La valse à trois temps - Ou la manipulation des élections présidentielles de 2017

par Patrice Buffotot

mardi 14 février 2017

Le général de Gaulle a voulu l’élection du président de la République au suffrage universel pour lui donner plus de légitimité mais aussi pour empêcher les manipulations comme c’était le cas sous la IV république. De Gaulle estimait qu’il était plus difficile de manipuler des millions d’électeurs que quelques centaines de députés et sénateurs. Les réseaux et groupes de pression ont réussi à reprendre la main et à manipuler ces millions d’électeurs depuis le début des années 70.

Ces manipulations ont commencé avant le départ du général de Gaulle avec l’affaire Markovic en octobre 1968. L’objectif était de déstabiliser le probable successeur du général de Gaulle, Georges Pompidou. La manipulation a échoué. Lors des élections de 1974, on a assisté à l’élimination de Jacques Chaban Delmas grâce à la publication de sa déclaration d’impôts. En 1981 les manipulations ont été multiples. Elles commencent dès 1979 avec la publication par le Canard Enchaîné le 10 octobre d’un article révélant l’affaire des diamants de Bokassa dans le but discréditer le président Valéry Giscard d’Estaing. C’est un argument qui a été largement utilisé pendant la campagne de 1981. Mais les manipulations ont été multiples. En effet au second tour de 1981, le Parti communiste français a fait voter sur ordre de Moscou pour le candidat de droite, Valéry Giscard d’Estaing tandis qu’à droite, le chef du parti gaulliste, Jacques Chirac a appelé en sous-main à voter pour le candidat de gauche, François Mitterrand. En 1988, l’homme à abattre était Raymond Barre et de multiples rumeurs ont circulé, notamment sur sa femme, d’origine hongroise, qui était un agent du KGB. En 1995, c’était Edouard Balladur qu’il fallait éliminer. Des réseaux ont fait voter des électeurs de gauche pour J. Chirac au premier tour afin d’éliminer Balladur qui est arrivé en troisième position, derrière Chirac.

La manipulation la plus réussie a été celle des élections présidentielles de 2002, où l’homme à éliminer était cette fois Lionel Jospin du parti socialiste. Deux candidatures ont été notamment suscitées et organisées (en fournissant des hommes et un financement) à savoir celle de Jean-Pierre Chevènement (qui a obtenu 5,32 % des suffrages exprimés) et celle de Christiane Taubira (2,31 des SE) qui sera remerciée sous la présidence Hollande. L’objectif de ces deux candidatures était de capter une partie des voix de l’électorat de gauche. Résultat : Lionel Jospin n’a obtenu que 16,17 % des SE. Les deux candidatures lui ont coûté 7,63 % des SE. Ces suffrages manquants, pouvaient facilement l’aider à dépasser J. Chirac qui a obtenu 19,88 % des SE. Le piège a donc bien fonctionné, Jospin n’arrive que troisième derrière J. Chirac, avec un retard de 3,6 % des SE. Il est donc éliminé pour le second tour. Chirac qui se retrouve face à J-M Le Pen, n’a pas besoin de faire campagne. Il refuse tout débat à la télévision et avec l’organisation d’une vaste campagne antifasciste notamment au sein de la jeunesse, il est élu dans un fauteuil avec 82 % des suffrages.

La question que l’on doit se poser est : « Qui voulait l’élimination de Jospin ? ». Un réseau a organisé une déstabilisation du candidat socialiste pour faire réélire Jacques Chirac. L’autre question est pourquoi et au profit de quels intérêts ?

Nous venons d’assister en janvier 2017, juste avant la campagne officielle des élections présidentielles, à une vaste entreprise de manipulation qui se décompose en trois opérations distinctes que l’on peut appeler la « Valse à trois temps ».


1- Premier temps : éliminer François Fillon le plus dangereux.

On s’aperçoit que le candidat à abattre est François Fillon, le candidat désigné par les primaires de droite le 27 novembre 2016 et qui avait jusqu’à présent une forte probabilité de gagner.

