Traduit par Pierre

Les "Pro-Vie" bientôt soumis à la "dhimmitude" ?

par Hadley Arkes

mardi 22 novembre 2016

Ceci se passe lors du débat entre les deux candidats à la Vice-Présidence : Mike Pence y prononce les premiers mots, jusqu’alors, sur l’avortement. Et, je regrette de le dire, à un moment où les candidats étaient interrogés sur leur "foi".

Alors fut souligné le sous-entendu, trop largement répandu, que la protection de l’enfant à naître dépend de "croyances" portées par les religieux, croyances n’ayant nul besoin de l’approbation de ceux qui ne les partagent pas.

Pourtant, Pence suscita l’admiration dans le pays, de la part de commentateurs — dont Peggy Noonan — quand il expliqua :

« Selon moi, la sainteté de la vie découle de la croyance en cet ancien principe... où Dieu déclare "Avant que tu te formes dans le sein de ta mère, je te connaissais". Il disait la réalité de Dieu, créateur de la vie de l’homme qui est donc sacrée : tout selon moi commence par l’amour de la dignité, du prix, de la valeur de toute vie humaine. »

Ces quelques mots ajoutent quelque chose que de simples syllogismes ne sauraient soutenir. Car ils donnent ce que les athées ne peuvent vraiment apporter pour montrer la dignité intrinsèque de toute vie humaine. Mais alors Pence ajouta par un exemple. Il invoqua la question de "l’avortement par naissance partielle" : « L’idée même qu’un enfant presque né puisse se faire enlever la vie est pour moi un anathème. » [N.d.T. : L’avortement par naissance partielle consiste en la mise à mort juste avant la mise au monde. Il y a des survivants...]

C’était frappant, mais son discours n’était guère encourageant. Quel motif avait Pence de citer comme le plus évident le grave problème pour ses adversaires de la mise à mort de l’enfant sur le point de naître. N’a-t-il pas conscience que la question est désormais posée en termes plus forts ?

Les lecteurs de "The Catholic Thing" ont souvent entendu parler de cette loi passée voici plus d’un an à la Chambre des Députés, sanctionnant les chirurgiens qui tuent ces bébés survivant à l’avortement. Le scrutin fut 248 "pour" - 177 "contre", toutes les voix "contre" venant de Démocrates. Là est la question à présent, et non simplement la définition de l’avortement-naissance interrompue.

Car désormais, la position officielle des Démocrates sur le droit à l’avortement n’est pas limitée à la grossesse, elle concerne rien moins que le droit de mettre à mort un enfant survivant à l’avortement. C’est la position que Hillary sera amenée à soutenir.

Et tout autant pour Tim Kaine. [N. d. T. : Tim Kaine était alors candidat Démocrate à la Vice-Présidence]. Il se dit "bon chrétien", et a des réticences sur la question de l’avortement-naissance interrompue. Alors, votera-t-il au Sénat pour re-poser la question réglée par le texte voté au Parlement voici un an ? Renoncera-t-il à l’orthodoxie "pro-choix" de son parti, de son président et de sa candidate à la présidente ? [N. d. T. : cet article date de la campagne électorale !].

C’était d’évidence une tellement belle occasion pour Pence de poser la question, et si on lui demandait pourquoi il s’en est abstenu, la réponse semble tout autant évidente. Il ne savait évidemment pas qu’un texte "pro-vie" avait été adopté à la Chambre des Députés, ce qui montre que l’équipe de campagne de Trump est aussi peu consciente de la question, sans opinion sur le sujet, tout comme Pence lui-même.

Et comment auraient-ils pu savoir, après tout ? Les médias étaient restés silencieux là-dessus, et même les commentateurs catholiques à la télévision sont restés muets.

Pourtant l’équipe de campagne de Trump comporte un nombre impressionnant de conseillers catholiques. Certes, mais ces conseillers catholiques n’ont pas pensé à soulever la question, la plus pointue des questions, ou — vraisemblablement — ils n’exercent pas une véritable influence et ne pourront guère mettre en forme les déclarations publiques du candidat partisan de la question "pro-vie".

Et cependant il n’y a là rien de nouveau, on peut remonter à l’époque de Reagan ou du premier Bush, et le message reste le même : les dirigeants politiques expliquent aux partisans "pro-vie" que leurs intérêts seront défendus en s’adressant aux juges les plus compétents. C’est ainsi que les dirigeants politiques se défaussent de toute intervention sur le sujet.

C’est presque exactement ce que George W. Bush déclara au feu Père Richard John Neuhaus alors qu’il se préparait à lancer sa candidature à la présidence.

Et je crains que les "pro-vie" se soient laissés tenter là par une forme de "dhimmitude" tout comme était le cas de chrétiens se soumettant à une certaine subordination dans des pays musulmans.

Les Républicains sont fermement le parti "pro-vie" et ils voteront sans hésiter pour toutes les décisions pro-vie, et soutiendront les juges pro-vie. Mais leurs candidats aborderont de moins en moins le sujet et se tiendront en retrait de toute manifestation publique en ce domaine.

Cette attitude n’a rien de commun avec les relations entre politiciens et monde judiciaire du temps de Lincoln, car Lincoln prit la tête d’un mouvement pour contrer et retourner les sentences dans la célèbre affaire Dred Scott, affaire menaçant de répandre l’esclavage dans les "États libres".

Feu le Juge Frankfurter avait lancé un avertissement : laissez les juges prendre la place des politiciens pour prendre les décisions difficiles et on verra bientôt émerger une catégorie d’hommes politiques trop heureux d’échapper aux questions qui risquent de heurter leurs électeurs. Ils seront ravis de laisser les problèmes à controverses à ces politiciens en toge qui n’ont pas à se présenter pour une réélection.

Et c’est la conclusion émanant du Gouverneur d’Utopie : nos politiques nationales sont réduites à ne pas aborder les sujets que les citoyens trouvent trop ardus pour en discuter.

10 octobre 2016.

Source : Pro-lifers Settle for Dhimmitude.

Photo : Kaine et Pence.

https://www.thecatholicthing.org/2016/10/10/pro-lifers-settle-for-dhimmitude/

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