Débat

Le féminisme défend-il vraiment les femmes ?

propos recueillis par Émilie Pourbaix

vendredi 5 mars 2021

Selon Gabrielle Cluzel, le christianisme a beaucoup fait pour la promotion et la place de la femme dans la société.
Primavera, Boticelli. D. R.

La question de la place de la femme, dans la société comme dans l’Église, demeure un sujet brûlant. La Journée de la femme du 8 mars, née dans le giron de l’Union soviétique, appelle à une réflexion beaucoup plus en profondeur. Entretien avec Gabrielle Cluzel, journaliste, éditorialiste et auteur de Adieu Simone ! Les dernières heures du féminisme.

La journée du 8 mars a-t-elle du sens pour vous ?

Gabrielle Cluzel : Il y a aussi une journée de la politesse, de la baleine, sans téléphone mobile… la politesse se porte toujours plus mal, la baleine n’en parlons pas, et le secteur de la téléphonie explose. Je ne voudrais pas que la femme, elle aussi, soit posée sur l’étagère des causes perdues. Partout, la communication tient lieu d’action. «  Le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit  », disait saint François de Sales. Le 8 mars est un peu trop bruyant.

Le christianisme a-t-il aliéné ou émancipé les femmes ?

Votre question est cruciale : avec l’anticléricalisme ambiant, aidé par cette faculté qu’a l’Occident de battre sa coulpe – qui est d’ailleurs liée à son tropisme chrétien ! – on a parfois le sentiment que si le combat féministe est en pointe en Occident, c’est parce qu’un patriarcat spécialement oppressant y a sévi. Or c’est tout le contraire, comme l’écrit l’historienne Anne-Marie Pelletier, dans Le christianisme et les femmes, vingt siècles d’histoire : «  Ce n’est pas un hasard si ce sont des sociétés dont l’héritage est chrétien, qui ont vu naître au siècle dernier, les premières requêtes du féminisme.  »
C’est saint Paul lui-même, réputé, pourtant, le plus misogyne des apôtres, qui l’a dit (Lettre aux Galates 3, 22-29) : «  Il n’y a plus ni juif, ni grec, ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus.  »

C’est le christianisme qui a instauré le mariage monogame avec consentement libre et mutuel, donc à un âge moins précoce, laissant le temps ainsi aux filles de s’instruire. De même, Régine Pernoud, dans La femme au temps des cathédrales, note que si toute l’Europe a été convertie grâce à l’influence de reines chrétiennes (Clotilde en France, Théodelinde en Italie, Théodosia en Espagne, Berthe en Angleterre ou encore Edwige en Pologne), c’est aussi parce qu’au-delà d’une foi sans doute sincère, elles y trouvaient leur intérêt de femme… Adieu les concubines !

Parmi les catholiques, le féminisme pointe régulièrement. Comment voyez-vous la place de la femme dans l’Église ?

Il me semble que les revendications émises par les unes ou les autres pour accéder à une charge dans l’Église participent parfois d’une vision très horizontale, comme si l’on parlait du directoire d’une société du CAC 40. Il y a déjà eu par le passé des femmes Mères abbesses, ayant par ce fait autorité sur les hommes et comme l’a commenté avec humour André Malraux : «  Une religion qui agenouille les hommes devant une femme couronnée manifeste une misogynie plus que suspecte.  » Il y a des femmes docteurs de l’Église, le sanctoral est d’une parité absolue et une sainte, vêtue comme un homme, a été promue chef de guerre à 17 ans.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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