Traduit par Charlotte

Les drogues et la recherche du bonheur

Par Howard Kainz

vendredi 24 mars 2017

Il faut que nous comprenions que les « hauts naturels » viennent spontanément, et qu’ils ne devraient pas être recherchés, et jamais dans le faux paradis des drogues.

Au début de l’Ethique à Nicomaque, Aristote examine la variété des activités humaines recherchant - le plaisir, l’honneur, le savoir, etc. – et conclut qu’aucune d’entre elles n’est recherchée pour elle-même. Le seul bien recherché pour lui-même est le bonheur. Il serait absurde de demander aux gens pourquoi ils cherchent le bonheur. Les êtres humains sont, pour ainsi dire, « programmés » pour rechercher le bonheur. Même le masochiste ou le suicidaire cherchent le bonheur, quoique ce ne soit pas de la bonne manière.

De plus en plus précis, Aristote tente de définir le bonheur idéal comme celui de vivre une vie longue et vertueuse en bonne santé, avec des possessions matérielles suffisantes, et exerçant notre pouvoir rationnel avec quelques bons amis, et peut-être aussi de bons enfants.

Il est évident que cet idéal demande une certaine quantité de chance et aussi des talents. Mais il admet que « de grands malheurs continuels » peuvent rendre difficile la réalisation du bonheur, méme pour la personne la plus vertueuse.

Une version plus accessible du bonheur se trouve dans une devise que je voyais au centre récréatif de mon université – « cherche un haut naturel » - clairement destiné à décourager l’usage des droques et à encourager l’utilisation des courts de tennis, de la piscine, des haltères, ou (dans mon cas) des courts de racquetball, pour fortifier le corps et l’esprit.

La devise du centre récréatif contient une pépite de vérité. Faire du sport, aider les autres, être créatif dans les arts et la musique et la philosophie peut apporter un état d’euphorie naturel. Mais si nous mettons nos espoirs dans n’importe laquelle de ces activités, nous faisons encore fausse route.
Le problème vient de notre tendance tellement humaine à chercher un bonheur presque infini et sans mélange. Comme St Augustin l’a écrit dans les Confessions : « Nos cœurs sont agités jusqu’à ce qu’ils reposent en Dieu. » Aucune quantité de richesse, plaisir, pouvoir, popularité, etc. ne peut les satisfaire. L’agitation s’ensuit toujours.

Le récent ouvrage du Fr. Robert Spitzer, L’aspiration de l’âme vers les hauteurs, propose des arguments philosophiques, psychologiques et scientifiques pour l’aspiration humaine très répandue à la transcendance. De telles tendances peuvent conduire vers une recherche sérieuse – ou être ignorées. Celui qui a ignoré ces tendances (et redéfini la transcendance comme un simple rapport à « l’altérité ») est l’existentialiste Jean-Paul Sartre. Il aspirait à être l’un des rares grands philosophes athées, et dans son livre de 1964, Les Mots, il mentionne qu’il a eu une fois une expérience concrète de la présence de Dieu et qu’il a résolument rejeté l’expérience.
Dans Paradoxe et mystère de l’Eglise, le théologien Henri de Lubac écrit :
L’image de Dieu est profondément empreinte dans la nature humaine (et donc dans tous les hommes), c’est-à-dire, une qualité qui constitue en elle – et même sans elle – une sorte d’appel secret vers l’objet de la révélation pleine et surnaturelle apportée par le Christ.

Le Nouveau Testament peut être « responsable » d’offrir à tous un aperçu d’une expérience de transcendance infinie mais réalisable. Jésus incontestablement « monte la barre » de nos espérances de bonheur quand Il dit : « Donnez et on vous donnera ; on versera dans votre giron une bonne mesure, pressée, tassée et débordante. 1 » (Luc VI :38), et offre « une source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jean IV :14) aussi bien que « le centuple » de bonheur pour ceux qui le suivent (Mathieu XIX :29).

Méme Aristote suggère dans l’Ethique qu’« il y a » peut-être dans chacun « un bien naturel plus fort que lui qui vise à son propre bien. »

En tout cas, beaucoup ne sont manifestement pas satisfaits du « haut naturel » du centre récréatif (ou de l’amitié, des activités créatives, de la musique, etc.), mais cherchent quelque chose de beaucoup plus intense et satisfaisant.

Les hôpitaux de tout le pays sont actuellement débordés par les cas de surdosage de drogues. En 2015, 52.000 américains y sont arrivés trop tard et n’ont pas pu être ressuscités. Quelques-uns de ces cas sont des personnes qui ont cherché un « instant d’euphorie instantané » (peut-être après avoir utilisé de la marijuana ou fait des expériences avec des produits contenant de l’opium trouvés sur l’étagère à pharmacie de leur grand-mère, puis cherchant des « hauts » de plus en plus intensifs jusqu’à ce qu’ils approchent d’une limite mortelle). D’autres sont devenus toxicomanes involontairement après avoir pris des médicaments sur ordonnances légitimes.

Si l’une des causes principales de l’utilisation des drogues pour obtenir un « bonheur instantané » vient de notre « orientation naturelle vers le surnaturel » (comme l’a dit un théologien), une aide surnaturelle devrait peut-être figurer en priorité dans la liste des remèdes recherchés. Certains évangélistes ont suivi cette voie pour combattre la toxicomanie.

Indirectement, cette « approche surnaturelle » a contribué à la fondation du mouvement « catholique pentecôtiste », à laquelle j’étais présent. En tant qu’étudiant diplômé de l’université Duquesne en 1966, un camarade de chambre m’a demandé instamment de participer à des relations interactives avec un groupe de protestants pentecôtistes pour lire et discuter le livre du pasteur David Wilkerson, La Croix et le poignard. Ce livre raconte l’histoire de jeunes de New York sauvés de la drogue et de la violence des gangs par le pouvoir du Saint Esprit.

J’ai consenti à lire le livre qui est devenu un best-seller, mais j’ai dit que j’étais trop occupé à écrire ma thèse pour assister à leurs réunions ou pour suivre leur retraite. Pendant cette retraite, cependant, il y a eu de puissantes manifestations d’une nature pentecôtiste, ce que personne ne pourrait nier. Ensuite, mon camarade de chambre et d’autres ont insisté pour que j’assiste à des réunions de prière. Je l’ai fait, mais jamais, autant que je sache, je n’ai reçu le « baptême de l’Esprit » ou parlé en langues comme certains des autres. J’étais peut-être trop cérébral.

Je n’ai aucune raison de douter que mes amis de Duquesne aient eu une expérience semblable à l’expérience pentecôtiste racontée dans les Actes, et à la descente de l’Esprit dans les épitres du Nouveau Testament. Mais je crois que finalement ils ont mené une vie normale avec des « hauts naturels » et sans immersion intensive dans le pentecôtisme.

Nous devons comprendre que « les hauts naturels » viennent spontanément et ne devraient jamais être recherchés. Des écrivains spirituels sains mettent en garde contre la recherche d’expériences spirituelles intenses. Le plus important, c’est une erreur grave et potentiellement fatale de chercher dans les drogues « un bonheur instantané ». Comme Francis Seeburger avertit dans Toxicomanie et responsabilité, la toxicomanie est « une copie perversement intelligente » de « la paix transcendante de Dieu » qui est complètement en dehors du faux paradis de la drogue.

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Source : https://www.thecatholicthing.org/2017/03/22/drugs-and-the-pursuit-of-happiness/


Image : Saint François en extase par Caravaggio, c. 1595 [Wadsworth Atheneum, Hartford, CT)

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