Le soir du 8 décembre à Paris

par Marie-Gabrielle Leblanc

vendredi 9 décembre 2011

Rentrée de Notre-Dame, en cette soirée de la première à Paris de la très laide pièce blasphématoire "Golgota picnic" (j’ai, comme tout le monde, vu les extraits sur internet), je vous envoie un bref résumé qui pourra peut-être vous intéresser.

A 18 h, j’étais au Rond-point des Champs-Elysées, à l’appel de Frigide Barjot Thibaut Dary et Jehan de Chaillé, nous étions 300 à 400 (l’AFP ce soir dit 160, Radio-Bleu ce matin réduit à 150, mais nous étions le double), porteurs de fleurs blanches.

Incroyable déploiement policier (800 CRS en armure anti-émeute, des dizaines de cars), barrières tout autour du théâtre avec un CRS tous les 2 mètres pour empêcher d’approcher... tout ça pour une pièce de théâtre...

Encadrés pas des files de CRS (notre manifestation était déclarée à la préfecture de police), nous sommes allés dans le plus grand calme et silence le plus près de l’entrée qu’on nous ait laissé approcher, en fait derrière le théâtre. Nous n’avons pu déposer nous-mêmes nos fleurs mais avons dû les confier à nos délégués autorisés. Une délégation composée des organisateurs et de Michael Lonsdale a été reçue une dizaine de minutes par le directeur du théâtre (qui aurait dit avant notre arrivée, d’après l’AFP, que nous étions "des dingues", j’ignore ce qu’il en est), rendez-vous a été pris pour un débat ultérieur. Il a dit bien sûr que cette pièce n’avait pas pour but de choquer ou blesser mais de faire réfléchir...

La police nous a demandé de repartir par la même station Champs-Elysées-Clemenceau, pour éviter la rencontre avec une contre-manifestation de laïcs venus soutenir la pièce. On annonçait un groupe de tradis à l’issue du spectacle, j’ignore ce qu’il en a été.

Nous nous sommes de là tous rendus à Notre-Dame à l’appel du Cardinal où s’est déroulée pendant 2 heures (pendant que la pièce se jouait pour la première fois à Paris) une impressionnante veillée de prière pour méditer la Passion du Christ, en plein Avent c’était d’autant plus saisissant.

Notre-Dame absolument bondée, les collatéraux et les chapelles latérales pleines à craquer de gens debout, plein de monde assis sur les marches du chœur, beaucoup n’ont pu entrer et ont dû rester dehors, on en a vu certains entrer quand on a rouvert les grandes portes pour la procession de vénération de la Couronne d’épines et des Clous (qui a duré plus de 3/4 d’heure). Tous les séminaristes, le cardinal et ses auxiliaires, le chapitre, des prêtres, les chevaliers du Saint-Sépulcre au grand complet, une délégation de jeunes prêtres et séminaristes orthodoxes qui m’a réjouie. Enorme proportion de jeunes, je pense la moitié de l’assistance.

Le Cardinal n’a jamais fait allusion à la pièce, il a dit que nous étions réunis pour manifester notre amour et notre affection au Christ, et dire que sa Croix faisait notre fierté etc. Très-très bien vraiment son homélie.
Tout était magnifique, un office presque mystique, une assistance d’une intériorité impressionnante, concentrée, priante, sérieuse et déterminée, offrant des temps de silence complet étonnants de milliers de personnes ne faisant pas le moindre bruit.

Chant d’un extrait de la Passion de Bach, lecture de la première au Corinthiens puis de la Passion selon saint Jean, pendant la vénération des reliques chant des Impropères, du Miserere, du Vexilla Regis, et à la fin du Magnificat.

Moment étonnant : après la lecture de "et inclinant la tête, Il rendit l’esprit", toute la cathédrale s’est mise spontanément à genoux sans qu’un signal ait été donné, même ceux qui processionnaient pour la vénération.

