La spirale du mensonge ne s’arrête pas à Jérôme Cahuzac

par Dominique Daguet

vendredi 5 avril 2013

Je me constate pris au piège que je ne soupçonnais pas : voulant témoigner du temps vécu, je suis quasi enseveli sous l’abondance des faits. Ayant commencé, je me crois obligé de poursuivre quoique ce soit en pure perte. Mais ne sommes-nous pas tous pris dans le même piège ?

Ainsi vivons-nous des jours surprenants dans un pays qui ne cesse de surprendre : le soir du Jeudi-Saint notre Président s’est invité dans la chaumière de chaque Français, balayant au passage l’anniversaire d’une liturgie chère aux chrétiens, la commémoration de l’institution de l’eucharistie, cependant superbement célébrée en la cathédrale d’Angers. Il est vrai que cette fête ne peut que lui être indifférente. Mais récidive le Lundi de Pâques : annonce à son de trompe que les avortements, quels qu’ils soient, seront désormais intégralement remboursés : à nos frais, bien entendu ; que la contraception sera elle aussi prise en charge jusqu’aux derniers centimes ! Je ne savais pas la Sécu riche à ce point alors qu’il ne se passe pas de jour sans que nous soyons informés qu’elle est en faillite ou presque… Il est vrai que les électeurs ayant depuis des années appris à l’école de la République qu’il est excellent de s’accoupler à tout heure, cette contraception gratuite vient à son heure, même si l’on sait parfaitement qu’elle ne fera pas baisser d’une unité le nombre des avortements en France. (Sur France 3, une dame savante présidant le comité scientifique du sidaction prétend que seul le préservatif est efficace : que ne va-t-elle interroger les responsables du Burkina Faso qui a inclut, avec succès, dans sa panoplie la fidélité et même l’abstinence…)

Par bonheur, la Semaine de Pâques étant une fête vécue en continu, nous pouvons blottir nos âmes à l’ombre du Ressuscité, resté dans l’actualité la plus brûlante de sa Passion telle qu’elle se vit à travers l’ordure véhiculée par les ondes. Mais que cela pèse et trouble l’esprit de devoir sans cesse entendre ces lancinantes propagandes en faveur de la débauche et du massacre des innocents. Jusqu’à la nausée, jusqu’au désir de fuir et de fermer la porte à jamais. Non pour payer moins d’impôts – je préfèrerais en payer davantage ! – mais pour respirer un air plus pur…

Était-ce un pied de nez fait présidentiellement aux catholiques, ces trublions toujours hostiles à ces « droits », si contraires à la dignité de l’être humain et qu’aucune réflexion sensée ne saurait justifier alors que la république se vautre elle-même dans ses lupanars conceptuels ? Mais comme en France les distractions sont de tous les instants, je gage que nous aurons d’autres surprises dans les semaines qui viennent : le bon peuple se voit admis dans les coulisses de jeux bien plus variés que du temps des Romains et tout aussi ignobles.

Ici, nous entrons dans l’arène du mensonge comme méthode, sinon de gouvernement, au moins de fuite en avant.

Depuis deux jours en effet nous savons, par la grâce de médias qui n’osent plus ajouter à leur propres camouflages, que le ministre Jérôme Cahuzac a menti, et nous le savons à la fois grâce à l’enquête menée autour d’un document oral faisant entendre que le menteur en avait assez d’avoir un compte chez HSBC… L’officine privée non subventionnée par l’État qui a sorti ce « scoupe » a obtenu « l’aveu » qui en était attendu, aidée en cela par des rumeurs venues de Suisse. « J’ai mené, écrit le coupable, une lutte intérieure taraudante pour tenter de résoudre le conflit entre le devoir de vérité auquel j’ai manqué et le souci de remplir les missions qui m’ont été confiées et notamment la dernière que je n’ai pu mener à bien. J’ai été pris dans une spirale de mensonges et m’y suis fourvoyé. Je suis dévasté par le remords. » Mais droit dans ses bottes, Hollande, tel une des Érinyes, sous-déesses infernales, déclare le crime impardonnable, ce qui se conçoit, le pardon étant un privilège de l’amour du Dieu que révèlent les évangiles… Derrière le fraudeur la meute est lancée, aussi bien dans les gros médias – qui affirment ainsi qu’ils sont sans péché – que chez les hommes politiques, toujours plus vertueux que jamais.

