« Le breton doit redevenir une langue d’échanges et de sociabilité »

Serge Plenier interrogé par Catherine Pauchet © Acip

lundi 29 mars 2010

Menacée de disparition, la langue bretonne renaît. Rédacteur en chef de
« Bretons d’ailleurs » et enseignant à la Mission Bretonne Ti ar Vretoned de Paris, Serge Plénier retrace son histoire mouvementée dans un livre
« La Langue bretonne des origines à nos jours », éditions Ouest-France, 128 pages, 180 photos, 17,9 €.

Peut-on vraiment parler de langue bretonne ?

Serge Plénier : Oui, c’est une langue, c’est certain. En effet, depuis son origine, elle possède son fonds lexical et sa grammaire, ses dialectes et ses patois. Quand les Bretons venus de Grande-Bretagne s’installent dans la campagne armoricaine aux 4ème et 5ème siècles après JC, ils arrivent avec leur cadre politique, religieux et linguistique. Au fil du temps, leur langue va se fondre avec celle des Gaulois encore celtophones pour donner la langue bretonne. Celle-ci a donc une double origine : insulaire et gauloise.

Comment expliquer le repli du parler breton jusqu’à sa quasi disparition ?

Serge Plénier : A l’origine, on va parler breton sur une ligne qui court de Dol de Bretagne, en Ile-et-Vilaine, à Bourg-de-Batz (aujourd’hui Batz-sur-Mer), en Loire-Atlantique. Je constate d’ailleurs qu’on a parlé breton jusqu’au début du 20ème siècle en Loire-Atlantique alors que sa pratique avait disparu depuis le 14ème siècle en Ile et Vilaine.
Diverses raisons expliquent ce repli continu qui a conduit la langue bretonne au bord de la disparition. D’abord, les invasions normandes au 10ème siècle ont fait reculer la frontière linguistique au niveau de Paimpol et de Vannes, avec toujours cet ilot en Loire-Atlantique. Puis, à partir du 10ème siècle, la haute noblesse et les instances civiles dirigeantes se sont romanisées. Le breton n’est plus que la langue de l’Eglise (et c’est déjà énorme) et des ruraux. Ensuite, la Révolution s’est accompagnée d’une véritable chasse au breton pour des motifs idéologiques, je dirais, presque théologiques. Enfin, au cours du 20ème siècle, le français est devenu la langue de la réussite sociale et de la modernité. Dans ce contexte de dévalorisation de la société rurale, parler breton, c’était la honte. D’un million de locuteurs vers 1900, on est passé à 250 000 au début du 21ème siècle !

Pourtant, à la fin de votre livre, on vous sent optimiste. Le breton a-t-il de nouveau le vent en poupe ?

Serge Plénier : Je l’espère. Je remarque l’intérêt que les jeunes, et leurs parents, portent aux écoles Diwan et aux classes bilingues aussi bien dans l’enseignement libre que dans le public. Les politiques et l’administration aussi ont bougé. La défense de la langue bretonne et de l’identité bretonne est perçue à présent comme un véritable enjeu. Des textes administratifs, rédigés en langue bretonne, sont publiés. Et, surtout, pour ses locuteurs naturels qui l’ont porté pendant des siècles, le breton commence à redevenir une langue publique, une langue d’échanges et de sociabilité. C’est frémissant, mais de bon augure.

Messages

  • Il y a une erreur dans cet article : la langue bretonne fut parlée jusqu’à Nort-sur-Erdre en Loire-Atlantique, et non jusqu’à Batz-sur-Mer, qui est le point où elle s’y est éteinte dans les années 1960.

  • Je trouve ahurissant le fait de demander "Peut-on vraiment parler de langue bretonne ?" en guise de première question. Ca n’est pas bien grave, mais ça montre que certaines personnes se contentent de penser à priori que les langues régionales sont forcément de simples "patois". Pour ceux qui ignorent tout de la question, sachez-donc que le breton est une langue celtique qui n’a de français que quelques mots rentrés dans la langue au fil des siècles. C’est une langue à part entière.

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