Les cinq ans du pape François

par Gérard Leclerc

lundi 12 mars 2018

Le cinquième anniversaire de l’élection du cardinal Bergoglio au siège de Pierre donne lieu à des commentaires souvent contrastés. Ceux qui le louent le plus souvent pour son action réformatrice s’interrogent sur les obstacles qu’il rencontre, notamment à propos du traitement du dossier éprouvant de la pédophilie dans l’Église. Mais avant tout examen de cette action aux aspects multiples, et dont il est difficile d’apprécier les résultats dans un laps de temps aussi court, il convient de se recentrer d’abord sur la personnalité spirituelle d’un Pape trop souvent jugé en termes caricaturaux, qu’ils soient positifs ou négatifs. Il est vrai que François a parfois donné prise à ces raccourcis par des formules abruptes. Mais on a toujours avantage à se reporter à ses textes, qui donnent toujours énormément à réfléchir, avec un sens du discernement qu’il a appris à l’école de saint Ignace de Loyola et de ses exercices spirituels.

Rien n’est plus trompeur que de se fixer, par exemple, sur le stéréotype du « Pape progressiste ». Tout le parcours du jésuite Bergoglio, notamment dans les années difficiles, vécues pendant la dictature de Videla, montre la conduite éclairée d’un responsable échappant à tous les pièges idéologiques et menant fermement sa barque au milieu des périls qui venaient de tous côtés. On ne comprend rien à sa personnalité en la réduisant à des passions idéologiques ou partisanes. François est d’abord un homme de Dieu, uniquement soucieux d’aider ses frères à se reconnaître dans sa lumière, au milieu de leurs perplexités et de leurs peurs. Rien ne le caractérise mieux que le conseil qu’il donnait aux évêques du Brésil, lors des Journées mondiales de la jeunesse en 2013 : « Si nous ne formons pas des ministres capables de réchauffer le cœur des gens, de marcher dans la nuit avec eux, de dialoguer avec leurs espoirs et leurs déceptions, de réparer ce qui a été blessé en eux, quelle joie pouvons-nous espérer pour notre chemin présent et à venir ? »

C’est toute une attitude pastorale qui se dessine ainsi et fait plus appel à un accompagnement personnel attentif qu’au rappel à des interdits, même si ceux-ci ne sont pas édulcorés. L’ouverture chez François ne signifie jamais perte de soi, mais exigence supérieure : « Du néant, du rien, du brouillard de l’auto-conscience, on ne peut pas dialoguer, on ne peut pas commencer à dialoguer. Et d’autre part, il ne peut pas y avoir un dialogue authentique, si nous ne sommes pas capables d’ouvrir notre esprit et notre cœur, avec empathie et accueil sincère de ceux avec qui nous parlons » (Rencontre avec les évêques d’Asie, en Corée du Sud, 2014).

Les dossiers que le successeur de Benoît XVI a ouverts ne sont pas près d’être refermés. Leur caractère crucial doit susciter de notre part plus de désir d’approfondissement que de tentation de repli partisan. Aussi bien c’est notre prière qui doit accompagner François à l’occasion de ce cinquième anniversaire.

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Les citations du Pape sont tirées d’un précieux Lexique publié par les éditions du Cerf, avec une très suggestive introduction du cardinal O’Malley, archevêque de Boston.

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