Primaire de la droite et du centre

La victoire de François Fillon, un succès catholique ?

par Tugdual Derville

lundi 28 novembre 2016

Délégué général d’Alliance Vita, cofondateur du Courant pour une écologie humaine, essayiste, Tugdual Derville nous donne son analyse de catholique engagé dans la cité sur la victoire de François Fillon à la primaire.

Ce score impressionnant de François Fillon, est-ce une victoire des catholiques ?

Tugdual Derville : Ce serait faire trop d’honneur à François Fillon, ou l’affubler de trop d’indignité, selon le sens donné au mot «  catholique  » : attractif pour les uns, repoussoir pour les autres.

François Fillon est surtout entré en phase avec les aspirations populaires qu’il a perçues dans sa campagne de terrain. L’ancien Premier ministre, qui n’a rien du perdreau de l’année, a senti le retournement qui est en train de s’opérer sur l’identité de notre pays et sur ses racines. Il s’est autorisé à prendre le contre-pied du système politico-médiatique de la pensée unique. Il a réussi le tour de force de paraître comme un homme neuf, un antisystème.

Par contraste avec ses deux principaux adversaires, son caractère à la fois paisible, ferme et rassurant a sans doute joué un rôle essentiel dans son final spectaculaire…

Le croyez-vous capable de changer les choses selon ce que vous désirez ?

L’avenir le dira. S’il parvient à son but, laissons à François Fillon la possibilité de se révéler dans cette fonction clé qui confère d’importants pouvoirs et une grande liberté. L’habit fait assez souvent le moine, contrairement à ce que dit l’adage. Que François Fillon ait l’envergure d’un homme d’État ne fait plus de doute… Mais je voudrais mettre en garde les catholiques qui seraient obnubilés par la quête du leader providentiel. On gâche beaucoup d’énergie à en discuter… On l’adore passivement quand on croit l‘avoir trouvé, avant d’en être déçu…

Le large score de François Fillon, fédérant des courants d’influence contraires, nous incite à agir pour que l’éventuel futur président favorise le réveil anthropologique dont la France a besoin, celui qu’Alliance VITA définit sous l’appellation de biopolitique…

Les «  déconstructeurs  » ont intensifié leur travail de sape depuis 2012. Remonter la pente réclame conscience et courage. Or, jusqu’ici, les gouvernements de droite ont, au mieux avalisé, au pire aggravé les lois sociétales de liquéfaction de la société…

François Fillon donne-t-il les signes d’une résistance aux «  déconstructeurs  » ?

Sur les questions «  sociétales  », François Fillon a pris des postures contrastées et contradictoires. Plutôt courageux sur la filiation, il est opposé à la GPA ou à la PMA homosexuelle. Mais il ne va pas au bout de cette logique, avec sa proposition d’une adoption simple pour deux personnes du même sexe, qui tente de concilier l’inconciliable…

À peu près solide contre l’euthanasie, il s’est montré timoré sur l’avortement, affirmant qu’il y est «  personnellement opposé  » tout en revendiquant l’avoir soutenu, y compris dans les réformes dramatiques du quinquennat en cours visant à le banaliser. Qu’il suffise de remplacer le mot avortement par n’importe quel autre sujet de société où il est aussi question de justice pour les faibles, et l’on mesure l’incohérence…

La logique libertaire a fait entrer l’avortement dans les sacro-saintes «  valeurs de la République  ». François Fillon y est inféodé. Le constater ne signifie pas qu’il soit incapable d’évoluer. Il faudra qu’il perçoive que les Français accueilleraient un discours volontariste de prévention concrète de l’IVG, drame que chaque femme aimerait éviter…

Les commentateurs ont cependant, pour diverses raisons, pointé l’importance d’un vote catholique dans cette campagne, qu’en pensez-vous ?

Les analyses des politologues, la plupart largement soumis à la pensée dominante, méritent d’être décryptées au travers de leurs intentions cachées. Cette idée d’un «  vote catholique  », souvent affublé d’une connotation péjorative, a largement été utilisée contre François Fillon, entre les deux tours de la primaire, pour sonner l’alerte. Comme si la France était soudain menacée par un «  retour à l’ordre moral  ».

