Les conférences épiscopales
et le siège romain

par Gérard Leclerc

lundi 7 mai 2018

Le concile Vatican II a voulu explicitement l’institution généralisée des conférences épiscopales, en se réclamant d’une pratique attestée dès les premiers siècles de l’Église. Il s’agissait « d’associer les forces et les volontés en vue de promouvoir le bien commun de l’ensemble des Églises et de chacune d’elles ». Il convenait donc de ranimer « la vénérable institution des synodes et des conciles », « afin de pourvoir, selon les circonstances, de façon plus adaptée et plus efficace, au progrès de la foi et au maintien de la discipline dans les diverses Églises » (décret sur la charge pastorale des évêques dans l’Église). À la suite du concile, les conférences épiscopales s’instituèrent dans l’ensemble des pays du monde, non sans quelques difficultés pratiques et doctrinales. Il fallait respecter l’articulation entre l’autorité personnelle de l’évêque dans son diocèse et la dynamique d’une institution, qui, parfois, la fragilisait. Le père de Lubac se trouvait dans l’obligation d’une mise au point doctrinale sur Les Églises particulières dans l’Église universelle (1971).

Les reproches jadis portés sur la centralisation romaine pouvaient se transposer à l’encontre des bureaucraties nationales. Il fallait trouver le bon équilibre. Par ailleurs, le rayonnement du pontificat de Jean-Paul II, suite à la dépression post-conciliaire, produisit forcément un recentrage moral autour de Rome. Le pape François a voulu revenir à l’intention des Pères de Vatican II et il insiste beaucoup auprès des conférences épiscopales pour que celles-ci acquièrent une réelle autorité pastorale et spirituelle, distincte du centre romain. Cette attitude vient encore de se confirmer à la suite d’un désaccord survenu en Allemagne à propos de l’autorisation possible donnée à un conjoint luthérien d’accéder à la communion eucharistique. Un bon tiers des évêques allemands s’opposant à cette dernière, le désaccord a été porté devant la Congrégation pour la doctrine de la foi. Mais celle-ci, sur instruction du Pape, n’a pas voulu trancher : « François demande à la Conférence des évêques allemands de trouver un accord aussi unanime que possible dans l’esprit de la communion ecclésiale. »

Le vœu du Pape pourra-t-il être exaucé ? On peut d’autant plus s’interroger que la tendance minoritaire qui s’oppose à la majorité déclare que le projet envisagé viole « la foi catholique et l’unité de l’Église ». On verra très vite si l’accord est vraiment possible. Dans la négative, on se retrouverait dans la situation, décrite par saint Irénée de Lyon, d’une Église de Corinthe déchirée et ne trouvant de solution à sa querelle que par un recours à l’Église de Rome, pour permettre aux fidèles « de se réconcilier dans la paix, renouveler leur foi et leur annoncer la Tradition reçue naguère des apôtres » (saint Irénée, Contre les hérésies).

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