Gaudí et la Sagrada Família, à Barcelone

Le « moine » architecte

vendredi 17 juin 2022

© manuel-torres-garcia / unsplash

Inclassable, l’artiste catalan (1852-1926) – dont sept œuvres sont inscrites au patrimoine mondial de l’humanité – est un véritable univers, entre génie technique et créativité fantaisiste. Sans oublier sa foi, source et sommet de sa vie et de son œuvre. Une exposition lui est consacrée au musée d’Orsay, à Paris.

Contrairement aux apparences, «  Gaudí n’est en rien un homme de rupture  », affirme Patrick Sbalchiero, docteur en histoire et journaliste, auteur de Gaudí, l’architecte de Dieu (Artège). Malgré ses créations baroques, modernistes ou oniriques, ce serait une erreur de croire que son style surgit uniquement du bouillonnement de sa créativité débordante ou d’un esprit transgressif. Gaudí est un héritier créatif : un géant assis sur les épaules d’autres géants, pour plagier l’adage médiéval. «  On a l’impression d’un surgissement nouveau qui remettrait en cause l’art passé. Ce n’est pas du tout cela : il opère une sorte de ré-appropriation personnelle, une nouvelle lecture du passé, qui surgit dans ses réalisations  », précise l’historien. En effet, Gaudí, très cultivé, s’est intéressé à de nombreuses disciplines : histoire, philosophie, littérature, pour devenir un architecte qui s’inspire, très librement, des expressions artistiques des maîtres qui l’ont précédé. Ainsi, ses plus grandes sources d’inspiration sont le baroque, l’art mudejar – qui applique, en Espagne, le style architectural musulman aux édifices chrétiens construits à partir de la Reconquista – et l’Art nouveau. Sans oublier l’art catalan. «  Il aime profondément et il assume la culture de son peuple  », affirme encore Patrick Sbalchiero.

Gaudí s’inscrit également dans la lignée rationaliste de l’architecte Eugène Viollet-le-Duc : «  À son exemple, il donne la priorité à la fonction [liturgique dans le cas d’une église NDLR], qui crée la forme puis le décor  », précise le spécialiste. En homme de son temps, Gaudí intègre les codes de l’Art nouveau, en plein essor en Europe, auquel il apporte les couleurs catalanes, participant ainsi à la naissance d’un Art nouveau régional, appelé le «  modernisme catalan  ».

Une grande part du génie de Gaudí est liée à ce don d’intégrer très rapidement tout ce qu’il voit et apprend, pour l’assimiler à sa propre créativité et créer son style singulier. «  Être original c’est revenir à l’origine, disait-il. Il n’est pas possible d’aller de l’avant sans moissonner dans le passé et profiter de l’effort et des acquis des générations précédentes. Nous devons nous fonder sur le passé pour arriver à créer des œuvres de valeur, tout en évitant ses erreurs. L’originalité retrouve les concepts fondamentaux les plus lointains ; la vraie originalité retourne à l’origine ; il ne faut pas vouloir être original […]  » (Paroles et écrits).

La Sagrada Família

S’il a participé à la création de nombreuses œuvres à Barcelone et aux alentours – notamment des immeubles extraordinaires – c’est dans l’église de la Sagrada Família que son style très personnel atteint son apogée, sur le plan artistique, technique et spirituel.

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