Le travail, bénédiction ou châtiment ?

par Frédéric Guillaud

vendredi 29 janvier 2021

Il règne autour de ce sujet une certaine confusion, qui tient sans doute à la confusion même de la notion de travail. Que désigne-t-on exactement par ce mot ? Chez les anciens Grecs, on ne parlait pas de «  travail  » en général ; on distinguait – pour les hiérarchiser – deux types d’activités : celles qui sont des moyens pour la vie des hommes – l’agriculture, l’artisanat, la construction, le commerce – et celles qui sont à elles-mêmes leur propre fin : les arts, les sciences, la philosophie, la politique.

Selon les philosophes grecs, l’idéal était que les hommes libres – capables des activités les plus hautes – soient déchargés des activités utilitaires par les esclaves, hommes naturellement faits pour les tâches moins relevées.
Assurément, la réalité était un peu plus complexe que l’épure, et toutes les activités utilitaires n’étaient pas indistinctement méprisées. Le statut de paysan indépendant était tenu en haute estime, tandis que le fait de travailler sous les ordres d’un patron – dans un atelier ou dans une exploitation – était jugé contraire à l’honneur du citoyen.

La révolution chrétienne

Face à cette conception, où la hiérarchie des facultés humaines et le sens de la liberté se reflètent dans la hiérarchie sociale, le christianisme propose quelque chose de révolutionnaire : «  Il n’y a plus ni esclaves ni hommes libres.  » Tous les hommes sont égaux en dignité ; aucun statut social n’est infamant.

Dès lors, sans pour autant nier qu’il y ait une hiérarchie entre les facultés
humaines – et que la contemplation de la vérité soit notre fin ultime – le christianisme, comme force sociale, a rehaussé l’honneur des activités «  bassement utilitaires  ».

D’abord, la nécessité où les hommes se trouvent de devoir gagner leur pain à la sueur de leur front est, qu’on le veuille ou non, une loi de Dieu (Gn 3, 19). Certes, par son caractère pénible, le travail est un châtiment mais, justement, ne pas s’acquitter de cette punition, c’est se soustraire à la justice divine. Il est donc bon de prendre de la peine. Le Christ lui-même s’est soumis à cette loi : «  Où sont ceux qui se plaignent, qui murmurent, lorsque leurs emplois ne répondent pas à leur capacité, disons mieux, à leur orgueil ? Qu’ils viennent dans la maison de Joseph et qu’ils y voient travailler Jésus-Christ  » (Bossuet, Élévations, XX, 8). Il n’y a rien de honteux à travailler sous les ordres d’un autre ; c’est une école d’humilité – cette vertu que les Grecs prenaient pour un vice.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le magazine.

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