Traduit par Christophe Lapère

Le message de Fatima : un ultime épisode ?

par Howard Kainz

mercredi 8 juillet 2015

D’une manière ou d’une autre je n’ai pas entendu parler de la mort de Frère Nicholas Gruner le 29 avril, surnommé « le prêtre de Fatima », alors que j’avais rédigé dans TCT et ailleurs tant articles au sujet de ses interprétations si controversées du message de Fatima. Puisse-t-il reposer en paix. Lui, ainsi que d’autres prêtres proches de Marie m’ont motivé à pousser mon enquête sur les apparitions de 1917, et de faire quelques pèlerinages sur ce lieu saint.

A Pathway Under the Gaze of Mary – un chemin sous le regard de Marie -, est une biographie récente de la vie de Sœur Marie Lucie de Jésus qui pourrait fort bien apporter des éclaircissements sur le message de Fatima, et même dissiper certaines suspicions qui troublèrent le Frère Gruner et bien d’autres.

Ce sont les sœurs du carmel de Coïmbra au Portugal, consœurs de Sœur Lucie, qui ont établi cette biographie. Si elle conte les événements et les apparitions qui se produisirent en 1917, elle se concentre surtout sur les conséquences de ces apparitions, sur l’entrée de Lucie dans l’ordre des Sœurs de Sainte Dorothée, puis chez les carmélites, et sur ses dernières années de vie. On y trouve rassemblées les notes et les lettres rédigées par sœur Lucie, ainsi que d’autres documents et correspondances. Le travail est fidèle, mais pas hagiographique. Il fait ressortir les difficultés qu’a rencontrées sœur Lucie alors qu’elle essayait de remplir son mandat en tant que la dernière des trois voyantes à être encore de ce monde.

Elle fut souvent mise en difficulté par des supérieurs qui avaient d’autres priorités, par des conseillers spirituels qui n’étaient pas d’accord entre eux, par un évêque formulant des demandes paraissant s’opposer aux ordres en provenance du ciel, etc.

Au départ, elle fut autorisée à rejoindre l’Ordre de Sainte Dorothée incognito. Ses supérieurs lui interdirent toute allusion au sujet de Fatima, jusqu’au moment ou il fut découvert que la nouvelle religieuse était la dernière des voyantes. Ses supérieurs permirent alors au gens de la questionner, de recevoir ses conseils, de lui solliciter des autographes et des photographies. Tout ceci entraînant une grande gêne pour quelqu’un qui voulait simplement poursuivre sa vie religieuse comme les autres nonnes. Elle passa de nombreuses années à lutter pour rejoindre un couvent de Carmélites, rencontrant l’opposition certes on ne peux plus amicale de ceux qui ne voulaient pas la perdre, surmontant les obstacles tels que la maladie et la vie en temps de guerre.

Elle priait constamment afin de décider de sa vocation et pour sa mission de répandre le message de Fatima. Mais après 1917, elle ne reçu des révélations particulière que rarement :

· Le 10 décembre 1925 : Notre Dame lui apparu requérant la dévotion réparatrice des Cinq Premiers Samedis du mois, incluant Confession et Communion, pour permettre réparation des péchés contre son Cœur Immaculé.

· Le 15 février 1926 : l’Enfant Jésus apparu, encourageant Lucie à répandre cette dévotion en dépit de la réticence de ses supérieurs. (« Fatima in Lucia’s Own Words – Fatima par les propres mots de Lucie » : les mémoires de Sœur Lucie relatent que le Seigneur lui apparu à nouveau pour regretter que de nombreux fidèles commencent les premiers samedis et qu’ils ne vont pas jusqu’au bout.)

· Le 13 juin 1929 : Notre Dame apparu demandant spécifiquement la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé.

· Mai 1930 : Notre Seigneur expliqua à Lucie 5 types d’affronts et de blasphèmes contre le Cœur Immaculé de Marie, ainsi que le processus de réalisation complète de la dévotion des Cinq Premiers samedis du Mois.