Une première manipulation a eu lieu dès le premier tour des primaires. Elle a consisté à faire participer des électeurs de gauche pour voter en faveur d’Alain Juppé et ainsi éliminer Sarkozy au premier tour (Fillon n’avait aucune chance de gagner selon les sondages). Ils sont revenus au second tour pour éliminer cette fois F. Fillon mais la manœuvre a échoué. Cette opération avait été préparée par une longue campagne médiatique en faveur de Juppé donné favori dans tous les sondages, et ce bien avant le premier tour des primaires.

Une seconde manipulation devient alors nécessaire. L’objectif est de délégitimer Fillon auprès de ses électeurs potentiels afin qu’ils renoncent à voter pour lui en semant le doute. Il fallait le toucher dans son intégrité. Les informations révélées par le Canard enchaîné du 25 janvier 2017 montrent que l’opération a nécessité l’accès à des informations provenant des services de l’État notamment celles concernant les salaires payés par le directeur de la Revue des Deux mondes, Marc de Lacharrière à l’épouse de F. Fillon.

Une piste commence à se dessiner, ce serait des membres du sérail de l’ancien ministre Macron, proches de l’Élisez, qui seraient à la manœuvre mais tout cela est difficilement prouvable. Un d’entre eux aurait rencontré le mardi 9 janvier 2017 Michel Gaillard, directeur du Canard Enchaîné, et ami de François Hollande pour lui remettre les informations en sa possession.

En tout cas, la justice s’est saisie en un temps record de l’affaire. La procureure du Parquet national financier, Madame Houlette1 annonce l’ouverture d’une enquête le jour même (le 25 janvier) de la parution du Canard Enchainé pour « détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel ». Les investigations ont été confiées à l’Office central de lutte contre les infractions financières.

Cette campagne de déstabilisation est particulièrement efficace et F. Fillon a deux solutions : soit il démissionne mais dans ce cas le parti des Républicains va devoir choisir un nouveau candidat (le fameux plan « B ») mais cette opération est risquée car les rivalités sont telles que le parti peut éclater. Fillon était en effet le seul à assurer l’unité. La solution alternative est de continuer le combat contre vents et marées mais il prend le risque de perdre des élections qui étaient jusqu’à présent « imperdables ». La droite est prise dans un piège et il n’existe aucune bonne solution.

Si Fillon dévisse dans les intentions de vote et tombe en dessous de 20 %, la poursuite de la campagne de révélations et de dénigrement suffira pour le disqualifier définitivement. Son discours devient inaudible dans les médias qui ne parlent que des « affaires » et non de son programme. Au cas où F. Fillon persisterait à vouloir rester candidat, et remonterait dans les sondages, le réseau à l’origine de ces manipulations n’aurait plus qu’à appliquer ce qu’il avait fait en 2002, à savoir promouvoir des candidatures concurrentes, capables de lui siphonner suffisamment de voix pour qu’il ne soit pas présent au second tour, comme cela avait été le cas pour Lionel Jospin. Dans cette configuration, il n’est pas évident que la candidature de F. Bayrou soit souhaitable car il prendrait plus de voix à Macron qu’à Fillon. Des sondages ont certainement été commandés pour déterminer le(s) meilleur(s) candidat(s) capable(s) de déstabiliser Fillon Les vocations ne manqueront pas.

C’est le cas par exemple de Michèle Alliot-Marie qui se prépare depuis longtemps mais aussi de bien d’autres. F. Fillon a déjà baissé dans les sondages et il suffira de lui faire perdre deux ou trois points pour l’éliminer.

2- Deuxième temps : éliminer Manuel Valls à gauche

Une troisième opération vise la gauche. Elle a consisté à éliminer l’ancien premier ministre Manuel Valls lors des primaires de la gauche au profit de Benoît Hamon, un apparatchik socialiste marqué idéologiquement très à gauche et faisant rêver les militants avec le salaire universel.

