St Bède le Vénérable, prêtre, docteur (†735) ; St Grégoire VII, pape (†1085) ; Ste Marie-Madeleine de Pazzi, vierge (1566-1607)

Le Saint-Sacrement

dimanche 25 mai 2008

Le Saint-Sacrement

Première Lecture : Deutéronome 8.1–3, 14–16

Psaume : Psaume 147.12–15, 19–20

Deuxième Lecture : 1·Corinthiens 10.16–17

Évangile : Jean 6.51–58

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St Bède le Vénérable, prêtre, docteur (†735)

Première Lecture : 1·Jean 2.15–17

Psaume : Psaume 37.3–4, 18, 23, 27, 29

Évangile : Matthieu 7.21–29

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St Grégoire VII, pape (†1085)

Première Lecture : Ézéquiel 3.16–21

Psaume : Psaume 110.1–4

Évangile : Jean 6.60–69

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Ste Marie-Madeleine de Pazzi, vierge (1566-1607)

Première Lecture : 1·Corinthiens 7.25–35

Psaume : Psaume 84.3–6

Évangile : Matthieu 25.1–13


Pas de communion avec les idoles

Les deux versets de saint Paul qu’on nous lit en ce jour sont extraits d’un passage où l’Apôtre met en garde ses correspondants contre le danger d’un retour à l’idolâtrie occasionné par la consommation de viandes sacrifiées aux idoles. Comme il n’y avait pas dans l’Antiquité d’abat­toir « profane », presque toutes les viandes disponibles venaient des temples, où l’on avait im­molé les bêtes en l’honneur des divinités. D’où un cas de conscience pour les premiers chrétiens. Paul recommande une solution nuancée à ce problème, distinguant les cas où la provenance est signalée et celle où l’on est en droit de l’ignorer. Mais ce qu’il redoute par dessus tout, c’est que des chrétiens encore faibles dans leur foi nouvelle ne se laissent entraîner à un geste faux, se livrant à un compromis entre deux appartenances. Dans ce cas, il vaudrait mieux s’abstenir carrément de viande !

Cette sévérité nous étonne, mais elle doit nous alerter sur le sérieux de notre communion eucharistique. Communier n’est pas un geste anodin qui exprimerait simplement une adhé­sion de pensée au système de valeurs du christianisme, c’est une communion vitale à Quelqu’un. Et cette communion suppose qu’on ait rompu avec tout ce qui réclamerait de nous une adhésion similaire. L’Église nous enseigne que, pour communier, il faut non seulement ne pas avoir sur la conscience un péché mortel non confessé, mais encore avoir rompu avec l’attachement habituel au péché véniel. Car il y a des idolâtries qui nous collent à la peau, des complaisances tacites que nous n’osons pas rompre, avec la facilité de la parole et du regard, avec la sensualité, avec le mensonge, que sais-je encore... ? Dans ces cas, mieux vaut ne pas communier, tant que nous n’aurons pas pris parti. Il ne s’agit pas de dire que seuls les parfaits communient, mais il faut répudier clairement dans notre cœur les tristes complaisances qui nous attachent.
Il est frappant de voir combien, pour saint Paul, la communion eu­charistique est un acte qui nous engage. Ses sévérités à l’égard de ceux qui ne « discernent pas le Corps (le Corps du Christ qui est l’Église) », ou encore de ceux qui ont livré leur propre corps à la fornication viennent d’un sens très réaliste de notre lien à Jésus dans l’eucharistie. Le corps, notre corps, qui reçoit le Christ, nous engage plus que nos paroles et nos pensées. Nous ouvrir à cette rencontre charnelle avec le Christ suppose que nous ayons avec lui un accord sans restriction, que notre don soit entier. Toute fausseté, toute dissimulation défigure la beauté de cette offrande nuptiale que nous lui faisons, comme lui la fait pour nous.

Ceci nous renvoie à la nécessité de nous « examiner », comme le dit l’Apôtre, plus généralement de nous préparer. Il est indispensable que les catholiques redécouvrent la communion comme un choix (aujourd’hui je communie) et
non comme un geste rituel que l’on fait, parce que les autres le font. Le grand mal­heur de nos assemblées est cette communion devenue au­tomatique, machinale, rou-tinière, qui ne perçoit plus rien du don incandescent qui nous est fait. Jadis, lorsqu’un fidèle communiait, il s’y était préparé depuis la veille. Le jeûne eucharistique, plus exigeant qu’aujourd’hui, l’aidait à s’apercevoir que ce matin-là ne ressemblait à aucun autre. On lui demandait de rejoindre l’Église sans s’arrêter en route, d’arriver bien en avance, de réciter des prières, ces fameux actes (de foi, de désir, de contrition et d’espérance) qui n’étaient pas si idiots qu’on l’a prétendu. La communion faite, qui aurait eu l’idée de partir dès la fin de la messe ? L’action de grâce, à genoux, devant le tabernacle, aidait au moins à ne pas laisser passer l’instant béni de la rencontre dans la distraction et l’affairement. Il y a là beaucoup à découvrir !

