiques, le choix des lectures durant la messe. L’évangile de dimanche dernier est éloquent lequel rappelle les mots de Jésus...

    Il ne s’agit pas ici de défendre le pape François (qui est assez grand pour se défendre tout seul) il convient par contre de rappeler que le titre unique de "successeurs de Pierre" ne fait pas d’eux pour autant des clones. Il y a une expression qui veut qu’après avoir créé un être humain Dieu a cassé le moule dans lequel il a été formé, autrement dit chaque être est unique.

    Participer à la messe en latin plutôt qu’à l’actuelle et vice versa sont des choix personnels, et ne serait-il pas plus judicieux d’éviter aux ennemis des catholiques le plaisir de les voir se tirer dessus à boulets rouges pour des questions aussi futiles qu’inutiles ?...

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