Le temps de quelques jours (film) - Entrer dans l’année de la vie consacrée avec les moniales de l’abbaye de Bonneval 

par Frédérique de Watrigant

mardi 25 novembre 2014

C’est un petit film magique. Et son histoire l’est tout autant : il y a 7 ans, Nicolas Gayraud, ancien projectionniste, obtient l’autorisation de filmer dans l’abbaye cistercienne de Bonneval, alors que toutes les demandes avaient été jusqu’alors refusées.

3 semaines où seul, caméra à l’épaule, il filme les sœurs dans leur vie quotidienne. Il ne termine son film qu’en 2010, en assure lui-même la promotion avec un site et des DVD.

C’est Jérôme Garcin, emblématique patron du masque et la plume, qui amoureux du film, va lui donner le coup de pouce nécessaire pour le faire sortir de la clandestinité. Il est sur les écrans depuis le 1er octobre, et pour ceux et celles qui ne l’ont pas encore vu, il peut constituer une belle introduction à l’année de la vie consacrée qui s’ouvre le 30 novembre, avec le 1er dimanche de l’Avent.

La Mère supérieure avait fait confiance au cinéaste et elle a eu raison : ce sont en effet des femmes de tout âge, malicieuses et joyeuses, qui racontent comment elles ont choisi en toute liberté de tout quitter pour ce lieu austère : « un acte foncièrement contestataire pour Mère Michèle, entrée à 21 ans, et qui de toutes façons, aurait mené une vie différente. « C’est la liberté complète » affirme Sœur Claire, 84 ans, « vous vous êtes esclaves des affaires du monde ». Une liberté assumée qui permet à la moniale de sécher les vêpres, sans culpabiliser.

Elles sont drôles, hilarantes souvent, comme Sœur Anne-Claire, la petite trentaine, qui raconte la stupéfaction de ses amis chrétiens, quand elle leur a appris sa décision : « Un prêtre, c’est utile, mais une bonne sœur, et en plus contemplative, ça ne sert à rien… ». Une réaction qui l’a bien fait rire, elle, l’ingénieur qu’on devine brillante, qui avait un job qui la passionnait, et qui continue d’avoir envie de tout – « la bouffe, les fringues, les bijoux, les bagnoles », et qui a trouvé la vraie vie là.

« On ne peut éviter la souffrance » confie pourtant la jeune novice polonaise, Aleksandra, mais « ça nous apprend à aimer ». L’amour, elles en rayonnent ; que ce soit au travail à la chocolaterie qu’elles font tourner avec l’aide de Xavier, ou sur le tracteur, ou encore en se promenant dans la nature, à l’instar de Sœur Claire qui passe ses journées à trotter partout.

Nicolas Gayraud s’est arrêté à la porte de l’église et n’a pas filmé les offices de prière qui rythment les journées des sœurs. Certains pourraient le regretter…. à tort ! Car il réussit, avec de longs plans, à saisir l’indicible de cette vie, où tout change, y compris le rapport au temps, et ou Dieu est présent partout sans même qu’on ait besoin d’en parler.

Pour ceux qui hésiteraient à renouveler l’aventure du « Grand Silence », nulle crainte ! Le film, pourtant lent, ne dure qu’un peu plus d’une heure et on y rit beaucoup.

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