Or, ceux qui n’ont cessé, depuis plusieurs années, de brandir le catholicisme en épouvantail, découvrent que, pour beaucoup de Français, en ces temps de crise identitaire, il fait désormais figure de valeur refuge. La victoire de François Fillon serait plutôt une défaite de l’anticatholicisme. Il reste qu’agiter la peur d’une droite «  morale  » revenant sur les dérives éthiques qui se sont multipliées depuis des dizaines d’années est une chose… On attend toujours, sauf sur la filiation et sur les programmes scolaires d’histoire, le signe d’une contre-offensive «  biopolitique  » chez François Fillon.

On ne peut tout de même pas nier le regain d’influence du catholicisme français ?

L’influence du catholicisme révélée par ces primaires est à la fois moins forte directement, et plus profonde indirectement qu’on ne le dit souvent.
Moins forte directement, parce que les catholiques vraiment convaincus sont aujourd’hui peu nombreux. Plus profonde indirectement, parce que ce sont les minorités conscientisées qui déclenchent les retournements culturels.

À ce titre, les manifestations contre la loi Taubira n’ont pas seulement réveillé les catholiques qui sont sortis dans la rue, en entraînant d’autres Français. Par sa fougue résistante, l’immense mouvement social a ouvert les yeux d’une partie de la majorité silencieuse. Les deux vagues d’attentats de 2015, surtout la deuxième, ont ensuite réveillé, dans le cœur des Français, l’attachement à leurs racines.

Seul, avec Jean-Frédéric Poisson, à prendre ouvertement fait et cause pour les chrétiens d’Orient, François Fillon s’est montré lucide et décomplexé sur ce sujet… Dans son entourage figurent un certain nombre de chrétiens convaincus.

Comment expliquer cette influence renouvelée alors que la pratique religieuse a tant baissé ?

«  C’est quand je suis faible que je suis fort.  » Constatons ce paradoxe : depuis deux siècles, jamais le catholicisme n’a été à ce point minoritaire dans notre pays. Mais jamais sans-doute n’a-t-il porté à ce point les espoirs de la France.
Le martyre du père Hamel, au cours d’une messe de semaine quasi désertique le 26 juillet 2016 est emblématique de ce paradoxe. Elle a touché les Français «  de marque chrétienne  » bien au-delà des pratiquants. La réaction très digne des évêques et des chrétiens a estomaqué les pouvoirs publics et les journalistes.

Et pendant ce temps, un renouveau de ferveur impressionnant anime la jeunesse catholique. Avec une sensibilité croissante à la vie de la cité, au bien commun, à l’engagement social, humanitaire et politique, beaucoup sont prêts à occuper des postes en prise directe avec la construction de la société. Ils ont dépassé la déploration passive de la déconstruction issue de Mai 68. Pour agir auprès des plus fragiles, ils sont de plus en plus à la barre de l’innovation sociale. C’est une promesse extraordinaire pour notre pays.

Logiquement, c’est quand la société est devenue «  liquide  », atomisée, déstructurée par l’hédonisme individualiste, que les structures enracinées font preuve de fécondité. Les personnes qui fondent leur vie sur du solide – en l’occurrence un socle anthropologique altruiste et cohérent – sont influentes, et respectées.

Dans tous les partis, les entreprises, les associations et de plus en plus dans les médias, de nombreux chrétiens sont désormais décomplexés. Ils se relient et s’épaulent. Ils participent au réveil de l’âme de la France.


Tugdual Derville,Le temps de l’homme, Plon, 320 pages, 17,90 e.

Messages

  • Bonne analyse de Tugdual Derville ainsi résumée :

    "François Fillon est surtout entré en phase avec les aspirations populaires qu’il a perçues dans sa campagne de terrain. L’ancien Premier ministre, qui n’a rien du perdreau de l’année, a senti le retournement qui est en train de s’opérer sur l’identité de notre pays et sur ses racines. Il s’est autorisé à prendre le contre-pied du système politico-médiatique de la pensée unique. Il a réussi le tour de force de paraître comme un homme neuf, un antisystème."

    On sent que T. Derville a retenu l’expérience fâcheuse de Mme Boutin manipulée par N. Sarkozy. Chat échaudé...

    F. Fillon - le seul pour l’instant- offre un espoir de vrai changement : à juger sur pièces.

    Le succès de Fillon n’est pas un succès catholique même si des catholiques ont participé à la préparation du retournement de l’opinion via les manifs pour tous. Ce n’est pas la première fois que, tout en étant minoritaires, ils contribuent efficacement à un basculement : on a déjà rappelé le référendum de 2005 où les cathos ont fait chuter Chirac le laïciste forcené en faisant la différence entre les non et les oui...