Messages

  • M iséricorde
    E sprit
    R éconciliation
    C hrist
    I ésus

    • Le délit de blasphème n’existe pas

      C’est à croire que nul des manifestants n’a vu l’une et l’autre pièce, ce qui en général est effectivement le cas. Ou à croire que ceux qui les auraient vues sont soit d’absolue mauvaise foi, soit parfaitement idiots. Car le malentendu est total. Ces pièces ne justifient nullement ces tempêtes d’indignation, ces torrents d’imprécations. Elles sont au contraire des œuvres d’artistes de culture chrétienne, mais déçus par ce en quoi ils ont cru un temps, avant que la Raison ne l’emporte sur la Foi. Elles ne sont nullement blasphématoires, trop intelligentes, trop sincères même pour l’être. D’ailleurs, pour reprendre les mots de l’Observatoire de la liberté de création, institué par la Ligue des droits de l’Homme, "le délit de blasphème n’existe pas en France. Chacun est libre de représenter et de critiquer les religions. A ceux qui souhaitent le voir restauré, nous opposons qu’il est essentiel pour une démocratie de protéger la liberté de l’artiste contre l’arbitraire de tous les pouvoirs, politiques ou religieux… Le débat sur les œuvres est légitime. Il est même le symbole de la démocratie quand il fait s’affronter des points de vue divergents qui ne sont pas toujours conciliables. Chaque avis est respectable. Mais pour débattre des œuvres, encore faut-il qu’elles soient visibles, et encore faut-il, faute de sombrer dans l’obscurantisme, avoir vu ce dont on parle".

      Raphaël de Gubernatis - Le Nouvel Observateur

    • Si l’on considère la nature des faits et leur tendance à se multiplier, nous souvenant du sort réservé au serviteur négligent, pas de doute que la prière soit la solution la mieux adaptée, ne serait-ce que pour ceux qui prennent le risque de gaspiller leur talent. J. Martine.

    • merci en tout cas d’avoir eu la gentillesse de publier l’extrait du nouvel obs que je vous ai fait suivre. Dialoguer, essayer de comprendre le point de vue l’autre, même s’il est diamétralement opposé à notre...pour avancer, ensemble.

    • Je rejoins ce commentaire. Il serait temps d’arrêter cette fixation morbide, sur commande de Civitas, qui est une officine lefebvriste, contre une ou deux pièces de théâtre.

      Je renvoie à l’analyse de Guy Coq récemment publiée dans Le Monde Ce philosophe fait notamment observer : "Disons qu’il y a ici un malentendu et peut-être une certaine incohérence. Car c’est un fait que le croyant du christianisme se réjouit quand une oeuvre d’art donne une image positive de l’expérience de la foi. C’est un malentendu sur le sens de l’art. Dans ses diverses formes, l’art est voué à l’exploration de l’expérience humaine sous toutes ses formes, dans ses excès mêmes, dans ses passions, dans sa grandeur et sa misère. La vie spirituelle fait partie de cette expérience de l’humanité. La foi est signe de contradiction pour l’homme et la religion nourrit des vies épanouies, mais elle suscite aussi la haine et le désespoir. Il y aurait une grande incohérence à n’accepter l’oeuvre d’art que si elle est sympathique à la religion."

      Cette chasse au blasphémateur est malsaine et se trompe de cible.

      Dans une société qui véhicule une culture politique ouvertement christianophobe, il est inévitable que l’on en retrouve des répercussions dans l’art. Je suis même étonné qu’il n’y en ait pas plus...

      Quant aux injures faites à la face du Christ, Guy Coq n’a pas tort de faire observer qu’il vaudrait mieux reconnaître et "s’indigner" (puisque c’est la maladie de l’heure propagée par les écrits bêtasses de Stéphane Hessel, l’Amélie Poulain de l’insurrection morale ) contre celles qui frappent la face du prochain, dans la plus grande indifférence générale comme par exemple la famine en Somalie.

      Les manifs anti Golgotha picnic pour cathos bourgeois à vue identitaire arborant le drapeau tricolore estampillé du Sacré Coeur, basta...S’il faut "refaire la France chrétienne" comme ça, non merci.

    • Très raisonnable, faites une pièce blasphémant Mahomet puisque le délit n’existe pas. Chiche ???

    • Quel est le rapport ?