Père Michel Gitton


Texte de l’Evangile du Jour

Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Et ce pain que je donnerai, c’est ma chair livrée pour la vie du monde. »
52 Les Juifs commencèrent à se diviser. Ils disaient : « Cet homme va-t-il nous donner à manger de la chair ? » 53 Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. 54 Celui qui mange ma chair et boit mon sang vit de vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour.
55 Ma chair est vraiment nourriture, et mon sang est vraiment une boisson. 56 Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. 57 De même que je vis par le Père, car le Père qui m’a envoyé est vivant, de la même façon celui qui me mange vivra par moi. 58 Voici le pain qui est descendu du ciel. Ce ne sera pas comme pour vos pères qui ont mangé, et ensuite ils sont morts : celui qui mange ce pain vivra pour toujours. »

Commentaire des pères Louis et Bernard Hurault

Seconde partie du discours : Jésus se fait notre pain quand nous mangeons sa chair dans l’eucharistie. L’eucharistie, célébration de la Cène du Seigneur, (la “messe”, comme nous disons souvent) est l’expression la plus forte de notre union à Dieu dans le Christ.
Comment peut-il nous donner de la chair à manger ? (52). Ainsi parlaient les Israélites qui se méfiaient de Dieu dans le désert (Nb 11.4 et 18). Mais Jean qui aime les jeux de mots leur donne ici un sens différent : pourquoi est-ce qu’un messager du ciel donnerait sa chair au monde quand nous avons besoin de quelque chose de spirituel ? Jésus répond au verset 63 : bien que cette chair paraisse un aliment terrestre, il s’agit vraiment de partager la vie du Christ ressuscité et transformé par l’Esprit. C’est la raison pour laquelle elle nous donne la vie (6.63).
Par des gestes visibles, le croyant participe à une réalité invisible et entre en communion avec le Christ ressuscité. L’Église définit un sacrement comme quelque chose de visible qui symbolise et produit une réalité spirituelle. Quand nous prenons part aux sacrements dans la foi, nous rencontrons le Christ vivant qui renouvelle notre vie. Dans la Cène du Seigneur (la messe), nous recevons vraiment le corps et le sang du Christ dans ce qui ne semble être que pain et vin. Pour nous, le Christ ressuscité se fait la nourriture de la vie éternelle.
Jésus est le pain vivant ou actif. Quand nous mangeons du pain ordinaire, nous le digérons et l’assimilons, mais quand nous mangeons le pain de vie (le corps du Christ), c’est lui qui nous “assimile”. Le Christ nous transforme ; il nous donne sa vie et nous unit à sa vie : celui qui me mange vivra aussi par moi.
Chair et sang Dans la culture hébraïque, chair et sang désignent l’homme entier dans sa condition mortelle. Jésus veut que nous fassions nôtre tout son être humain dans sa condition humble et mortelle, et lui nous communique sa divinité. Il est évident que la communion ne prend tout son sens que si elle se fait sous les deux espèces du pain et du vin ; pour cela il n’y a eucharistie que si le célébrant, pour le moins, communie sous les deux espèces.
Une fois encore Jésus va “accomplir” ce que contenait l’Ancienne Alliance : accomplir, c’est-à-dire donner la réalité là où l’on n’avait encore que l’ombre. Parmi les divers sacrifices que l’on offrait au Temple, il y avait ceux dits de communion : les fidèles mangeaient au cours d’un repas une part de la victime. Ils la mangeaient “devant Dieu” (Dt 12.18), s’unissant ainsi à leur Dieu à qui était consacrée la meilleure part de la victime.
Jésus, le véritable agneau pascal (Jn 1.36), s’offre en sacrifice pour le péché du monde et par là porte à leur accomplissement tous les sacrifices pour le péché de l’Ancien Testament (He 10.5-6). En se donnant lui-même, corps et sang de sa personne ressuscitée, en nourriture à son peuple, il réalise en lui et par lui l’union parfaite du Nouvel Israël avec le Père.
Mais nous ne nous laissons pas facilement convaincre car nous voyons qu’il ne suffit pas de communier pour être parfait. C’est la raison pour laquelle les paroles de Jésus nous déconcertent souvent : celui qui mange ma chair a la vie, celui qui ne le fait pas… Mais examinons les paraboles du Royaume de Dieu de plus près : le don de Dieu, qu’il s’agisse de sa parole ou du corps du Christ est une graine si petite qu’elle se perd très souvent et ne produit des fruits que pour ceux qui persévèrent.
Les sacrements que nous recevons font mûrir la vie de Dieu en nous ; ils agissent au plus profond de notre être. Seule l’expérience spirituelle nous enseigne que la transformation est quelque chose de très profond et qu’elle ne se remarque pas à première vue.
