Traduit par Isabelle

Les Ides du lièvre de mars

par David Warren

jeudi 25 juillet 2019

Voici une ambivalence très au point pour le gentil lecteur : Le puritain veut bannir certaines choses parce qu’elles donnent du plaisir ; le catholique parce qu’elles sont un péché. Le premier critère est subjectif, le second objectif. (Est-ce que je vous ai déjà perdu ?)

D’abord, puisque je penche plutôt pour l’objectif, il existe des choses qui sont A LA FOIS plaisir ET péché ; Ces catégories ne sont pas exclusives l’une de l’autre. Et certaines choses, Dieu le sait, ne sont ni l’un ni l’autre. Mais l’instinct du rabat-joie ne fait pas de distinctions subtiles. Pour lui, ces catégories sont emmêlées.

Moralement aveugle, il tâte son chemin à travers un paysage semé d’obstacles, l’aveugle guidant l’aveugle, prenant par erreur des petites choses pour des grandes et les grandes comme insurmontables.

Il se peut que j’entache la mentalité puritaine. C’est sans risque : en effet, il semble ne plus exister aucun puritain auto proclamé pour se défendre. Mais sa mentalité est immortelle et peut-être qu’elle gouverne en enfer.

Commençons par le fait de fumer, comme j’aime le faire. L’opposition à cette pratique est justifiée à bien des points de vue, de nos jours principalement comme « problèmes de santé », principalement forgé de toutes pièces, mais affirmé avec une grande force émotionnelle. Mais on soupçonne que la vraie motivation profonde est que les gens qui fument y trouvent du plaisir. Si ce n’était pas le cas, on n’aurait pas besoin de les en empêcher.

On pourrait appliquer la même chose à beaucoup de plaisirs démodés, dont la jouissance n’était pas l’affaire de la société. Ou plutôt, c’était l’affaire de la société d’accommoder aussi gentiment que possible la liberté pour l’individu de faire ce qu’il a envie de faire tant que ce n’est ni mal, ni grave.

C’est un problème mineur qui a été gonflé jusqu’à devenir énorme par un sens moralisateur qui rampe aveuglément sur les mains et les genoux ; Qui est incapable de se redresser et de voir les choses dans leurs bonnes proportions.

Bien sûr, si on est un sophiste, (comme le sont tous les puritains) on va tisser un argument alambiqué dans lequel ce qui est agréable sera confondu avec ce qui est mal, et de nos jours, sous la dictature du relativisme, cela fournira des statistiques pour le conforter. Il faudra alors supprimer les statistiques contraires, car elles pourraient donner du plaisir aussi aux fumeurs.

Au contraire, l’avortement ne procure de plaisir à personne. Aucun vrai puritain ne me contredira. Excepté le plaisir abstrait du soulagement, après avoir tué une progéniture gênante, et de ce fait, échappé à une vie de responsabilité due aux conséquences de ses actes. Mais comme toute peine qui cesse, le plaisir abstrait de l’absence de peine ne dure pas plus longtemps que le plaisir qui a conduit à la grossesse – plaisir qui au moins était réel, dans certains cas.

Saint Basile le démodé (à Césarée au 4° siècle) a écrit une lettre à une « vierge tombée » que j’ai lue récemment. C’est une lettre longue et consciencieuse qui brille de sincérité, comme tout ce qui l’entourait. Les trois quarts de cette lettre sont remplis d’une condamnation érudite et biblique du péché de fornication dont elle s’est rendue coupable. Cependant dans sa compréhension humaine et sa sagesse bienveillante, il me rappelle Plutarque.

Aucun espace n’est perdu en excuses pour le fait que la femme a commis ce qui aux yeux de Dieu est un crime majeur. Seulement, après avoir rendu ceci parfaitement clair, Basile « avance » pour suggérer ce qui maintenant pourrait être fait pour réparer et pour retrouver quelque chance de sauver l’âme de la dame. En d’autres termes : vrai, en opposition à faux : Miséricorde.

Face à un double choix, celle à qui s’adressait cette lettre avait fait le mauvais, le choix à la fois du plaisir et du péché grave. Basile est conscient que la tentation était puissante, qu’elle proposait des « satisfactions » non pas simples, mais complexes. Ce n’était pas seulement la perspective d’un moment excitant ; le diable lui avait raconté une histoire plus romantique.
Elle avait imaginé que tout pourrait bien se terminer. Mais, inversons le vieil aphorisme : Sans Dieu, rien n’est possible.

De plus, sans l’honnêteté qui nous élève d’une vision subjective à une vision objective des faits, il ne peut pas y avoir de prise de décision intelligente. Voilà quelque chose que tous les catholiques sont sensés comprendre grâce au sacrement de confession. Non pas : Qu’avons-nous ressenti ; mais : A quoi cela ressemblait-il ? Petit à petit, on apprend à se décentrer ; à se décentrer du mirage de la recherche de soi.

L’état d’esprit puritain dans sa forme moderne « évoluée » a tendance à oublier tout cela. Mais le simple désir, qui parfois n’est pas bu dans un bar, est habituellement compliqué par toute une série de passions humaines associées, et de toutes les illusions qu’elles suscitent avec elles. Nous imaginons les innombrables bienfaits qui pourraient résulter de notre défaillance volontaire de jugement moral ; mais un péché est un péché est un péché.

En effet, le monde est compliqué, mais la moralité est simple. L’esprit moderne baigne dans les complications. Il ne peut pas s’en tirer avec un simple Oui ou Non. Il rejette les questions binaires naïves, les simples distinctions que dicte la logique – comme le fait que si on arrive sur une route à un croisement, on ne peut pas aller dans les deux directions en même temps. Essayez, et vous êtes embarqué dans une route à travers champs compliquée et embarrassante..

Vous ne pouvez pas non plus répondre à la fois Oui et Non à la même question. C’était le point que les auteurs de la Dubia (le cardinal Burke et autres) ont présenté au pape et que le pape a ignoré à ce moment-là. On ne peut pas avoir l’un et l’autre, « on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre » comme on dit dans le Yorkshire. Dites-nous, dites-nous lequel vous choisissez ; et agissez honnêtement en CONSEQUENCE.

Mais l’esprit moderne cherche au contraire une solution de « contournement ». Il va en fait condamner les choix binaires, comme cela a été le cas du Vatican ces derniers temps, quand ces doubles choix se distinguent et attirent l’attention. C’est en effet une des méthodes par lesquelles on évite les choix difficiles, et le révolutionnaire offre des récompenses contradictoires. C’est la méthode de l’autruche.

Il cache sa tête dans ce Trou Noir dont les physiciens ne nous ont pas parlé, où on ne peut plus distinguer la méchanceté de la stupidité, car elles sont devenues entièrement mélangées ; où même la conscience du péché s’est éteinte.

Et cela appartient à un monde qui est tombé deux fois, où ni le plaisir, ni la sainteté ne sont plus possibles, mais seulement la compulsion du moment où l’on sombre, toujours plus profond.

15 mars 2019

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/03/15/ides-of-the-march-hare/

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