Traduit par Pierre

Le corps du Christ, la réalité.

par Howard Heinz

lundi 25 novembre 2013

Après avoir lu mon récent article sur Hegel [Traduit le 12 novembre par Antonina R.-S. sous le titre HEGEL : le saint THOMAS d’AQUIN protestant ?] un collègue et ami protestant, jeune retraité d’une université de l’Est des USA, notait qu’un éclairage serait utile sur une brève citation de Hegel à propos de l’Eucharistie et de la Présence réelle. L’occasion de la fête du Christ Roi, instituée en 1925 en réaction à un sécularisme croissant me paraît appropriée à une réflexion sur ces sujets.

Je citais une des conférences prononcées par Hegel sur la philosophie de la religion, où il critiquait la doctrine catholique de la transubstantiation, ce qui avait causé sa dénonciation aux autorités par un étudiant catholique. Hegel avait répliqué par une mauvaise blague : il demanda si, une souris trouvant une hostie consacrée et la grignotant, les catholiques devraient vénérer la souris, et ainsi de suite.

Hegel répondit aux autorités qu’il était un professeur protestant enseignant dans la ville protestante de Berlin, traitant d’une religion hostile à une "approche scientifique". Par ailleurs, il n’avait parlé que d’une hypothèse vague et indéterminée, et il ne fallait pas s’attendre à ce qu’il traite la doctrine catholique sans la moindre critique au cours de ses exposés philosophiques. (Je n’ai pas connaissance d’autres incidents au cours de son enseignement susceptibles d’affliger les catholiques.)

Mon ami remarquait que je donnais l’impression que les luthériens ne croient pas à la Présence réelle. Il insistait sur le rejet absolu par Luther des idées de Zwingli, Calvin et autres réformateurs, pour qui l’Eucharistie était une présence spirituelle, ou une simple commémoration — autrement dit, Jésus n’étant pas physiquement présent.

C’est bien vrai. Luther n’était pas d’accord avec les catholiques pour qui l’Eucharistie cessait d’être pain et vin pour être en vérité corps et sang du Christ. Mais Luther soutenait que le Christ était bel et bien présent avec le pain et le vin. Ce qu’on appelle parfois la "consubstantiation", par opposition à la doctrine catholique de la "transubstantiation".

Je ne suis pas certain que cette interprétation luthérienne aille jusqu’à la "présence" physique, mais elle semble plus proche de l’interprétation catholique que de celle de nombreux protestants. Au moins pour beaucoup de hautes autorités luthériennes, la célbration Eucharistique n’est pas qu’une simple assemblée réunie "en souvenir du dernier repas pris avec le Seigneur".

La succession apostolique est aussi en jeu : Luther, dont l’ordination de prêtre catholique était valide, avait la faculté de consacrer s’il en avait la ferme intention, alors que n’acceptant pas certaines parties du rituel de la messe. Mais comme ses successeurs et d’autres réformateurs multipliaient et lançaient diverses interprétations sur la prêtrise et l’épiscopat (pour ceux qui y croyaient), il ne semble guère subsister d’éléments de la succession apostolique — à l’inverse des Églises orthodoxes et, peut-être provisoirement, chez les Anglicans.

Le Christ, fils de Dieu, n’a aucun problème à être réellement, substantiellement présent sous l’apparence du pain et du vin. Selon la sagesse divine, « trouvant [S]es délices parmi les enfants des hommes. » (Pr, 8:31). Son séjour en Galilée ne suffisait pas ; Il voulait (extraverti complet) un contact personnel avec chacun. Si, comme Luther le soutenait, nous sommes sauvés par la seule foi, la croyance catholique en la Présence réelle est peut-être la plus haute expression de la foi.

Dans l’Évangile de Jean, Jésus déclare : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang vous n’aurez pas la vie en vous. . . . .Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » (Jn, 6:53-56). Cette assertion d’une "nécessité" (avec le sous-entendu cannibale) incita nombre de ses compagnons à le quitter. Mais beaucoup restèrent, sans doute conscients d’avoir le privilège de voir de leurs yeux, de leur vivant, le Messie promis. Dans l’Évangile selon Matthieu, Jésus leur dit à quel point ils étaient privilégiés : « beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu. »

Et nous, à deux-mille ans de là, qui n’avons pas eu une telle bénédiction ? Nous pourrions penser, dans un moment d’égarement « Si seulement j’avais eu une telle possibilité, combien ma vie en eût été transformée. »
Mais nous ferions fausse route. Lors du Dernier Repas, et il en avait le pouvoir, Il mit tous ses compagnons présents et futurs sur le même plan que Ses disciples en leur faisant don de l’Eucharistie. Ils pourraient être en Sa présence aussi aisément que la femme, celle qui « venant par derrière dans la foule, [elle] toucha son manteau. » (Mc, 5:27), Jean « se penchant sur la poitrine de Jésus, » (Jn, 13:25), ou l’Apôtre Thomas « avance ta main dans mon côté... » (Jn, 20:27).

Des Saints ont reçu une bénédiction particulière en recevant la Communion, voyant et (ou) entendant le Seigneur. (Les catholiques, comme d’autres, éprouvent parfois des évènements religieux.) Mais pour la plupart d’entre nous, la plupart du temps, rien de spécial ne fait sentir une présence particulière.

Mais croyez-vous que Ses Apôtres et disciples, au cours de Sa vie publique, eurent conscience d’une aura particulière en L’approchant ? Il y eut de rares exceptions, quand Il permit une manifestation concrète de Sa divinité : pour les témoins de Son baptême par Jean (Mt, 3:17), pour Pierre, Jacques et Jean lors de la Transfiguration (Mt, 17:5), ou quand les gardes au Jardin des Oliviers reculèrent et tombèrent à terre en Sa présence (Jn, 18:6).

Mais pour la plupart Ses contemporains ne devaient probablement pas sentir plus que nous une présence surnaturelle, alors qu’ils peuvent avoir été sidérés par Ses paroles et Ses actes.

Que nous éprouvions ou non, deux millénaires plus tard, un sentiment de présence du Seigneur dans l’Eucharistie, l’Eucharistie nous propose la même possibilité qu’aux contemporains du Christ : nous rapprocher de Jésus et lui parler, et devenir accessibles aux changements que le Fils de Dieu peut porter secrètement au plus profond du sanctuaire de nos âmes.

NDT : citations bibliques en français issues de la Bible de Jérusalem.


Tableau : Le dernier repas - Le Tintoret, vers 1582.

http://www.thecatholicthing.org/columns/2013/corpus-christi-and-reality.html

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