Le marathon rural de Macron et les circuits urbains des Gilets jaunes

par Denis Lensel

dimanche 20 janvier 2019

Emmanuel Macron a effectué la deuxième étape de son marathon verbal vendredi à Souillac auprès de 600 maires d’Occitanie avec autant de brio que trois jours avant auprès des élus de Normandie. Cependant, sans essoufflement, les « Gilets jaunes » ont réitéré samedi leur score de la semaine précédente, rassemblant plus de 80.000 marcheurs dans plusieurs villes de France. Toutefois, loin de conjuguer leurs efforts, le Président de la République et les manifestants les effectuaient plutôt en sens inverse…

A Souillac, Emmanuel Macron a parlé de « recréer un consensus qui n’est jamais l’unanimité », en « corrigeant » en cas de besoin « des choses faites ces dernières décennies »… - « Redonnez du pouvoir aux maires ! Les mairies sont devenues des coquilles vides », lui a répondu le président des maires ruraux du Lot, qui lui a reproché de « stigmatiser, opposer, mépriser »… Le maire de Cahors et beaucoup d’élus ont souligné la nécessité de mettre au point « la desserte numérique » des zones rurales enclavées, avec l’Internet haut débit et la 4G, et d’améliorer « la mobilité » des populations.

La nouvelle limitation de vitesse des 80 km/h a été dénoncée comme « pénalisante » pour les territoires ruraux : Macron a admis la possibilité de « remettre les décisions au plus près du terrain ».

Le maintien de la scolarisation en zone rurale est une préoccupation vitale. Présent à Souillac, le ministre de l’Education Nationale s’est déclaré sensible à cette cause. On a demandé de « revoir les critères des fermetures de classes », avec notamment un moratoire de quelques années.

« Arrêter de vider les territoires ruraux de la substance publique », faire en sorte que l’Etat « reprenne la main sur les contrats de péage » pour les autoroutes, pour éviter des augmentations vertigineuses comme celle du viaduc de Millau… Faire baisser le nombre de députés, un engagement de Macron... Remédier au fléau des déserts médicaux en repensant le statut des médecins généralistes. Et bien d’autres soucis, comme l’avenir de la pêche en Méditerranée, et… celui des ours des Pyrénées, et de leurs victimes potentielles…

Questionné aussi sur l’ISF, le fameux « impôt sur la fortune » souvent honni, Emmanuel Macron a rappelé avec clarté deux points essentiels : « l’ISF sur l’immobilier a été maintenu » ; en revanche, il est vital pour l’avenir de l’économie française de ne pas pénaliser « les investissements d’aujourd’hui qui sont les emplois de demain »… Car « ce n’est pas un sujet entre les riches et les pauvres, c’est un sujet qui concerne les entreprises ».

Le débat a permis aussi d’évoquer des problèmes réels comme « le défi démographique français de la baisse de la natalité » (NB d’où l’intérêt d’évoquer davantage à l’avenir des mesures de politique familiale, mais cela reste à préciser tant de la part du gouvernement que de nombreux élus et de la grande Presse), les « intercommunalités trop grandes » et des « services publics itinérants ». Ou… l’immigration et ses écueils, évoqués par l’élue de Montauban dans un style alors controversé…

A propos des questions sur la fiscalité, sujet de colères répétées, Emmanuel Macron a souligné qu’en France, il faut aussi « parler en termes d’inégalité de destin et de différences de chances de réussir » : à ses yeux, le principal sujet pour l’avenir, c’est « l’école et le projet éducatif et scolaire », sachant que « l’accès au travail est à la racine des inégalités ». Une déclaration très applaudie.

Autre déclaration de Macron applaudie par les maires occitans : concernant les retraites, on « ne touchera pas » à la pension de réversion.

Cependant, du côté des cortèges des « Gilets jaunes », on a encore réclamé la démission de Macron. Grâce à un service d’ordre bien organisé parmi les manifestants, le défilé parisien s’est déroulé dans le calme, jusqu’à des incidents de dernière heure provoqués par des casseurs. Des « femmes en colère » - mais pacifiques - ont pris le relais çà et là dimanche, notamment à Paris, jusqu’à la Bastille avec des bonnets phrygiens... De nouvelles violences ont éclaté samedi en province.

A Souillac, un maire a émis deux vœux dans un esprit démocratique : que le Président de la République « soit jugé sur son bilan à la fin de son mandat et pas avant », et que la Presse « puisse faire son travail sans être agressée physiquement »…

Denis LENSEL

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