Traduit par Pierre

Le mariage : un contrat ?, non, un sacrement !

par Howard Kainz

dimanche 1er juillet 2012

La romancière norvégienne Sigrid Undset (1882-1949), baptisée luthérienne mais élevée par des parents agnostiques, et libérée à 37 ans d’un mariage difficile ayant duré sept ans, se convertit au catholicisme en 1924. Elle reçut le prix Nobel de littérature en 1928. Peu après, à Oslo, un prêtre lui demanda pourquoi, même avant sa conversion, elle parlait du mariage comme d’un « sacrement » dans ses romans de la Norvège médiévale, alors que pour les protestants le mariage n’est qu’un contrat.

Pour réponse, elle dit qu’il faudrait une longue explication, qu’elle proposa dans un essai publié par un magazine catholique d’Oslo, Credo, cet essai fut par la suite repris dans un chapitre de son ouvrage Stages on the road [Étapes en chemin] (1934), et réimprimé en 2006 dans Through Moral Crises to Catholicism (Reply to a Parish Priest) [Des crises morales au catholicisme - réponse à un curé de paroisse], avec une introduction par feu le Père Stanley Jaki.
Elle avait eu tendance à considérer que tout mariage chrétien était comme un sacrement, puis s’était peu à peu rendu compte qu’il n’en était rien.

« Il me semblait, comme à beaucoup de personnes partageant mon point de vue, qu’en toute logique, pour les chrétiens, il ne pourrait être question de mariage que pour la vie entière, monogame, indissoluble, avec valeur de dogme selon l’Évangile pour toute la chrétienté. Mais nous étions confrontés au fait historique que tous les fondateurs de la Réforme étaient d’accord pour jeter ce dogme aux orties. Tous avaient admis qu’en certaines circonstances le mariage pourrait être annulé et que des divorcés pourraient se remarier même du vivant de leur ex-conjoint. Luther avait laissé vagabonder l’idée de la polygamie, permettant à certaines élites de prendre une épouse numéro deux. »

Je l’avais déjà signalé par un précédent article, un des sacrements "inutiles" abrogés au nom de la liberté chrétienne par Luther et autres réformateurs fut le sacrement de mariage, amplement délégué à l’état-civil plutôt qu’à l’autorité de l’Église. Selon la doctrine catholique ce sacrement est conféré non par un prêtre mais par un homme et une femme en la présence d’un prêtre et, s’ils sont alors en état de grâce, apporte des grâces particulières au couple pour une union à vie, reflet du mariage mystique du Christ et de son Église (Éph, 5:32). Sigrid Undset avait peine à admettre que les protestants réduisent cet aspect sacramentel à une brève imposition du pasteur et traitent le mariage comme n’importe quel contrat civil :

« En tant que sacrement — don d’une grâce — le mariage doit avoir été institué tout d’abord pour guider les hommes sur le chemin du salut éternel. Nulle autre idée ne pourrait expliquer que les hommes aient jamais déclaré qu’il [le mariage] est, et doit demeurer, une union indéfectible, où tous deux s’engagent en premier lieu à leurs devoirs envers Dieu, et l’un envers l’autre grâce à Dieu. Même lorsque la doctrine de l’Église sur le mariage était tenue pour être objectivement véridique et bonne pratiquement dans toute l’Europe, l’adultère était chose courante ; mais l’Église pouvait à juste titre déclarer : le mariage est une source de grâces, mais si les hommes refusent ces grâces, tant-pis ; les hommes sont toujours libres de choisir la voie du péché. »

Naturellement, l’interprétation protestante du mariage découlait du point de vue protestant rabaissant l’intercession des grâces divines par des prêtres, tout comme il diffère des vues théologiques sur la grâce et la foi. Certaines de ces différences ont été aplanies lors de concertations œcuméniques au cours des dernières décennies ; mais l’interprétation du mariage chrétien demeure une pierre d’achoppement.

Selon la théologie catholique, les conjoints mariés dans l’Église catholique ne sont pas simplement deux chrétiens unis en vue de leur salut et du salut de leurs descendants, mais, tout comme des prêtres ordonnés, reçoivent une part surnaturelle de grâce en vue de leurs devoirs particuliers.

Le Père Henry Sattler explique que "la grâce sacramentelle du mariage est le type spécial de grâce sanctifiante faisant pour ceux qui la reçoivent un principe naturel de l’action surnaturelle dans le mariage — l’amour, l’union charnelle, la vie quotidienne, le métier et les soucis dans le mariage reposent sous le signe divin."

Les théologiens sont partagés sur le contenu de grâce dans le sacrement de mariage (ex opere operato). Le sacrement de baptême libère l’âme du péché originel ; l’Ordination confère un caractère particulier au récipiendaire. Un conjoint s’engageant dans le sacrement de mariage en état de péché non confessé commet un sacrilège ; mais la confession et le pardon de ses péchés le rend apte à recevoir les grâces du mariage.

Sigrid Undset conclut son essai par un appel à ses frères Catholiques, qu’ils songent que les traditions européennes, y-compris les traditions du mariage, ont leur source dans le catholicisme, mais ont hélas dérivé sous bien des aspects en pâles imitations :

« Écrivant cet article, je voudrais tout d’abord supplier les Catholiques en Scandinavie et partout ailleurs de comprendre qu’il ne peut en être autrement. Nous avons le devoir d’être nets là-dessus — nous n’avons nullement le droit de penser qu’une seule parcelle de nos traditions européennes, valeurs culturelles, morales, richesse de la pensée, dont l’origine repose dans le christianisme tel que défini par l’Église catholique, survivra en une "vie naturelle" si les peuples de l’Europe rejettent le christianisme et refusent de recevoir les grâces surnaturelles dispensées par Dieu. C’est comme si un arbre privé de ses racines pouvait porter son feuillage, fleurir et produire des fruits. »

Sigrid Unset n’était certes pas emportée par le tourbillon des militants du "mariage gay" et de la polygamie, mais si le mariage n’est qu’un simple contrat, alors de tels événements sont imaginables. Si, cependant, le mariage demeure un sacrement reflet et perpétuation de l’union éternelle du Christ et de son Église, alors, de telles dérives sont sacrilèges.

Howard Kainz professeur émérite de philosophie à l’Université Marquette (Milwaukee, Wisconsin).

Photo : Sigrid Undset en 1928.

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Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2012/marriage-contract-vs-sacrament.html

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