Le Roi immédiatement

par Dominique Decherf

mercredi 5 avril 2017

La critique de la « monarchie présidentielle » n’a d’égale durant cette campagne électorale que la médiatisation de la personne des candidats. On en viendrait à oublier le caractère symbolique de la fonction. Une majorité d’électeurs sinon la totalité en quelque repli de leur âme ne se détermineront peut-être pas consciemment d’après cette dimension, mais celle-ci n’est nulle part absente de l’inconscient collectif. Même de Gaulle se sentait quelque part le régent. Il savait qu’il devait d’occuper la place à une série de circonstances exceptionnelles et improbables, mais qu’en toute circonstance cette place était celle d’un roi. Le dernier titulaire de l’emploi a tout fait pour raccourcir le costume, pour paraître « normal ». François Hollande fut celui qui ne voulait pas être roi, « ni même rappel de roi, ombre de roi ». Ce fut un échec complet. Il ne s’agit pas non plus de faire le roi, ce qui fut reproché à Valéry Giscard d’Estaing (émission de FR3 sur « la solitude de l’Elysée », 3 avril). Non, il y faut une grande humilité dans la reconnaissance d’une transmutation, dans le sens du haut, de quelque chose qui élève, qui dépasse, qui va au-delà mais qui reste en deçà. Certes le président est laïque et ne dit pas qu’il y a un au-delà ni quel il est. Pour autant il est celui qui se tient sur le seuil, car il est le plus haut placé. Le chroniqueur littéraire Marin de Viry l’appelle « le portier de l’invisible », celui qui peut dire comme Pascal : « le silence des espaces infinis m’effraie ». Il se situe exactement au point de tangence entre le fini et l’infini, ou mieux entre deux infinis.

Objection : si la monarchie en effet vit « dans les régions de l’incarnation », la république laïque vit « dans les régions grecques de l’Idée » avec un I majuscule. De nombreux malentendus en découlent quand les deux entrent en dialogue, ce qui arrive fréquemment puisque la majorité d’entre nous sommes l’un et l’autre, enfants de la monarchie et enfants de la révolution, de l’empire et de la république. Le dialogue est autant intérieur qu’extérieur entre le citoyen et l’institution. Marin de Viry qui se pense ainsi « bipolaire », « dans les deux camps à la fois », écrit : « quand un monarchiste catholique parle à un républicain laïque, ils ne parlent pas de la même chose. La chose républicaine est de ce monde…la chose monarchiste a un pied ailleurs… »

Le roi n’appartient pas à un monde parfaitement suranné. Il n’intéresse pas tant le professeur de sciences-po comme objet de philosophie politique que comme gardien de « la promesse ». Marin de Viry est inspiré par Bernanos et Péguy et tente de réintroduire l’honneur dans le cercle du politique : « un honneur dans lequel je vois le courage, le don, la politesse, le respect de la parole donnée et reçue, la fidélité. » Il n’est pas d’autre critère de choix dans l’univers des onze possibles du 23 avril prochain. Non pas voter pour LE Roi ni pour un roi de cinq ans, mais pour l’idée du roi. Surtout ne pas aller voter sans avoir lu ce livre.

Marin de Viry, Le Roi Immédiatement, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2017. 

https://itunes.apple.com/fr/app/vive-le-roi/id1213508104?mt=8

Messages

  • Une extraordinaire pépite, "Providentielle" en ces temps de disette morale. A joindre à "La Royauté de L’Homme" d’Henri comte de Paris et nous voilà ragaillardis pour affronter cette nouvelle campagne...de Russie ! Notre devoir de missionnaire est de faire Savoir, faire Connaître et Encourager !
    Merci de vous y engager !
    Adain

  • Oui, il faut un Roi, mais pas une potiche royale . Pour ce faire, la constitution de la 5ème république devrait faire l’affaire, moyennant des ajustements .

  • Article d’une actualité complètement bienvenue.
    L’habit de souverain français a toujours été trop grand pour les "présidents de la république".
    C’est, au fond, tellement monstrueux que de revendiquer l’héritage dont se sont emparé les assassins du roi Louis XVI.
    Il est revient de droit à l’aîné des Capétiens.

  • L’aboutissement constitutionnel est resté en suspens. Non à cause du "Régent" qui a su relever la France de la tourmente mortelle mais par la pusillanimité de "l’héritier" qui s’est montré totalement incapable de relever le défi de l’Histoire. Il ne suffit pas de prétendre, encore faut-il entreprendre (pour prouver et ré-asseoir une légitimité qui ne va plus de soi) !
    Le désordre et la cacophonie que l’on déplore aujourd’hui ne sont que la conséquence logique de cet inachèvement. La Ve République n’est viable dans la durée que couronnée par un arbitre, un véritable arbitre.
    Or le jeu des partis que fustigeait à raison De Gaulle a repris de plus belle. Et les (de plus en plus) minables présidents que la France a dû subir ces derniers temps ne sont que des chefs de partis. Intrigants ils étaient, intrigants ils sont restés !
    Jamais depuis des décennies la souveraineté nationale n’avait été autant présente dans le débat politique et électoral. C’est là l’émergence d’une aspiration profonde d’une nation qui se perçoit à la croisée des chemins : indépendance souveraine ou vassalisation mondialiste ?
    Il semble malheureusement que la vieille race capétienne, celle qui a été l’ossature et le nerf de la France se soit dispersée et diluée définitivement.
    Il n’y a plus d’arbitre entre une France orpheline et des oligarchies toujours plus avides et amorales.
    Il faudrait un vrai miracle pour susciter une nouvelle dynastie...

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