Le défi de François en Égypte

par Gérard Leclerc

mardi 11 avril 2017

Après les deux attentats qui ont fait 44 morts en Égypte, le dimanche des Rameaux, c’est en priorité la sécurité des Coptes qui se trouve en cause, mais on ne peut séparer cette question du statut des communautés chrétiennes en pays musulman. C’est en tout cas l’avis d’un observateur indépendant interrogé par Le Monde : « La sécurité ne suffit pas : il faut aussi une réforme profonde, dans les discours officiels, l’éducation, la culture, qui promeuve l’égalité entre les communautés. » On évalue généralement que la communauté copte constitue le dixième de la population égyptienne. Mais elle a toujours été en situation de faiblesse et de précarité. Les choses se sont aggravées depuis la destitution du président islamiste Morsi. Des centaines d’incidents ont été dénombrés contre les lieux de culte chrétiens et contre les fidèles, ces derniers étant désignés comme responsables de la chute du régime des Frères musulmans.

Dans ces conditions, le voyage que le Pape va effectuer en Égypte s’avère extrêmement délicat. À aucun prix, François ne veut entériner l’idée d’un conflit interreligieux. C’est pourquoi il rencontrera au Caire Ahmed Al-Tayeb, le grand imam de la mosquée Al-Azhar qu’il avait reçu à Rome. Il participera même avec lui à une conférence internationale sur la paix. Le prestige de l’université Al-Azhar est grand dans les pays musulmans, et le rôle joué par Ahmed Al-Tayeb est central dans la situation de crise actuelle. L’état d’urgence a été proclamé par le président Al-Sissi, dont l’ambition est de rétablir la stabilité du pays. Une stabilité compromise par les groupes terroristes, et d’abord par l’État islamique qui s’installe en force dans la province du Sinaï, alors qu’il se trouve déstabilisé en Syrie et en Irak.

Le Pape est soucieux que la violence ne soit pas fatalement accolée à l’islam. Il a donc besoin, de façon urgente, d’alliés du côté musulman. D’où l’importance de cette visite en Égypte, qu’ill a voulu maintenir en dépit des attentats. Tous les regards seront tournés vers lui, quand il arrivera sur cette terre déchirée, en apôtre désarmé de la paix.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 11 avril 2017.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Le sujet étant d’une importance considérable, il est à espérer, plus, souhaité, plus, attendu que les éventuelles réactions soient traitées avec la prudence qui convient.

    Il eut été mieux apprécié que les propos de l’observateur indépendant sur la réforme, les discours officiels etc.... couvrent aussi explicitement les positions des politiques de tous les pays au-delà des seuls officiels égyptiens. Les propos, souvent mensongers, offensifs et belliqueux, tenus à l’extérieur de l’Egypte et répercutés par les media, loin de compléter les efforts d’apaisement et de sécurisation d’Al Sissi, alimentent et encouragent les extrêmes de tous bords.

    "...l’Etat islamique qui s’installe en force dans la province du Sinaï, alors qu’il se trouve déstabilisé en Syrie et en Irak..." sont des mots à lire et à comprendre avec l’intelligence et le discernement qu’ils méritent si l’on tient à la vérité et à l’équité. Pour peu que l’on connaisse la géographie de la région et les différentes phases qu’ont connues ces quelque 60.000 kms, on a le droit de rester songeur...

    Accompagner François par la prière... C’est le plus urgent. Pour l’instant...

    Viviane Gemayel

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