Il est étonnant d’entendre le soir du premier tour des primaires de gauche, la Haute autorité annoncer les résultats à 20H30 en pourcentages qui ne bougeront pas malgré le dépouillement de centaines de milliers de bulletin. Certains experts expliquent cet étrange phénomène par la forte culture de fraude du parti socialiste. Et de citer comme exemple l’élection à la tête du parti socialiste de Martine Aubry contre Ségolène Royal après un trucage des résultats. Ces méthodes dignes des pratiques de l’Union soviétique consistant à fixer les résultats la veille du scrutin, ne sont dénoncées par aucun leader socialiste. Comment se fait-il que M. Valls n’ait pas contesté les résultats ? Il semble avoir joué un rôle de figurant dans un scénario écrit à l’avance.
Faire élire Hamon, marqué idéologiquement très à gauche, n’est pas neutre. Il est évident qu’il ne risquera pas de prendre voix à Macron, ce qui aurait été différent si Manuel Valls avait été désigné. Il aurait en effet chassé sur les mêmes terres et lui aurait pris une partie de ses électeurs. Il est d’ailleurs fort probable que l’on assiste au ralliement d’une partie des socialistes du clan Valls à la candidature de Macron.

Quant à Benoist Hamon, il est conscient qu’il n’a aucune chance aux élections présidentielles mais il vise la conquête du parti socialiste et à sa recomposition. On sait depuis longtemps que les congrès socialistes se gagnent à gauche, c’est ce qui s’est passé aux primaires, qui ont été en réalité le substitut à un congrès socialiste en vue de sa reconstitution.

On comprend que toutes ces manipulations à droite et à gauche ont pour seul objectif de dégager la voie à la candidature Macron. D’un côté on cherche à affaiblir, voir éliminer le candidat Fillon par une campagne médiatique en montant des affaires. De l’autre côté, à gauche, on dégage l’espace politique pour Macron en éliminant M. Valls au profit de B.Hamon.

3- Troisième temps : Faire élire Emmanuel Macron

L’objectif est bien de faire élire Macron. Ce dernier est lancé comme un produit marketing depuis plusieurs mois en insistant sur son aspect « moderniste », « jeune », « branché », le candidat « Geek » qui comprend l’évolution du monde et de la technique.

Quels sont les ralliements à Macron ? Une rapide analyse des divers ralliements à sa candidature nous donne une idée des forces qui se positionnent derrière le candidat. On trouve la vieille garde des imposteurs politiquement corrects : L.Joffrin, Pierre Bergé, BHL, J.Attali, A.Minc, B.Kouchner, D.Cohn-Bendit. Ils vont recevoir le renfort de socialistes de droite mais aussi des centristes et même des Républicains comme l’ancien directeur de campagne de Bruno Lemaire, Jérôme Grand d’Esnon ou l’ancienne ministre Anne-Marie Idrac.

E. Macron présente l’avantage de réaliser la synthèse entre le libéralisme économique et le libéralisme culturel.

Dans le domaine économique, il est pour la dérégulation, la fin du salariat, l’ubérisation de la société, la suppression des nations et des frontières et pour une immigration massive bienfait pour l’économie, etc.

Dans le domaine culturel, c’est un libertaire dont le fondement idéologique est la doctrine relativiste. Il est pour une société multiculturelle, le libéralisme des mœurs, la fin de la famille traditionnelle, le droit des minorités etc.. Le profil des personnalités qui se rallient à Macron illustre bien l’idéologie véhiculée par le candidat qui pour amalgamer des voix de gauche comme de droite se doit de rester dans le flou.

Les conséquences politiques

Les primaires ont été la première victime de cette manipulation. Les médias nous avaient vantés l’intérêt des primaires comme étant une grande avancée de la démocratie pour la désignation des candidats. Alors pourquoi ont-elles été « court-circuitées » ? Ce sont en effet les candidats hors primaires qui survivent : à savoir Mélenchon, Macron et Le Pen. Tous ceux qui ont participé ont été éliminés (Sarkozy, Juppé, et peut être même celui qui a été élu, F. Fillon. Le phénomène est identique à gauche avec Valls et Hamon). Les primaires apparaissent aux yeux des citoyens comme un subtil jeu de bonneteau pour voler leurs voix et un « piège à cons » pour les politiques qui se sont prêtés au jeu.

