Traduit par Antonia

Les chrétiens ne seraient-ils pas des cibles faciles ?

Par Howard Kainz

mardi 8 décembre 2015

Le lobby des armes et leurs sympathisants (ainsi que quelques auteurs de bandes dessinées) ont récemment appelé l’attention du public sur le fait que les panneaux « zones sans armes » à l’entrée des musées, des écoles, des églises, des centres commerciaux etc... peuvent être interprétés comme une invite adressée aux tueurs fous ou aux nihilistes suicidaires qui veulent entraîner autant d’individus que possible dans la mort avec eux.

Le christianisme est dans un certain sens une zone « sans armes ». La religion chrétienne est tellement attachée à la paix qu’elle pourrait déclencher des réactions agressives de même nature de la part de personnes ou systèmes malveillants.

Il existe bien sûr des chrétiens et des dirigeants chrétiens violents. Mais dans l’ensemble du Nouveau Testament on ne saurait trouver une seule phrase pouvant raisonnablement inciter un chrétien à la violence ou aux conversions forcées.

Les quakers et d’autres chrétiens pacifistes sont en partie justifiés quand ils interprètent le christianisme comme encore plus radical que le bouddhisme dans son rejet de toutes les formes de violence. Ils se concentrent sur certains messages de Jésus : « tends-lui encore l’autre [joue] » (Mt. 5,39), « te requiert-il pour une cours d’un mille, fais-en deux avec lui » (Mt. 5, 41) , « [pardonne les offenses] jusqu’à soixante-dix-sept fois » (Mt. 18, 22), « prêtez sans rien attendre en retour » (Luc, 6,35), « à qui t’enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique » (Luc 6, 29), et « rengaine ton glaive » (Mt.26, 52). Les éthiciens jugeraient ces règles « surérogatoires » parce qu’elles vont bien au-delà des exigences du devoir et de la justice.
Le Nouveau Testament ne parle jamais du droit de légitime défense. Saint Augustin et d’autres théologiens ont donc dû s’attaquer aux questions touchant la justification des guerres. Ils ont élaboré les stricts critères d’une « théorie de la juste guerre », fixant de multiples conditions pour les déclarations de guerre et de multiples restrictions de la conduite pendant les conflits.

La théorie des guerres justes est rationnelle. Le Nouveau Testament dépasse mais n’abroge pas la loi naturelle de l’instinct de conservation et ses corollaires. Un particulier peut dans certains cas outrepasser les contraintes du devoir et tendre l’autre joue, mais les obligations sociales et politiques des dirigeants peuvent entraîner l’usage de la force pour préserver des vies et des biens.

Mais une religion trop douce pose un problème spécial : elle pourrait être une cible facile non seulement pour des sociétés et des gouvernements peu scrupuleux, mais aussi pour une secte politico-religieuse militante. Comme je l’ai mentionné dans un article précédent (« Religion et violence »), l’islam que nous affrontons dans le monde contemporain n’émet pas d’exhortations surérogatoires à la non-violence. Le fait que l’islam est constamment présenté comme une « religion de paix » est une anomalie, une sorte de nouveau langage orwellien, tout comme le meurtre des enfants à naître a pour nom « droit à la reproduction », « la sodomie institutionnalisée » est appelée « mariage » et le mot « sexe » a été remplacé par le mot « genre ».

La grande différence entre le concept de martyr dans le christianisme et dans l’islam permet de mettre en lumière les dangers que courent les cibles faciles. Dans le christianisme, le martyr qui mérite la félicité éternelle dans la contemplation de Dieu est un être prêt à souffrir et à mourir en témoin de sa foi. Dans l’islam, le martyr qui mérite une félicité éternelle de plaisirs sensuels est un être qui se fait tuer tout en tuant des « incrédules » (Coran 9, 111) – même des foules inconnues d’hommes, de femmes et d’enfants – promouvant ainsi le mouvement djihadiste dans le monde.

Les passages de l’Apocalypse de Jean qui décrivent les dernières batailles entre les forces du bien et du mal sont difficiles à interpréter, mais les chrétiens doivent envisager la possibilité d’un étrange « Harmaguédon ». Au lieu de deux énormes armées s’affrontant en une bataille décisive (comme cet épisode est en général présenté), nous aurons un autre scénario dans lequel des milliards de chrétiens sincères, la plus grande « cible facile » de toute l’histoire du monde, seront livrés au pouvoir de milliards de musulmans. En fait, l’eschatologie musulmane comprend la destruction et la soumission de tous les « incrédules » au cours d’un combat décisif dans lequel Jésus, sous son excentrique forme musulmane (Isa, le fils de Myriam, la sœur du frère de Moïse, Aaron [Coran 19, 27-28]), viendra briser toutes les croix chrétiennes, tuer les porcs et accorder les lauriers de la victoire à l’islam [Hadith rapporté par Al-Bukhari et Muslim].