Faut-il dire plus sur l’une des grandes pauvretés de la vie chrétienne ? Tout ce discours de Jean a rappelé qu’il y a un ordre. Le pain vivant, c’est le Christ lui-même, et c’est sa parole, c’est la Parole de celui qui est la Parole. La communion n’a de sens, d’efficacité (s’il est permis d’employer ce mot) que si elle est donnée dans le cadre d’une Parole de Dieu que les croyants fréquentent régulièrement : la lecture et la méditation bibliques ; également grâce à des liturgies dans lesquelles ils peuvent l’entendre, l’intérioriser, la partager entre eux et la retenir.
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u 6.48 Ici plus que jamais nous devons nous rappeler ce qui est dit dans l’Introduction à propos des “Discours” de l’Évangile de Jean. Jean reprend des paroles authentiques de Jésus, et il en fait les points d’appui d’un discours dans lequel Jésus se présente comme le Messie, porteur de la Parole de vie et venu pour donner la vie à ceux qui croient en lui. Il est hors de doute que Jésus n’a pas parlé explicitement de l’eucharistie à ce moment et à un tel public, et même pas à ses apôtres : que pouvaient-ils faire d’une telle révélation ? Mais Jésus avait posé les bases de ce que nous pourrions appeler « l’ordre sacramentel » ; par ces mots nous entendons que la venue du Verbe dans la chair inaugure un ordre nouveau où nous entrons en communion avec Dieu lui-même par l’intermédiaire de gestes et de réalités matérielles. Voilà pourquoi Jean peut se permettre d’adapter les points forts de l’enseignement de Jésus à l’usage de chrétiens qui, dans l’Église, rejoignent mystérieusement le Christ par les sacrements : ici l’Eucharistie.
Les paroles de Jésus en 48-58 causent de la stupeur parmi ceux qui l’écoutent. Un catholique, habitué à la doctrine très ferme de l’Église sur la présence du corps et du sang du Christ dans l’Eucharistie, voit facilement que cette doctrine heurte ce que lui suggère sa raison. Des doutes lui viennent sur cette présence réelle du corps et du sang du Christ dans l’eucharistie, et lorsqu’il lit ce paragraphe, il croit d’emblée que c’est le point sur lequel Jésus insiste et qui fait scandale pour ses auditeurs. Bien plus, des phrases telles que : Celui qui mange ma chair et boit mon sang ne peuvent que lui sembler très choquantes, surtout si Jésus s’adressait à des auditeurs non encore chrétiens.
En réalité, Jean a rédigé le discours à l’intention de chrétiens catéchisés ; ils savent que l’Eucharistie est le corps du Christ ressuscité, ce qui change tout. Pour nous qui voyons tout dans une perspective positiviste et rationnelle, que le pain devienne le corps du Christ nous semble une opération magique et qui méprise un peu trop la réalité de la matière. Pour les lecteurs de Jean, ce qui coûtait le plus était d’admettre que le Fils éternel ait dû se faire chair et sang, c’est-à-dire homme ordinaire et mortel, pour sanctifier les croyants. La difficulté que l’évangile met ici en relief n’est donc pas dans le sacrement, mais dans le mystère de l’Incarnation. C’est là le point central du discours, comme le disait déjà la note précédente et comme nous le verrons dans les versets 62-63.
Les paroles de Jésus ne sont pas pour nous convaincre que le pain consacré est bien devenu son corps ; l’insistance porte sur le fait que, par son corps, il nous donne la vie. Le mot vie revient de diverses façons. Jésus parle de vie et il parle de vie éternelle ; ce vivre par lui est une manière d’être en dépendance du Christ ressuscité, et par lui, d’être en communion avec le Père. Cela, c’est l’essentiel de la vie éternelle. Jésus ne dit pas : si vous communiez, vous serez en état de grâce alors que les autres sont en état de péché, mais : si vous vivez de l’eucharistie et de ce qu’elle signifie, vous avez dès maintenant quelque chose que vous ne trouverez nulle part ailleurs et qui est une présence efficace de l’éternité.
Jésus fait appel à notre capacité de croire, car cette présence de la vie éternelle n’est pas sentie habituellement. Elle est pourtant l’objet d’une expérience, et celui qui a mûri dans la foi et la vie sacramentelle sait reconnaître en lui-même, et plus encore chez d’autres, bien des transformations qui, pour être discrètes, n’en sont pas moins des richesses de très haut prix. Lorsque des chrétiens prennent conscience de cette vie éternelle déjà présente et efficace, ils réordonnent volontiers leur usage du temps et s’efforcent de cultiver cette part de la vie intérieure où, dans la méditation ou toute autre forme de la prière, on s’ouvre au monde de l’éternité.

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