La seconde victime est la classe politique qui est une fois de plus déconsidérée par le déballage des affaires. Ceux qui ont commencé à jouer à lancer des « boules puantes » comme disait le général de Gaulle, ont ouvert la boîte de Pandore des « révélations » sur les candidats, situation qui peut devenir très vite incontrôlable. Les médias ne devront pas alors se plaindre du « populisme » qui monte dans la société française.

Les troisièmes victimes sont les grands partis de gouvernement qui structurent la vie politique française, à savoir le parti socialiste et le parti des Républicains qui ne résisteront pas à l’onde de choc des primaires et à l’échec de leurs candidats aux prochaines présidentielles.

Qui manipule et pour quels intérêts ?

François Fillon nous donne une piste. Il déclare le 1er février à son équipe qu’il s’agit d’un "coup d’État institutionnel" contre sa candidature à la présidentielle, et provient "de la gauche", sans plus de précision
Un réseau effectivement sévissait à gauche lors de la manipulation de 2002. Mis en place sous les présidences de F. Mitterrand, il a prospéré sous J. Chirac. C’est la raison pour laquelle il l’a fait réélire à tout prix au détriment du candidat du parti socialiste. Pourquoi ce réseau a-t-il préféré un radical-socialiste à un socialiste ?

En 2017, il semble que ce réseau ait rallié d’autres forces convergentes pour faire élire Macron. Il est certain que ce dernier comme J. Chirac en son temps sera redevable à ces réseaux de son élection. Quel deal a-t-il passé avec eux ? La question centrale est donc de savoir ce que cherchent à obtenir ces réseaux en faisant élire leur candidat (Chirac en 2002 et Macron en 2017) au point d’organiser des manipulations sophistiquées.

Il y a des enjeux financiers auxquels se sont agrégés des enjeux idéologiques en 2017. Si l’on prend l’exemple de 2002, J. Chirac une fois élu, a laissé les coudés franches à ce réseau dans les domaines économique et financier. Il semble évident qu’avec Macron qui prévoit de « libéraliser » (en réalité « casser ») de nombreux secteurs de l’économie française, ce réseau prédateur pourra se partager des pans entiers de l’économie française.

A cela s’ajoutent les enjeux idéologiques. Il est important pour eux de défendre la doctrine relativiste au sein de la société française qui est remise en question actuellement dans le monde occidental. Il s’agit de défendre notamment la poursuite de la législation en faveur des minorités en lien avec des groupes de pression internationaux. Il est évident que le conservateur catholique Fillon était l’antithèse de leur modèle de société et qu’il fallait l’éliminer à tout prix pour ces deux raisons. C‘est donc non seulement un modèle économique mais aussi un modèle de société qui se cachent derrière cette manipulation.

4 Février 2017


Patrice Buffotot est chercheur en science politique (Université de Paris 1), directeur de l’Observatoire européen de sécurité et de la revue électronique Défense & Stratégie. Auteur de 4 éditions (1995,1998, 2001 et 2005) de La défense en Europe à la Documentation française.

http://www.afri-ct.org/author/buffotot-patrice/

Messages

  • Excellent article ; mais par pitié, relisez-le et corrigez les fautes d’orthographe...

  • Article intéressant si ce n’est qu’il oublie juste un facteur initial : c’est Fillon qui a conspiré contre sa propre candidature en n’étant pas net sur les emplois d’attachés parlementaires dont il a fait bénéficier ses proches...Il est victime d’une mauvaise manipulation - par lui-même- des fonds de l’assemblée nationale mis à sa disposition qui a fini par lui sauter à la figure - médiatique- ...Et c’ est bien embêtant quand on se prétend le candidat de la rigueur retrouvée...

    Peut-être le rapport à l’argent n’a-t-il pas été assez travaillé chez les Fillon ?

    Après cette cause première, on pourra trouver des causes secondes de son échec si échec il y a.

    J’ajoute - mais je ne suis pas chercheur en sc po - qu’à mon humble avis la droite républicaine ne serait pas en si mauvaise posture si elle n’avait pas laissé toute une série de thématiques "patriotes" tomber en déshérence, qui ont été récupérées depuis des années par le Front national...et si elle n’avait pas tenté de les instrumentaliser ensuite uniquement par manoeuvre électorale comme le cynique Sarkozy avec la valeur "catho", ce qui a fait pas mal de pigeons dans les paroisses entre 2007 et 2012. Pour le coup une assez belle "manipulation" en 2007 avec le concours de Mme Boutin...