    • Je désire réagir à votre phrase :
      "Dans ses diverses formes, l’art est voué à l’exploration de l’expérience humaine sous toutes ses formes, dans ses excès mêmes, dans ses passions, dans sa grandeur et sa misère."
      Je crois que l’art ne peut être vraiment conforme à sa vocation que lorsqu’il s’efforce de faire du Beau, c’est à dire d’exprimer une plénitude, même s’il s’agit d’explorer l’horreur (cf. "Guernica", par exemple).
      La scatologie ne me semble pas faire partie de cette définition qui, il faut bien le dire, écarte de facto beaucoup de productions modernes qu’il est difficile d’appeler "œuvres" tant la Beauté en est absente.
      Il me semble que l’on doit pouvoir exprimer ses interrogations, doutes, voire indignations sans nécessairement en passer par des modes vulgaires qui n’ont d’autre objet que de choquer pour le plaisir. Et je ne parle même pas de choquer les croyances religieuses, ce qui constitue un autre chapitre !

    • Protéger la liberté de l’artiste , et si celui-ci projette ses propres frustrations sur les chrétiens par ex . , faut-il les subir parce qu’il est "artiste " ?

    • Dans l’art aussi il y a du bon grain et de l’ivraie, avec l’avantage que l’ivraie s’oublie assez vite même s’il y a toujours de grosses fortunes pour s’acheter un standing avec des nullités et ensuite en encombrer les musées d’art moderne ou les places publiques, comme Pinault qui sévit à Venise devant la Douane de mer.

      Sur le plan du fonctionnement mental (mais heureusement pas des moyens d’action), il n’y a pas de différence entre les psycho-rigides de Civitas lancés dans leur entreprise d’éradication du blasphème anti-chrétien et de reconquête d’un mythique ordre catholique et les musulmans radicaux qui se livrent à la traque du blasphème anti-musulman. Seulement les premiers n’ont pas l’excuse de ne pas connaître l’évangile et la circonstance aggravante de prétendre lui être fidèles bien mieux que les autres. A tout prendre, un pharisien est peut-être plus nuisible à l’Eglise qu’un blasphémateur.

      Donc sur le Golgotha Picnic et autres : laissez pisser le mérinos.

      Je sors à l’instant d’un "Journal d’un curé de campagne" interprété superbement par Maxime d’Aboville, en tournée en province. Il vaut mieux consacrer son temps à se réjouir du bon grain qu’à traquer l’ivraie...

  • Forcément, qui ne pense pas comme ce minable petit microcosme - incontournable phare de l’humanité éclairée - de la culture (sic) contemporaine est un dingue...

  • Dommage que le Cardinal n’ait pas dit mentionné la pièce et dit que cette cérémonie était en réparation pour les insultes de cette pièce au Christ. Cet absence retire beaucoup de sa pertinence au déplacement de tous ces fidèles, venus pour cela.
    Le cardinal fait de la récup, mais ne la fait même pas bien.

    • Au contraire, le Cardinal a très bien parlé. Nous n’étions pas réunis à cause d’une pièce de théâtre, mais pour le Christ et avec Lui ! Il n’est pas mort pour une oeuvre d’art (si c’en est une) quand même...
      Quant à la réparation, que pourriez-vous ajouter à la Croix du Seigneur ? Quelle réparation serait plus grande que celle-là ?
      Alors pour la "récup", vous avez raison : il ne la fait "pas bien", car il ne la fait pas du tout !
      Chère Anne, un seul conseil : relisez le texte de la méditation du Cardinal, au début de la veillée. Le reste n’est que littérature.

  • Je ne sais pas si je suis croyant mais, au moins, la construction théorique d’un Dieu trine et circumincessif associé à l’incarnation du Christ me semble extrêmement intéressante.
    J’ai vu une pièce de Rodrigo Garcia(Jardineria Humana) et, sans provocation, j’ai été ému par l’expression du dénuement de femmes qui n’avaient plus que leurs sécrétions sexuelles à donner au libéralisme triomphant, par des images de Piéta(s)(des femmes qui accueillaient sans connotation sexuelle des hommes sur leurs genoux) et par une espèce de respect et de compassion pour la Création toute entière qui se manifestait par une litanie(...pitié pour...pitié pour les tabourets...pitié pour...).
    D’autre part, cette pièce ne peut-elle pas pour vous être vécue comme une réactivation de la Passion, comme une réactivation de la Devotio Moderna.
    Et encore, Borgès ne dit-il pas dans une de ses nouvelles que le 100ème nom de Dieu est Judas comme si la Création était si grande qu’elle devait comprendre sa propre négation.
    Sans provocation encore, allez voir et méditer cette pièce, même dans une optique mystique apophatique.
    C’est peut-être comme ça que je la lirai et sans aucun mépris ni insulte envers la Chrétienté.
    Salutations amicales.

