Le retour du refoulé

par Gérard Leclerc

jeudi 5 janvier 2017

En citant hier la formule de Michel Onfray sur le nihilisme profond, caractéristique de notre époque, dont un Michel Houellebecq est le révélateur impressionnant, j’introduisais dans la campagne présidentielle un élément particulier. Les programmes de droite, de gauche, du centre et d’ailleurs se réclament sans doute de valeurs supérieures. Mais ils ne se risquent pas en général sur le terrain métaphysique, sauf par éclair. Lorsque François Fillon déclare qu’il est gaulliste et qu’il est aussi chrétien, et que dans ces conditions il ne fera jamais rien contre la dignité humaine, il fait appel à un ordre supérieur. Un ordre qu’en vertu de la séparation du spirituel et du temporel, on se garde de trop solliciter généralement.

Mais il arrive en cette saison que cet ordre se rappelle à nous, non sans quelque véhémence. Quand le directeur de Libération a l’idée saugrenue de faire du même Fillon une sorte d’agent militant du style de Tariq Ramadan, il est sincère dans son délire. Il révèle sa crainte d’une sorte de retour du refoulé qui viendrait bouleverser le consensus culturel qui s’est imposé depuis les années soixante, et dont le journal Libération est en quelque sorte le chien de garde. Un chien de grade qui devient hargneux lorsqu’il flaire le danger. Danger réel ou imaginé pour les besoins de la cause ?

L’éclairage de Houellebecq, tel que l’interprète Onfray, nous renvoie à une réalité différente, dont on peut discuter la véracité. Impossible d’échapper à l’interrogation qu’elle contient : « Le judéo-christianisme s’effondre après 2000 ans de puissance épuisé. » Encore une fois, je doute que la campagne présidentielle s’empare du sujet dans de tels termes. Mais il arrivera plus d’une fois qu’elle rende sensible au volcan qui gronde sous nos pieds. Je ne crois pas, pour ma part, que le judéo-christianisme soit une puissance épuisée. Je crois plutôt, avec mon maître Maurice Clavel, qu’il y a possibilité d’un retour du refoulé, d’une façon parfois violente. Et si Houellebecq et Onfray sont d’avis aujourd’hui que c’est du côté de l’islam que se dessine ce retour, on devrait y prendre sérieusement garde !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 5 janvier 2017.

Messages

  • Cessons d’employer cette expression ambigüe de "judéo-christianisme" qui est presque un oxymore. Les Judéo chrétiens sont ceux, parmi les juifs, qui ont accepté la personne et la doctrine de Jésus, prophète, mais nient sa divinité, donc l’incarnation, sa mort et sa résurrection. D’évolution en évolution, le judéo-christianisme aboutit à l’Islam. Regardons ce qui dans les affirmations de Credo chrétien (Symbole de Nicée) est compatible avec le judaïsme et l’islam. Compatibilité Christianisme - judaïsme : 26 % . ; Compatibilité Christianisme - islam : 36 % : compatibilité judaïsme - islam : 80 %. Pourquoi ne parle - t on pas de "Judéo-islamisme" ? L’islam, c’est l’Ancien Testament sorti de l’ethnocentrisme et devenu universel

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