    Il n’est pas toujours nécessaire d’aller chercher le complot ou la manipulation de midi à quatorze heures ...

    Enfin, il ne faut pas nécessairement dénommer "manipulation" toute action qui participe des phases du combat politique. Ou sinon on devient un peu parano. Déjà que chez les cathos un peu bornés, on voit du complot partout...

    Par exemple, est-ce que je vais commencer à voir une manipulation dans FC consistant à vouloir à toutes forces imposer le vote Fillon au catho pratiquant comme une "exigence morale" ?

    Merci, ça va, on est assez grand pour savoir ce qu’on doit voter sans se faire manipuler...en gardant un rapport critique aux candidats en présence.

    • Je suis contre tout vote catholique, je ne suis pas pour le programme de François Fillon. L’affaire Fillon ne m’intéresse pas mais je ne suis tout de même pas naïve pour ne pas voir qu’il y a un plan des élites mondialisées et qu’elles veulent placer Macron à la tête de ce qu’elles appellent avec dédain "l’hexagone". Il n’y pas de complot ni de machination, nous sommes tout simplement dans la politique vieille comme le monde.
      Je ne crois ni en la morale en politique ni à la transparence, alors quand une affaire parmi les innombrables affaires sort, je me pose la question qui et pourquoi ? on sait par cynisme que l’on sort ce que l’on veut bien sortir, il y a tant de choses qui restent dans les tiroirs de la République, il suffit d’ouvrir le bon tiroir au bon moment et mettre en branle la justice, les médias, etc..

      Je n’ai jamais cru que Fillon, à la différence du Parti dévôt, était l’homme de la situation : son programme est tout simplement invraisemblable et inacceptable, il se coupe du peuple qui souffre et qui est désespéré. Son voyage à Berlin m’a convaincue qu’il suivrait la même politique qui tue toutes les nations européennes depuis le funeste traité de Maastricht dont l’anniversaire n’a suscité que très peu de débats.
      Les problèmes financiers du candidat m’importent peu, ce qui me fait dire non à son élection c’est :"comment peut-on avoir été contre Masstricht avec Seguin, se dire gaulliste et se rallier au libéralisme destructeur ?

      Je suis lasse de voir renaître un parti dévôt qui ne parle que de rectitude morale sans s’occuper de politique : si les cathos veulent de la rectitude alors qu’ils fassent du religieux et deviennent des saints. La sainteté et la conquête de l’intelligence peuvent faire renaître la civilisation mais il s’agit de politique en Mai 17.

      Une seule certitude pour tous ceux qui ont le souci du bien commun : ceux qui ne se résignent pas à la mort de la France savent qu’elle se décompose et qu’elle entre dans une période de turbulence extrême. Nous qui l’aimons, regardons tout cela avec tristesse et angoisse et nous regardons avec des pleurs et de la rage le bal des médiocres qui s’agite en haut lieu : on ne parle d’aucun sujet existentiel. Tout tangue et il n’y a pas de capitaine à bord vu la nullité des débats.

    • Votre message est intéressant et cela vaut la peine d’y répondre point par point car vous véhiculez des idées qui sont répandues dans l’électorat...Ca finit généralement en vote FN...

      1° "Je suis contre tout vote catholique" : moi aussi car je crois qu’il ne peut pas y avoir de parti catholique. Il devrait y avoir des catholiques qui votent à droite, à gauche, au centre, si toutefois les programmes des partis étaient compatibles avec leurs convictions fondamentales. Le problème, c’est que certains programmes ne le sont plus du tout à mon avis, comme celui du PS ou de ce qu’il en reste.

      2° "Je ne suis pas pour le programme de François Fillon. L’affaire Fillon ne m’intéresse pas mais je ne suis tout de même pas naïve pour ne pas voir qu’il y a un plan des élites mondialisées et qu’elles veulent placer Macron à la tête de ce qu’elles appellent avec dédain "l’hexagone". Il n’y pas de complot ni de machination, nous sommes tout simplement dans la politique vieille comme le monde."