    Pour le reste, on voit bien que F. Fillon ne se départit pas d’une grande prudence par crainte de la mitraille médiatique. Ainsi, il ne touche pas au piédestal de Mme Veil qui n’a jamais voulu dénoncer ni le bilan catastrophique de sa loi (la France est une démocratie populaire pour le taux d’IVG), ni le détournement du texte, à l’origine une tolérance dépénalisée, en vrai faux "droit fondamental"...

    Beaucoup reste à faire pour amplifier en France un vrai retournement culturel. Et tout reste à faire à gauche où les cathos "verts" ou "roses" ont bien du mal à remettre du sel dans la bouillie pour les chats qu’est aujourd’hui la pensée de gauche.

    Tant qu’on n’aura pas investi cette bastille du libertarisme qu’est devenue la gauche française, aucun vrai changement ne sera possible. Mais il faudra compter avec les vigiles de la presse, et les nouveaux sans-culottes du gender et de la procréation éclatée...Ce sera autre chose que les gardes suisses de Louis XVI un certain 14 juillet 1789...

    • "Les gardes suisses un certain 14 juillet 1789" ? Vous pensez sans doute au 10 aout 1792 !

    • Voilà des faits remis, à juste titre, dans leur contexte. Question de s’y retrouver, dans notre chère Histoire de France que d’aucuns, quelque part dans les coulisses de l’Education nationale, veulent baillonner.

      Il s’agit bien du 10 août 1792.

      Il faut échanger disait quelqu’un, en ajoutant : c’est le seul moyen d’apprendre qu’on ignore à peu près tout.

      Merci à "pouder" de sa participation à enrichir ce forum.

    • @ 28 novembre 16:23
      @ 28 novembre 17:24

      L’investissement de la Bastille”, tel qu’il est évoqué, a bien eu lieu le 14 juillet 1789.

      La résistance de la garde suisse a été - en dépit d’une centaine de morts chez les assaillants - peu soutenue (et peu engagée, à son corps défendant).

      Après leur reddition, les gardes suisses ont pu se disperser sans trop de dommages, tandis que le gouverneur de Launay avait été, lui, découpé assez peu proprement en morceaux...

      Le massacre d’août 1792, c’est déjà une tout autre étape de l’Histoire.

    • Je vous laisse dialoguer quant à savoir si la garde de la Bastille avait la perruque poudrée et un habit vert,rouge, ou bleu avec parements...c’est un joli sujet d’histoire.

      Je sens que vous avez bien perçu l’essentiel de mon propos quant au fait que l’ancien régime de la gauche est fait pour être renversé...On ne mettra pas pour autant les têtes au bout des piques et c’est une révolution culturelle bien pacifique que nous sommes nombreux à vouloir...

    • La victoire de François Fillon ,un succēs .Oui les français l’ont senti
      proche des hommes et femmes de ce pays .
      et capable par sa foi de se pencher sur les problèmes difficiles .

    • Il s’agit ici d’une image puisqu’il est question, je cite, d’investir "la bastille du libertarisme" alors que la prise de la Bastille a eu lieu le 14 juillet 1789.

      La date du 10 août 1792 est, elle aussi historique puisque, avec la liquidation de gardes suisses elle a vu la prise des Tuileries et la famille royale jetée en prison.

      Des éclaircissements justifiés ne peuvent faire de tort à personne.

  • En peu de mots, voilà un billet de Tugdual Derville, dont les propos sont francs, sans concession, réalistes et en même temps respectueux. A lire avec attention et détachement de toute probable idée préconçue.

    Sans aller plus loin au risque de doubler malencontreusement une analyse
    honnête et par là digne d’intérêt, un seul mot, certes pauvre mais sincère : merci.

  • Bon article et bonne analyse de Tugdual Derville. Merci à lui.

  • la Bastille, c’est l’enseignement et les médias. Tant qu’il y a les concepteurs de programmes scolaires à base d’idéologie franc-maçonne teintée d’islamisme (supprimer les langues anciennes remplacées par l’arabe) et une presse subventionnée pour publier une vérité orientée, on pourra faire toutes les manifs que l’on veut, le catholicisme sera ringard. Il faut reconquérir la liberté de penser

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