Traduit par Aurélie D.

Le bazar de M. McCarrick

par Stephen P. White

lundi 1er juillet 2019

Plus de soixante ans après son ordination sacerdotale, près de cinq décennies après qu’il a commencé à abuser sexuellement de jeunes hommes et garçons, plus de quarante ans après sa consécration épiscopale et au moins dix-neuf ans après que sa chasse aux séminaristes a été reportée au Vatican, Theodore McCarrick est, apparemment, sur le point d’être renvoyé de l’état clérical.

En un sens, la lréduction à l’état laïc du cardinal mettra une fin ignominieuse et méritée à sa prise de partie dans la saga des abus sexuels commis par des clercs dans l’Eglise catholique. C’est un vieil homme maintenant, misérable et pitoyable, quels que soient ses crimes. Mais bien sûr, les fruits amers de ses péchés sont encore en train de mûrir, prêts à être récoltés.

Premièrement, bien sûr, ce sont ses victimes : celles qu’il a maltraitées, contraintes et harcelées. Nous connaissons certains de leurs noms, d’autres restent anonymes. Ils ont subi de graves blessures, qui affectent toute une vie. La souffrance peut être rendue rédemptrice, par la grâce de Dieu, mais rien ne garantit que de telles blessures ne guériront jamais complètement.

Il y a aussi ceux (trop facilement négligés) qui connaissaient et admiraient McCarrick, qui le considéraient comme un véritable ami ou mentor. Il n’était, bien sûr, pas admiré du fait de ses péchés, mais car c’était un homme doté de nombreux dons. La trahison de McCarrick envers ses amis était double. C’est une chose de s’attaquer à un problème de duplicité et de mensonges d’un ami de confiance ou d’un mentor ; c’est une autre forme de trahison que de se laisser corrompre par association avec un homme aussi notoire.

Il est facile de dire : "Oh, mais les amis de McCarrick devaient savoir !" Sans aucun doute, certains devaient le savoir. Il y a de bonnes raisons de poser des questions difficiles à ses proches, à ceux qui ont le plus bénéficié de son amitié, de son patronage et de sa protection. Mais ce n’est certainement pas le cas de tous ceux qui admiraient ou aimaient McCarrick. Et ils étaient nombreux.

On peut en dire autant des prêtres, des hommes qui étaient liés à lui par des ordres sacrés et qui partageaient son ministère. Au cours des derniers mois, on a beaucoup parlé des dangers d’une classe cléricale qui se démarque comme si elle était exempte des règles et normes ordinaires en matière de conduite morale. Mais comme la plupart des choses vicieuses, ce genre de cléricalisme est une perversion de quelque chose de digne et de bon, en l’occurrence du lien fraternel et paternel qui existe entre un évêque et ses prêtres. Ce qui devrait être sain et édifiant devient au contraire un outil de péché et de trahison.

Ensuite, il y a les évêques. Oh, les évêques ! Qui savait quoi et quand ? Même s’il n’y avait aucune allégation concrète, aucune preuve d’abus, pourquoi McCarrick a-t-il été promu maintes et maintes fois face à des rumeurs aussi répandues ? Ce sont de bonnes questions ! Elles devraient être répétées, fort, jusqu’à ce que les réponses arrivent enfin. Il y a beaucoup d’évêques qui veulent des réponses à ces questions, surtout les plus jeunes.

Selon mes calculs, environ la moitié des évêques actuels des États-Unis (à l’exception des évêques émérites) n’étaient pas encore évêques en 2001, lorsque McCarrick fut muté à Washington et devint cardinal. Sans renoncer à blâmer de véritables échecs épiscopaux et des malversations ici et à Rome, de nombreux évêques confrontés à des groupes méfiants et en colère, n’étaient même pas évêques avant que McCarrick n’ait atteint le sommet de son pouvoir et de son influence.

Comme on dit, la vie n’est pas juste. Les bergers ont juré de servir leurs troupeaux ; ils ne peuvent pas choisir quels seront les besoins du troupeau.

Il y a aujourd’hui beaucoup de séminaristes et de jeunes prêtres prêts à donner leur vie au service du Christ et de son Église. Ils sont en train de se former dans l’épreuve de cette crise. En règle générale, ils ne sont ni naïfs ni blasés. Ils sont réalistes, à la fois sur les défis auxquels l’Église sera confrontée dans les décennies à venir et sur le manque de « solutions » mondaines. D’après mon expérience, ils sont très conscients des enjeux, de la nature de l’ennemi et des armes adaptées pour la bataille. Dans vingt-cinq ans, certains de ces hommes porteront des mitres, ce qui devrait nous donner de l’espoir.

Et puis, il y a nous. McCarrick n’est pas le seul clerc catholique coupable, mais combien de millions d’âmes ont souffert de frustration, de colère, de trahison ou de doute à cause des péchés et de la trahison d’un seul homme ? Même en laissant de côté, si on y arrive, les milliers d’autres cas d’abus, il est encore possible de saisir l’ampleur effroyable du péché d’un seul homme.

Les actes eux-mêmes étaient suffisamment graves et ont causé un préjudice considérable. Mais ce qui est vraiment stupéfiant, c’est la prise de conscience du fait qu’une poignée d’actes discrets peut devenir la source de tant de misère. Le péché, notre péché, contamine beaucoup plus que le pécheur seulement. Nous sommes fous si nous pensons que cela est vrai pour Theodore McCarrick et pas pour nous-mêmes.

En février, les présidents des conférences épiscopales du monde se réuniront à Rome pour un sommet consacré à la prévention des abus sexuels sur des mineurs.

Le Vatican a essayé (avec sagesse, je pense) de réduire les espoirs que ce sommet produise une grande stratégie de réforme. Il est peu probable que trois ou quatre jours de réunions avec des étrangers (pour la plupart) produisent des résultats similaires, qu’il se déroule, ou pas, dans un réel esprit de « synodalité ». Mais, du fait que les attentes soient moins élevées, cela laisse une marge supplémentaire pour que nos attentes soient plus grandes d’une autre manière.

La semaine dernière à l’Université catholique de Washington, le cardinal DiNardo, qui représente les évêques des États-Unis à Rome pour le sommet, a parlé avec franchise de la croix comme d’un remède durable pour l’Église et de la nécessité pour nous de la considérer avec plus de conviction : « La croix est une solution », a-t-il dit. « La croix est notre seul espoir. »

« En général, aux États-Unis, la croix n’est pas considérée comme la source de qui nous sommes. . . la croix est tout. » La croix est tout ; le seul remède à l’énormité du péché et de ses fruits terribles. C’est une attente qui mérite d’être élevée.

Jeudi 14 février 2019

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/02/14/mr-mccarricks-mess/

* Image : 2016 : Blase Cupich décerne le prix « Spirit of Francis » à McCarrick.

Stephen P. White est un professeur d’Etudes Catholiques au Centre d’études éthiques et publiques à Washington, aux Etats-Unis.

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