      La question de savoir si le programme Fillon est valable ou non n’est pas un article de foi. A chacun de discerner. Je pense toutefois qu’on lui colle un peu vite une étiquette de "Thatcher français". Cela émane de groupes de pression qui ont intérêt à ce que rien ne change, notamment dans la place excessive que tient la dépense publique en France.

      3° Je ne suis pas sûr que la grille de lecture "élites mondialisées décidées à mettre l’hexagone sous coupe" versus "bon peuple patriote hostile à la mondialisation" soit vraiment opérationnelle. C’est surtout un slogan utilisé par les partis populistes pour exploiter le sentiment d’insécurité et de perte de cohésion sociale très présent dans les couches défavorisées de la population. Si vous préférez, c’est l’équivalent du "grand capital" invoqué rituellement par le parti communiste français à sa grande époque.

      De plus, les élites ne sont pas toutes mondialisées notamment en France où la haute fonction publique est assez bien protégée des effets de la mondialisation.

      Qu’il y ait en revanche une incompréhension et un fossé entre les élites qui profitent de l’économie globale (services de haute technologie, finances, grandes entreprises, activités culturelles et médias) et les couches populaires qui ont la hantise du chômage et du déclassement, c’est évident. Les partis populistes exploitent le filon dans toute l’Europe. Et c’est pour ça que l’affaire Fillon est embarrassante : elle accrédite l’idée d’une élite aux moeurs coupées du peuple : "moi, comme un con, je finance les études de mes enfants et ma femme travaille à la maison sans rémunération ni droit à la retraite, pendant que Fillon rémunère ses proches sur le dos du contribuable en contrepartie d’activités bidon..."

      4° "Je ne crois ni en la morale en politique ni à la transparence, alors quand une affaire parmi les innombrables affaires sort, je me pose la question qui et pourquoi ? on sait par cynisme que l’on sort ce que l’on veut bien sortir, il y a tant de choses qui restent dans les tiroirs de la République, il suffit d’ouvrir le bon tiroir au bon moment et mettre en branle la justice, les médias, etc.."

      Vous êtes la résultante d’une époque très marquée par le cynisme en politique (un legs de Machiavel et dernièrement chez nous de Mitterrand, notamment). La politique n’en demeure pas moins une science morale car ce dont il est question, c’est de déterminer le bien commun d’une société et les mesures à prendre pour l’assurer. Donc sur ce point vous avez tort. La preuve : les gens s’insurgent aujourd’hui contre les "filous" de la politique comme Cahuzac. Le problème de Fillon, c’est qu’il a du mal à se disculper d’avoir été un "petit filou"...

      Quant à la transparence, on ne pourra jamais y atteindre, mais il est sain qu’il y ait plus d’informations sur certains sujets. Les régimes non démocratiques se nourrissent de secret : c’est le cas de la Russie hautement corrompue. Les démocraties ont besoin d’information libre. Cela évidemment n’empêche pas des groupes de pression et des médias d’instrumentaliser l’info à leurs fins propres. On le voit bien à la façon dont les groupes minoritaires poussent leurs revendications. Mais ça nous renvoie alors à la question du "4ème pouvoir", celui des médias, insuffisamment pluraliste en France qui est en plus un pays de luttes idéologiques farouches...

      5° "Je suis lasse de voir renaître un parti dévôt qui ne parle que de rectitude morale sans s’occuper de politique : si les cathos veulent de la rectitude alors qu’ils fassent du religieux et deviennent des saints."

      Je pense que votre réaction est disproportionnée. Il n’y a pas de parti dévôt en France et ce ne sont pas quelques tendances "identitaires" au sein d’une minorité catholique assez restreinte qui font un parti...

      Quant aux catholiques, vous semblez les reléguer dans la vie religieuse. Mais le christianisme implique que le chrétien s’engage avec les autres dans la vie en ce monde et, Dieu merci, de plus en plus de jeunes cathos prennent des responsabilités notamment via les associations. Je vous recommande la lecture de la biographie de Giorgio La Pira par Agnès Brot, qui vient de sortir : vous verrez ce que c’est qu’un catholique fervent à l’oeuvre dans la vie politique en Italie et à Florence...Certes, le contexte a changé mais c’est aux catholiques de s’adapter.