  • je n’ai pas pu y participé j’étais à la messe

  • Suis-je parano ? ou en veut-on vraiment à la foi catholique ?

  • Pourquoi les médias ont-ils annoncés 160 personnes présentes...

    C’est tout simplement le nombre d’utilisateurs de facebook qui ont répondu présent à l’invitation en ligne. Nous, les catholiques "ordinaires" (utilisateurs de facebook ou non), étions en effet plus nombreux que ça.
    Effectuer une estimation un peu plus sérieuse aurait demandé un peu plus (trop ?) d’efforts à nos amis journalistes, que l’on sait pourtant si soucieux de fournir une information exacte.

  • Il faudrait que les journalistes, ceux du "nouvel obs" en particulier, comprennent que la vraie question n’est pas que les artistes aient le droit de s’exprimer, mais le fait qu’ils soient subventionnés officiellement , donc rémunérés par le contribuable.
    La même pièce, jouée dans un théâtre privé aux frais des auteurs, aurait été d’abord un bide commercial et n’aurait provoqué aucune manif.
    Un gestionnaire de l’argent public, donc venant de la poche des contribuables ( je sais que c’est pour la gauche un concept "populiste"), a le devoir moral d’avoir une politique culturelle, non pas consensuelle à 100%,bien sûr, mais ouverte à d’autres qu’un ghetto de bobos cultureux parisiens s’arrogeant le monopole de la lecture d’oeuvres à la fois scatologiques et absconses...
    Même en politique culturelle, il y a une morale possible.

    • L’art de l’amalgame.

      Cette pièce est jugée offensante, blasphématoire (...) par certains qui veulent qu’il n’y ai pas de représentation. Cela n’a rien à voir avec la loi du marché.

      D’ailleurs, l’art n’a rien à voir avec la loi du marché.

    • @ creuxduloup

      si le problème est la subvention publique, chiche... supprimons toute subvention publique aux églises. Supprimons le concordat en Alsace-Moselle...

      Un véritable bide commercial se profile : celui des églises.

  • Merci à Marie Gabrielle Leblanc de son bel article. Je confirme tout ce qu’elle a dit. Merci aussi à Frigide de Barjot qui s’est dévouée corps et âme et aurait pu encore mieux x être soutenue dans son action exemplaire et courageuse. .

    J’ajoute une impression personnelle : jamais je n’ai vu Notre Dame où tous quelque soit leur tendance étaient unis aussi magnifique, une aussi belle cérémonie vivante et grave, pris autant de plaisir à parcourir la nef pendant la vénération des reliques ainsi qu’à la fin de la cérémonie, voir enfin Notre Dame, débarrassée de ses touristes un peu bruyants, déconcentrés, arche vibrante, rendue à sa vraie vocation : cœur vivant de Paris et de notre pays . Peut être qu’ à la Libération (j’avais deux ans et demi à l’époque ) la ferveur et la joie étaient plus grandes, ( quoiqu’il y a eu des coups de feu suspects ..) mais aujourd’hui je n’ai pas souvenir d’un tel recueillement, d’un tel besoin de se retrouver unis sur l’essentiel

    .
    Quant aux commentaires , qui gâchent ce bel élan, de ceux qui reprochent à Pierre , Paul ou Jacques ou aux autres leurs attitudes avec moults procès d’itntention , cela commence à m’agacer. Certes il y a eu des erreurs de communication, des entêtements de certains à qui on pourrait demander de revoir leur stratgégie, mais en toute charité fraternelle, n’est ce pas Philippe Pouzoulet, et de grâce qu’on arrête entre cathos de se défausser les uns sur les autres. Quant à l’article du NOuvel Observateur, merci certes de nous le communiquer, mais en quoi fait-il avancer le débat en faisant l’impasse totale sur la dérision subventionnée, l’intimidation médiatique qu’on peut bien reperer. Il suffit d’aller sur le blog du théatre du Rond point pour connaitre la volontée farouche de salir et d’insulter avec nos impôts la figure du Christ et de blesser les chrétiens.
    Nous avons le droit de nous dire blessés, n’en déplaise au curé de Saint Merri..