Mais les événements des cent dernières années enlèvent son caractère fantastique à ce scénario biscornu de l’Harmaguédon : des millions de chrétiens massacrés en Arménie, en Syrie, en Iraq et ailleurs ; un million de chrétiens tués pendant les treize premières années du XXIe siècle ; plus de martyrs que pendant tous les siècles écoulés – sans parler du pillage et de la destruction de centaines d’églises en Iraq, en Egypte et au Nigeria pendant ces dernières années ; en Indonésie, un pays autrefois tolérant, selon un rapport du Gatestone Institute, plus d’un millier d’églises chrétiennes ont été fermées, détruites ou brûlées depuis 2006. (Si vous ne vous référez qu’aux grands médias, votre manque d’informations à ce sujet est excusable).

A l’heure actuelle, avec l’Etat islamique (Daech), nous assistons à l’avènement d’un nouveau « calife », le calife Ibrahim (Abou bakr al-Baghdadi). Pour la plupart des musulmans, ce calife, s’il parvient à survivre aux menaces proférées par d’autres prétendants, n’est pas seulement une figure de proue. Son existence pourrait fondamentalement transformer les conceptions eschatologiques des musulmans obéissants et traditionnels. Si la guerre « défensive » est toujours permise aux musulmans, seul le calife a le droit d’ordonner une guerre offensive de conquête et de destruction. Ce qui est en train de se passer, puisque des dizaines de milliers de jeunes musulmans se hâtent de rejoindre les rangs de Daech en Syrie et dans d’autres bastions.
L’Eglise catholique se qualifie de « militante », mais ce n’est qu’une métaphore, et doit s’entendre au sens spirituel. Les temps où un pape pouvait ordonner ou bénir une croisade sont révolus depuis longtemps, surtout compte tenu des documents du Concile Vatican II qui couvre d’éloges excessifs l’islam, religion « abrahamique » qui adore le même Dieu et se soumet à Ses décrets cachés. Et il va sans dire qu’aucune nation à présent ne voudrait défendre les chrétiens assassinés ou exilés par les islamistes, car pour les modernes « éclairés » ce serait une « guerre de religion », répétant les erreurs d’avant le Siècle des Lumières.

La conjonction de la soumission au modernisme dans le « monde développé » et de l’impuissante exposition des chrétiens à la violence et à l’asservissement dans les régions dominées par les musulmans pourrait déboucher sur une autre vision d’Harmaguédon et de la victoire : un martyre définitif de l’Eglise.

Samedi 5 décembre 2015

SOURCE : http://www.thecatholicthing.org/2015/12/05/christians-as-soft-targets/

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Photographie : Zones sans armes. A l’attention des criminels :

Tous les étudiants, professeurs et personnels respectueux des lois appartenant à cette institution ont été désarmés pour vous faciliter la tâche.


Howard Kainz est professeur émérite de philosophie de Marquette University. 

Messages

  • Encore un article emprunté à TCT sous la plume de Howard Kainz, bien connu de ceux qui se seront intéressés à cette rubrique. Kainz avait déjà retenu mon attention, j’ai oublié si j’avais ou non, réagi à un de ses articles. Quoiqu’il en soit, et concernant plus spécifiquement le billet ci-dessus, il est important de le lire, autant que possible, avec la compréhension de la tournure d’esprit d’un catholique des Etats-Unis, du décryptage approprié de son style, et avec, si je peux dire, son regard sur les évangiles et les événements que vit le monde actuellement.

    Tendre l’autre joue, est un sujet digne que l’on s’y arrête, Howard Kainz le fait, il développe cette notion, comment elle est comprise et/ou accaparée ici et là etc...

    Tout compte fait, et je l’exprime avec les réserves d’usage, on ne pourrait comprendre et entrer au cœur de l’expression de nos coreligionnaires des Etats-Unis, qu’en laissant de côté, pour un petit moment, et si possible, les relents d’un esprit cartésien qui pourrait, comment dire, fausser notre compréhension de leur regard sur l’Evangile. Les derniers (arrivés) seront, qui sait, les premiers quelque part. Le catholicisme aux Etats-Unis, est ’"neuf", mais comment rejeter d’office les signaux que nous donnent nos frères de là-bas, alors que leur regard sur l’Histoire, différent du nôtre, pourrait, on ne sait jamais, nous ramener à nous poser les vraies questions de manière différente.

    Tant que nous n’aurons pas, au moins, essayé de comprendre nos frères catholiques des Etats-Unis, il serait de la moindre des charités chrétiennes, c’est à dire de notre amour du prochain (le plus proche)
    non pas d’accueillir bêtement tout ce qu’il dit, mais au moins de le respecter et d’éviter, si possible, de le tourner en dérision, le qualifiant, sans le nommer d’idiot. Ce qui pourrait, si ce n’était déjà fait, et tout simplement, se retourner contre nous.

    Avec - la moindre des choses - mon appréciation de la traduction

    MERCI.

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