      6° Vous véhiculez enfin un pessimisme ("mort de la France" !) qui n’a pas lieu d’être. Là encore, vous êtes sous l’emprise de la propagande des partis populistes. Notre pays a connu bien des périodes de mutation et de turbulences et celle-ci, pour être difficile, n’a rien d’exceptionnel. La France dispose d’énormes ressources et de hautes potentialités. Mais elle peine à les mobiliser : par exemple, le grand scandale d’aujourd’hui c’est le chômage de jeunes qui, souvent diplômés et bien éduqués, ne trouvent pas de travail car les "CDI" sont devenus des chasses gardées.

      Je suis pas d’accord avec votre vision "décliniste" selon laquelle le pays serait aux mains des médiocres. Je pense au contraire que les générations montantes n’ont rien de médiocre. Seulement, dans une période aussi complexe, nous manquons de "leaders d’opinion" capables d’indiquer la route. On voit que la gauche est éclatée, au point de s’en remettre à un Macron dont la culture politique est très pauvre et très déstructurée par l’idéologie libertaire (cf ses déclarations affligeantes sur l’identité française ou la colonisation). On voit que le droite ne parvient pas non plus à susciter un grand leadership. Fillon a du mal à convaincre d’autant plus qu’il est empêtré dans son affaire Pénélope. Et quand on écoute Marine Le Pen attentivement, on constate qu’elle ne sort pas d’une panoplie de slogans soigneusement choisis pour provoquer une adhésion "pavlovienne" et quasiment irraisonnée de son électorat populaire. Elle est beaucoup moins à l’aise dans le détail de son programme.

      7° En conclusion, je pense qu’on ne peut pas aborder la politique comme vous le faites : un peu comme un enfant qui se sent abandonné dans un monde d’adultes cyniques et irresponsables incapables de lui dire où aller.

      C’est à nous de savoir où nous voulons aller sans nous en remettre à autrui comme si c’était un sauveur...

      Personnellement, j’en veux beaucoup à F. Fillon d’avoir rendu possible le gâchis actuel autour de son affaire Pénélope.

      Déjà en 2007-2012, Sarkozy avait complètement foiré ce que j’appellerai pour faire bref la sortie de la "démocratie populaire molle" à idéologie libertaire, nous précipitant dans le très médiocre quinquennat de Hollande. Je crains que Fillon nous fasse à nouveau rater le coche du redressement en faisant un grand flop de sa candidature pour 2017. Et ce qui n’arrange rien, c’est qu’autour de lui on a l’air de moins penser à la France qu’à la façon dont on va se recaser aux législatives si Fillon se ramasse. Ca ressemble un peu aux rats qui s’inquiètent du navire "LR" qui prend l’eau...De quoi alimenter les réactions populistes là encore !

      On risque d’avoir une nouvelle impasse avec une majorité du pays votant à droite et une nouvelle victoire par défaut d’un candidat bien peu de gauche (à la façon d’un Mitterrand...) incarnant le cynisme du 3ème type : Macron.

      Je ne vois pas comment on pourra gouverner le pays dans de telles conditions car où sera la majorité de gouvernement ?

      Il y ainsi des moments où un pays a du mal à être au rendez-vous avec son histoire...C’est sans doute ça qui vous angoisse...Je peux le comprendre...

    • cf. : 17 février 09:51

      "Il y a des moments où un pays a du mal à être au rendez-vous de son Histoire...". C’est possible, et personne ne s’aventurerait à le contester.

      Mais, oh surprise ! Il y a parfois de ces coïncidences qui laissent pantois : en effet, j’étais sur le web à la recherche du synopsis d’un film distrayant :
      "Cadet Rousselle" et - faute de frappe ou quoi - l’écran de l’ordinateur déploie un blog : celui d’un certain Cadourel, Meric-Cadourel !... et le titre d’un article : "Saurons-nous être au rendez-vous de l’Histoire ?" avec photo des deux candidats Messieurs Fillon et Juppé face à face !
      Sans aller plus loin, l’article étant trop long, une recherche correcte a enfin pu fournir les indications sur le film cité.