    • la réaction de Michel Onfray.
      Je ne sais plus où je l’ai relevée (peut-être dans france Catholique), en tout cas elle vaut la peine d’être connue. je la transcris donc :
      La chronique mensuelle de Michel Onfray | N° 79 – Décembre 2011 - L’EAU BÉNITE EST UN ALCOOL FORT -
      Le droit pour certains à insulter a pour corollaire le droit des insultés à ne pas apprécier et à le faire savoir…
      Se reconnaître un droit qu’on interdit à autrui, c’est s’installer de facto sur le terrain de la tyrannie, de la
      dictature. Certes, le mieux, le plus sage, (et n’est-ce pas d’ailleurs la définition classique et populaire de
      l’expression “être philosophe” ?) consiste à laisser faire : les cracheurs n’aiment pas qu’on ne réagisse pas à
      leurs glaires… Mais l’éthologie nous apprend que, dans le monde animal, l’insulte est toujours rendue, de
      sorte que l’on ne peut répandre le mépris sans se faire mépriser et sans récolter un jour ce qu’on aura semé
      une fois.
      Ce préambule pour confirmer l’intervention que je fis un soir à la télévision pour défendre le principe de la
      liberté d’expression pour des chrétiens offensés. Cette prise de parole me valut des réactions indignées de
      quelques-uns qui pensent que la liberté d’expression ne concerne que la possibilité d’exprimer ses propres
      idées et souhaiteraient limiter cette liberté en interdisant toute pensée qui s’oppose à la leur ! Si je défends ce
      principe et que je n’y apporte aucune restriction, (sinon, le principe est mort…) il me faut bien,
      concrètement, prendre le parti de gens qui souscrivent à une idéologie qui n’est pas la mienne.
      Ainsi, à propos de cette pièce de Rodrigo Garcia intitulée Golgotha picnic. Je ne l’ai pas vue, mais je l’ai
      lue, et j’en ai vu des extraits sur des sites. Je la trouve datée, très années soixante-dix, recourant à la
      scatologie, à la grossièreté, à la provocation – voilà pour la forme. Pour le fond, l’antichristianisme me va, je
      n’ai pas écrit le Traité d’athéologie par hasard. Mais la méthode ne me convient pas.
      La parution de mon livre m’a valu d’être traité de tous les noms, présenté comme le maître à penser de la
      Nouvelle Droite, de Le Pen, du paganisme néo-nazi et j’en passe – cette haine chrétienne me ravissait
      d’ailleurs, car elle faisait la preuve que l’amour du prochain et le pardon des offenses, si offense il y avait,
      n’était vraiment pas la tasse de thé des Chrétiens ! Il y a loin du calice aux lèvres ! N’importe : je préférais
      pour eux que pour moi, ayant toujours cru qu’il valait mieux subir l’injustice que la commettre. Je dispose
      donc d’un brevet d’athéisme qui me permet de pouvoir défendre les Chrétiens ou les croyants quand on les
      insulte.
      On a cru que j’insultais les croyants : c’était en effet plus facile de ne pas entendre ce que je défendais avec
      des arguments. Si je signalais que Mein Kampf n’était pas à l’index mais que Bergson s’y trouvait ou que
      l’Eglise catholique avait excommunié tous les communistes, quels qu’ils soient, mais jamais aucun nazi, ou
      bien que le Vatican avait mis ses monastères au service d’une filière qui permettait à des criminels de guerre
      nazi d’échapper à la justice internationale, je ne faisais que dire des choses vérifiables et il était un peu léger
      de faire de ces vérités historiques des insultes… Léger mais compréhensible puisqu’elles permettaient
      d’éviter le débat. On cherchera en vain dans mon livre des insultes, car je ne crois pas à cette façon de
      procéder pour mener un combat : l’intelligence rude, la démonstration sévère, l’argumentation implacable
      valent mieux que le mépris, l’offense, l’injure.
      Le dramaturge espagnol s’installe sur un tout autre terrain. Il n’a aucun souci de convaincre, il souhaite juste
      insulter. Il insulte donc. Lisons la pièce : il fait du Christ un fainéant, un démagogue, un vaniteux, un jaloux,
      un envieux, un fou, un sadique, « le messie du Sida », une personne dont le magistère a généré les crimes, les
      viols pédophiles, les meurtres, les mangeurs de mac dos et les buveurs de coca… Garcia invite également à
      incendier les musées parce qu’ils comportent des tableaux représentant le Christ en souffrance. Libre à lui.
      Mais libre aussi aux Chrétiens de se sentir insultés et de le faire savoir ! Les traiter de fascistes, d’intégristes,
      de lepénistes, d’extrémistes de droite (j’y ai eu droit moi aussi de la part des chrétiens et des freudiens…)
      témoigne d’une nervosité étonnante : on ne peut insulter et jouer l’indignation quand les insultés disent
      l’avoir été et n’avoir pas aimé – la chose n’était-elle pas faite pour ça ?
      L’athée que je suis pense qu’il faut lutter contre l’obscurantisme des religions (et des autres sectes,
      psychanalyse comprise…) par la raison, pas par l’insulte, par l’argumentation, pas par le mépris, par la
      démonstration, pas par l’invective. Je me battrai pour que de mauvaises pièces de théâtre qui se prétendent
      d’avant-garde alors qu’elles sont d’arrière-garde puissent exister ; mais je me battrai aussi pour que des
      Chrétiens, des Musulmans ou des Juifs, puissent manifester leur mécontentement en faisant leurs happenings
      et leurs performances de rue non subventionnées pour défendre leurs fictions. On interdirait la psychanalyse
      que je descendrais dans la rue pour m’opposer à une pareille mesure – pas sûr en revanche que les dévots du
      divan feraient de même si l’université populaire fermait, puisqu’une virago de la corporation avait même
      commencé à intriguer en ce sens. Je serai toujours du côté de celui qu’on interdit, qu’on brime et qu’on
      persécute. Parfois c’est l’un, parfois c’est l’autre ! Ainsi soit-il. Michel Onfray - décembre 2011