· 1936 : Notre Seigneur expliqua la nécessité que la consécration officielle de la Russie soit réalisée par le Saint père et la totalité de l’église ; et cela sera accompli, bien que tardivement.

· 13 mai 1942 : Notre Seigneur apparu et précisa la nature du sacrifice (nature of the sacrifice ) qu’il demandait maintenant pour réparer les péchés.

· En 1943, Lucie fut sévèrement malade et en danger de mort, l’évêque de Leiria lui rendu alors visite et lui ordonna d’écrire la troisième partie du secret. Elle protesta qu’elle n’avait reçu aucun ordre des Cieux pour faire cela, mais l’évêque dit que la responsabilité était sienne et lui rappela qu’elle devait être obéissante. Cela lui causa un grand désarroi. Elle tenta d’obéir de nombreuses fois à cet ordre, mais sa main se figea.

· Finalement, le 3 janvier 1944, Notre Dame apparu et dit, « n’ai pas peur, Dieu voulait prouver ton obéissance, ta foi et ton humilité. Sois en paix et écris ce qu’il t’ordonnent, mais ne donne pas ton opinion sur sa signification. » Lucie expliqua peu de temps après qu’elle ne pouvait que répéter les détails de la vision, mais pas divulguer les explications de Marie.

Lucie fit très peu de commentaires au sujet du futur, bien que deux d’entre eux mentionnèrent le Portugal : « La doctrine de la foi sera toujours préservée au Portugal. » Mais : « Si le Portugal n’approuve pas l’avortement alors il est en sécurité, mais s’Il l’approuve alors Il aura à subir de grandes souffrances. »

En ce qui concerne la Russie, elle rencontra de nombreuses difficultés, mais elle se montra décidée (tout comme le Frère Gruner, d’une certaine manière). En octobre 1942, elle dit à Pie XII que ce n’était pas accompli, « du fait qu’il manquait l’union des évêques du monde entier. » Pour ce qui est de la consécration réalisée par le Pape Paul XI le 13 mai 1967, « ils me demandèrent si cela était fait de la manière qu’attendait Notre Dame. Je répondis que non, pour la même raison. » Elle écrit dans une lettre : « Lorsque Jean-Paul II la fit le 13 mai 1982, il me demandèrent alors si c’était fait, je répondis que non. Il manquait l’union de tous les évêques. »

Finalement, « ce même Souverain Pontife Jean-Paul II écrivit aux évêques du monde entier en leur demandant de s’unir avec lui, et le 25 mars 1984 – publiquement et en union avec tous les évêques du monde qui souhaitèrent s’unir – Il accomplit la consécration conformément à la manière que requérait Notre Dame. Ils me demandèrent alors si cela avait été fait comme Notre Dame l’avait demandé et j’ai alors dit oui. Depuis lors c’est fait. »

Dans sa biographie, Lucie apparaît tout compte fait comme une bergère humble et banale, à qui Notre Dame a confié une mission pour le monde, des secrets, mais qui la plupart du temps aura fait face aux difficultés quotidiennes, essayant d’être fidèle à sa vocation religieuse tout en échappant aux feux de la rampe.

Le message de Fatima de 1917 est encore de la plus grande importance, avec une grande nécessité d’être mis en application : « Jésus veut instaurer dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. A ceux qui l’acceptent, je leur promets que leurs âmes seront sauvées et qu’ils seront aimés de Dieu comme des fleurs déposées par Moi pour orner Son trône. »

Source : http://www.thecatholicthing.org/2015/06/28/the-fatima-message-a-final-chapter/

Photo : Sœur Lucie et Jean-Paul II en 1982.


Au sujet d’Howard Kainz

Howard Kainz est professeur émérite à l’université de Marquette. Ses publications les plus récentes incluent Natural Law : an Introduction and Reexamination (2004), Cinq paradoxes méthaphysiques (Conférences 2006 Marquette Aquinas), The Philosophy of Human Nature (2008), et The Existence of God and the Faith-Instinct (2010).

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