Traduit par Bernadette Cosyn

Le sécularisme : un système conçu pour échouer

par Robert Royal

dimanche 30 octobre 2016

Saint Jean-Paul II, qu’on fêtait justement l’autre samedi, a dit et fait beaucoup de choses dont on se souviendra souvent, même en dehors de l’Eglise. Mais je suis tombé sur une de ses remarques, dans la biographie captivante réalisée par Michael Novak en 2013 « De la gauche vers la droite », remarque qui m’a frappé. Après un repas au Vatican, Michael avait félicité le pape pour la chute du communisme. Jean-Paul II avait répondu à peu près (Michael citait de mémoire) : « Se débarrasser de ce système à la Mickey Mouse n’était pas un miracle. C’était une question de temps. Il était conçu pour échouer. »

Les Soviets avaient une grande armée, plus d’armes nucléaires que les Etats-Unis eux-mêmes, un système policier impitoyable et un appareil d’état dictatorial, des satellites dociles en Europe de l’Est et en Europe Centrale, des avant-postes à Cuba, en Afrique, en Asie et en Amérique Centrale et un réseau de sympathisants communistes partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis. Et pourtant, tout cela était comme de la poussière à mesure que le temps passait, et son incompatibilité avec les choses divines et humaines l’a jeté à bas.

Bien sûr, cette disparition a également demandé beaucoup de courage à de nombreuses personnes telles que Soljenitsyne, Sharansky, Havel, Walesa et bien d’autres – y compris des martyrs comme le père Jerzy Popieluszko dans la Pologne de Karol Wojtyla et des milliers d’inconnus dans les camps et les goulags. Pourtant, la remarque de Jean-Paul II – en privé, spontanément, presque comme s’il déclarait simplement quelque chose d’évident – montre en un éclair, la façon dont un esprit profond considère une force malveillante que, en mesurant le pouvoir à l’aune du monde, on se serait attendu à voir durer indéfiniment. « C’était une question de temps. Il était conçu pour échouer. »

A présent, un sécularisme idéologique agressif s’est implanté en Amérique et apparaît susceptible de devenir indéfiniment le moule de l’Occident – une avance au ralenti vers un autre socialisme inhumain. (Le spectacle électoral actuel ne propose rien qui puisse le contrecarrer.) Il est donc bon de rappeler pourquoi ce genre de système est, à plus ou moins long terme, l’échéance étant probablement plutôt courte, « conçu pour échouer ».

Il y a bien sûr nombre de raisons humaines et culturelles en raison desquelles l’humanisme idéologique est inadapté à procurer une vie pleinement humaine. Mais je pense qu’il serait préférable de regarder en premier une évidence douloureuse. Le toujours serviable Pew Research Center (NDT : institut de statistiques) réalise des études impartiales et bien menées sur la religion et la vie publique. Leur enquête mondiale, par exemple, montre que les « sans religion » (et également les bouddhistes, pour une raison qui leur est propre) ont le plus bas taux de reproduction, bien en-dessous du taux de remplacement, les chrétiens et les musulmans ayant le plus haut. Bien que les « sans religion » aillent voir leur nombre croître légèrement dans les décennies à venir, ils vont perdre rapidement en pourcentage de la population mondiale. Les chrétiens et les musulmans représenteront respectivement chacun environ un tiers de la population mondiale en 2100.

En Amérique, les tendances sont légèrement plus mauvaises qu’au plan mondial ; on s’attend à ce que le nombre des « sans religion » continue à croître jusqu’à atteindre environ 25% de la population, mais les chrétiens représenteront toujours 66% de la population en 2050 (en léger repli par rapport aux plus de 70% actuels).

Le Centre donne des chiffres bruts – c’est normal en ce qui le concerne. Mais quelles sortes de chrétiens et de « sans religion » aurons-nous en 2050, c’est bien sûr une question cruciale. Etant arrivé à Washington dans les années 80, quand la religion était en hausse, je suis bien placé pour voir à quelle vitesse les tendances peuvent changer. L’Esprit souffle où il veut, et dans la mesure où la vie des « sans religion » devient incontestablement de plus en plus vide, comme c’est déjà le cas dans certaines parties de l’Europe, nous pourrions être surpris par des renouveaux soudains.

Dans Rerum Novarum, son encyclique de 1891, le texte fondateur de la pensée sociale catholique moderne, le pape Léon XIII énumérait plusieurs raisons pour lesquelles le socialisme allait échouer. Dans le même temps, il savait qu’il était (provisoirement) en plein essor, et qu’il était nécessaire de pointer sa profonde méconnaissance des êtres humains et des sociétés humaines.

Nous pourrions faire le même aujourd’hui à propos de l’inévitable faillite de notre humanisme militant :

Sans la foi en la dignité humaine telle qu’enracinée dans le Créateur, ainsi que le proclame notre Déclaration d’Indépendance, il n’y a pas de base rationnelle pour une société libre, excepté une vague mentalité « vivre et laisser vivre » qui fera défaut au moment où une personne ou un groupe sera assez fort pour déclarer : vivez de telle manière – ou mourez.

* C’est en fait précisément ce que nous voyons dans les sociétés démocratiques avancées, un régime autoritaire de droits – certains absurdes et nouveaux comme le mariage homo ou les règlements d’utilisation des sanitaires – qui renient non seulement l’histoire, la raison, la religion et la biologie mais même le simple bon sens.

* Comme dans l’ancienne URSS, le régime fera de plus en plus d’efforts agressifs pour soutenir une vision auto-destructrice de la personne et de la société, mais c’est une mise perdante. (Comme même les anciens païens le savaient : « on peut chasser la Nature avec une fourche, elle ne cesse de revenir ».)

*Les églises et les institutions de formation à la culture, comme les universités et les médias, semblent soit incapables de comprendre cette tendance, soit complices de ses dégâts, mais finalement pour peu de temps. Quand la roue tournera, elles retourneront au meilleur côté de leur nature.

*Les militants sécularistes se voient comme ne faisant rien de moins qu’aider à aller dans le sens de l’histoire (dans leurs moments de plus grande éloquence comme « bandant l’arc moral de l’univers »). Mais il n’y a ni sens de l’histoire ni arc moral. La déception devant les résultats – comme l’échec du « socialisme scientifique » à émerger de l’histoire – pourrait être le meilleur élan pour un renouveau spirituel.

On peut continuer ainsi, mais cela déviera.

Bien sûr, je ne sais pas quand cela se produira. Mais savoir qu’ils échoueront donne une confiance semblable à celle de Jean-Paul II, confiance qu’il y a un Dieu et une nature humaine, que les sociétés humaines, bien que déchues, ne le sont pas pour toujours, que des combines conçues manifestement pour échouer échoueront.

Notre tâche est de veiller à vivre convenablement entre temps et de nous préparer – et de préparer l’espace autour de nous – pour l’inévitable qui va suivre.

Robert Royal est rédacteur en chef de The Catholic Thing et président de l’Institut Foi & Raison de Washington.

Illustration : Dieu comme architecte de l’univers, dans une bible « moralisée » vers 1220 [Bibliothèque Nationale d’Autriche – Vienne]

Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/10/24/secularism-a-system-built-to-fail/

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