Mgr Laurent Camiade - P. Cédric Burgun

«  Le prêtre nous met en relation avec Jésus-Christ  »

propos recueillis par Guillaume Bonnet

mercredi 22 janvier 2020

© G. B.

Comme le célibat, la paternité spirituelle participe du mystère sacerdotal. Dans son dernier livre, Prêtres, envers et malgré tout ?, le Père Cédric Burgun, directeur au séminaire des Carmes à Paris, explore cette notion. Mgr Laurent Camiade, évêque de Cahors, en a signé la préface. Ils ont accepté de répondre ensemble aux questions de France Catholique.

Pourquoi la paternité sacerdotale est-elle si blessée aujourd’hui ?

Mgr Laurent Camiade : Peut-être parce que l’on manque de modèles. Depuis les années soixante, on veut se débarrasser de toute forme de paternité. Mais c’est souvent l’autorité qui est rejetée à travers elle. Et on a fini par «  jeter le papa avec l’eau du bain  » ! Le cléricalisme est un abus de l’autorité cléricale. Mais pourquoi y consent-on parfois ? Sans doute parce que subsiste toujours le besoin de paternité.

P. Cédric Burgun : Sans placer le prêtre sur un piédestal, on ne peut nier une forme de perte du caractère sacré ecclésial, comme en témoignent certaines déviances liturgiques. Cela a pu déboucher sur la figure du «  prêtre-copain  ». La crise de la foi et la crise liturgique ont pu déboucher parfois sur une perte du sens des dimensions sacramentelle et liturgique du sacerdoce.

Quel doit être le juste comportement des laïcs à l’égard des prêtres ?

Mgr L. C. : Ce qu’il faut attendre du prêtre, c’est qu’il nous mette en relation avec Jésus-Christ. Le bon positionnement suppose donc la recherche d’un équilibre entre cette dimension essentielle et la dimension fraternelle, qui passe par la correction, l’encouragement et pourquoi pas l’expression de l’estime que l’on porte au prêtre. Sans abuser de cette dernière (rires) !

P. C. B. : La vie sacramentelle est extrêmement importante. Aujourd’hui des prêtres sont en souffrance parce qu’ils ont l’impression de ne pas donner ce pour quoi ils ont été consacrés. Ou alors de donner des choses qui ne sont plus comprises ou reçues.

Inversement, quel doit être le bon positionnement du prêtre à l’égard des laïcs ?

Mgr L. C. : Il faut les laisser respirer ! Quand on est prêtre dans une paroisse, on peut côtoyer des familles avec lesquelles on partage beaucoup d’affinités. Mais il faut trouver la juste mesure. Un prêtre qui se sent un peu seul doit s’interroger sur ses lieux de ressourcement : il ne peut s’agir de quelques familles. Le prêtre doit savoir affronter la solitude sacerdotale.

En septembre, le Pape a encouragé avec force les nouveaux évêques venus lui rendre visite à aimer leurs prêtres. Que voulait-il dire ?

Mgr L. C. : Je connais les évêques de France et je ne crois pas qu’un seul d’entre eux n’aime pas ses prêtres ! Il existe différentes manières de le manifester et nous sommes tous différents de ce point de vue. Notre amitié et notre soutien peuvent ne pas avoir d’écho. On ne peut pas non plus répondre à toutes les attentes affectives des prêtres. Mais ils sont au centre d’une attention permanente. Sans eux, nous ne pouvons rien faire.

P. C. B. : La culture du soupçon liée à la crise actuelle peut rigidifier nos rapports. C’est une tentation chez l’évêque comme chez le prêtre. Ce dernier doit accepter cette paternité de l’évêque et ne pas le considérer seulement comme celui qui sanctionne. Accepter le regard épiscopal, c’est aussi une conversion.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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