    • Monsieur,
      L’Eglise a condamné le communisme comme "intrinsèquement pervers", ce qui est bien le moins que l’on puisse en dire. L’une des raisons principales de cette condamnation est le refus de Dieu et de la liberté religieuse (des autres aussi, d’ailleurs).
      Il est parfaitement normal qu’une idéologie aussi volontairement et explicitement anti-Dieu soit donc considérée comme totalement incompatible avec le christianisme et partant, que les tenants de cette idéologie ne puissent en même temps se prétendre chrétiens, donc espérer avoir accès aux sacrements. C’est le sens de cette excommunication que vous brandissez comme une accusation.
      Pourquoi le nazisme n’a-t-il pas fait l’objet d’une telle condamnation ? Parce qu’il ne refusait pas l’existence de Dieu d’une manière aussi explicite. D’ailleurs, "Gott mit uns" était la devise des soldats du Reich. Lisez donc "Un franciscain chez les SS", de Carl Goldmann, vous saisirez probablement mieux la relation complexe entre les nazis et la religion.

  • L’art est donc voué à l’exploration de l’expérience humaine (G. Coq) et il importe de le protéger contre tous les pouvoirs (Ligue des droits de l’homme).
    Mais une telle exploration peut-elle être encore qualifiée d’"artistique" lorsqu’elle cesse d’ordonner sa quête à l’exigeant, à l’intangible souci du vrai ? Passer sous silence ce souci de la vérité, essentiel à la "création" artistique, c’est courir le risque d’assurer à cette dernière le statut d’un simple brimborion vide, inepte et dérisoire dans sa présomption.
    Il ne suffit pas de protéger l’art contre l’arbitraire, il faut aussi le protéger contre la tentation de l’ndignation facile et toute en surface d’une subjectivité qui résigne ses obligations à l’égard de la valeur de vérité.
    Pour prendre la mesure del’art : relire l’ouvre de Soljenytsine, qui a lutté contre l’arbitraire, mais aussi contre les tentations corruptrices.

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