      Mais ce sont les mots de la conclusion du message qui sont susceptibles
      de poser question :"...C’est sans doute ça qui vous angoisse... Je peux le comprendre...". Il n’est pas question ici de commenter, sauf que, mon voisin, qui fouinait dans FC, a cru bon d’agripper son portable pour me lancer sottement à ce sujet : " Hé Ho ! On dirait une séquence de "Le Divan" de Fogiel, non ?" C’est le claquement du combiné qui lui a répondu ! Me déranger en pleine sieste, pour ça !...

  • Que Patrik Buffotot soit remercié pour cette analyse lucide.

    Mais il peut s’en passer des choses en "politique" d’ici 2 mois ½, et même se passer rien du tout comme l’élection de Macron. Cette élection de Macron signerait l’arrivée certaine de la France au déversoir mondialiste.

    Bien sûr je peux me tromper lourdement et n’insisterais pas si c’était le cas. Mais je l’ai dis déjà depuis des mois : ce sera la "victoire" de Macron au 2ème tour contre Marine Le Pen, le FN faisant toujours le plein de ses voix au premier tour. La "leçon" de 2002 élisant J. Chirac avec 80% des voix... quelle démocratie frelatée ! Mais qui se souvient des mandats de J. Chirac ? Mais la leçon bien calculée de 2002 devrait resservir en 2017 pour Macron.

    Tout ceci paraît vraiment insipide et sans intérêt si ce n’était la lente et inexorable dégradation de la France ! La France sera sans doute l’un des tout derniers pays à sortir de là où elle s’est fourvoyée : "Europe", OTAN et consorts, immigration impossible à résoudre, dettes impayables avec l’usure destructrice, etc. et son obsession des ’droits de l’homme’ pendant que le pays s’appauvrit ! La France accrochée qu’elle est encore à des "normes" qui, autrefois, furent assez fécondes, mais, pour écrire vite, elle s’est complètement vendue aux "patrons" de Macron et ses commanditaires...

    Dans une encyclopédie Larousse, je suis tombé par hasard sur l’épisode de la Commune de Paris, intéressant à relire pour la période actuelle !
    Entre autres, déjà, les Allemands fraichement vainqueurs de la guerre de 1870 y ont joué un rôle très lourd et la grande bourgeoisie, celle qui fomenta la Révolution 82 ans auparavant, était indéfectiblement unie pour l’argent et contre son propre pays...
    Et la pauvreté n’était pas éradiquée

    • cf. : 16 février 19:06

      L’analyse donnée dans cet article semble, d’un côté, refléter des situations réelles et, d’un autre côté, peut donner au lecteur comme l’impression que le billet aurait été plus convaincant s’il était construit avec un peu plus de distance - j’allais dire neutralité - par rapport aux événements. Mais il est certain que cet aspect n’ôte rien à la sincérité de P. Buffotot, mais bien au contraire. D’autant plus que le style en est est franc et courageux.

      Pour éviter des "redites" : il n’est pas interdit de préciser qu’on peut se trouver plus proche de certains points de vue exprimés dans la contribution référencée, succincte mais pourtant conséquente. Des exemples réels y sont relevés à juste titre parce que facilement vérifiables. D’accord ou non avec telle ou telle partie du message, on est en droit d’en apprécier la clarté et le propos en est d’autant plus sérieux qu’il correspond au rappel de France catholique dans sa lettre du 24 décembre de commenter l’article proposé et non de "faire des commentaires de commentaires". L’intérêt du message est aussi qu’il se situe dans un espace mesuré permettant au lecteur de focaliser son attention sur le thème proposé par Buffotot sans se laisser distraire par des longueurs inopportunes.

      Il est une phrase qui aurait eu intérêt à se retrouver plus souvent ici et là, mais bon... Juste pour la repérer, par exemple : "...je peux me tromper lourdement...". Ce qui fait penser à ce qu’écrivais Nietzsche ou à peu près, à savoir que ce n’est pas le doute qui tue mais la certitude.

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