Il y a, selon moi, mieux à faire : en profiter pour débusquer le mensonge partout où il se trouve : je gage que l’on serait surpris, si toutefois mon conseil était pris au sérieux – ce qui serait de l’ordre de l’impensable –, par le foisonnement de découvertes que l’on ferait !

Je ne veux ici que relever certains des derniers mensonges attribuables à ce régime en train de se radicaliser et de tourner à la république totalitaire.

Donc aveu il y a : mais ce mensonge me semble ravir trop de gens, lancés sur la piste du sanglier blessé, pour qu’en vérité bien pire ne se love dans les plis du drapeau de la morale laïque appelée à la rescousse, excellente chose quand elle est reconnue pour ce qu’elle est, un peu moins quand elle sert à justifier la mise à l’écart de la vérité.

Je commence par remarquer que ce qui aurait dû être découvert dès la campagne présidentielle – à tout le moins dès la constitution du gouvernement Ayrault – ait fini par l’être sans l’aide du gouvernement. Jusqu’à présent on se contentait de le qualifier d’incompétent, il faut ajouter bien pire : manipulateur, désinformateur, tripoteur d’images, organisateur du désordre !

Je tire quelques fils de la courte pelote que je viens de me constituer afin de me poser quelques questions et tenter de dégager des réponses.

Fil numéro 1 : existent en France diverses structures officielles d’investigations chargées notamment de vérifier que tous les politiques accédant à des responsabilités de premier plan sont dignes de les exercer. Vu les innombrables recrutements de nouveaux fonctionnaires opérés par les villes, les départements et les régions – l’État s’étant abstenu sous le précédent président, honni par toute l’actuelle majorité parlementaire –, on ne peut que s’étonner de constater que ces structures, certainement opulentes, ne se soient pas intéressées à la question. Mais leur avait-on seulement demandé de se pencher sur elle ? À moins que ces instruments de recherche ne soient radicalement nuls, au point de n’avoir rien découvert… Si tel est le cas, il faut d’urgence les dissoudre, les disperser, les jeter au fond d’un puits.

Fil numéro 2 : L’ex-ministre du Budget est connu depuis longtemps de tous les plus hauts gradés de l’actuel pouvoir ; il est stupéfiant qu’aucun d’entre eux n’ait eu vent du ou des comptes possédés hors du territoire français par celui qui faisait parti de leur entourage proche. Je crois impossible qu’un fait aussi gros que celui du compte caché depuis les années 90 n’ait pas été su des amis et des relations de Monsieur Cahuzac : qu’aucun d’entre eux n’ait songé nécessaire de prévenir le futur président de la République me paraît une supputation sans fondement. Ne serait-ce que pour éviter un faux pas calamiteux au nouvel occupant du Palais de l’Élysée… à supposer d’ailleurs qu’il n’en ait rien su de par lui-même. On hésiterait alors entre l’incompétence ou la duplicité.

Fil numéro 3 : le mensonge qui soudain fait exploser le microcosme n’a été reconnu par les instances politiques que du fait de son aveu : s’il n’y avait pas eu d’aveu, les aboiements se seraient maintenus à un degré certain d’inaudibilité. Cinq mois au moins se sont pourtant écoulés depuis la révélation de l’existence de ce ou de ces comptes : comment se fait-il que les instances d’investigation, Ministère des Finances en tête, n’ait pas réussi à obtenir des informations de la part des Suisses alors qu’il a suffi de l’aveu pour que les langues se délient ? Ainsi, l’on a clairement entendu certains de nos voisins helvètes « avouer » qu’il s’agissait « depuis longtemps d’un secret de Polichinelle ». Il faut croire que nos grands élus ne vont pas voir les spectacles de marionnettes : ils auraient appris que Polichinelle parlait à tous les vents, vrai menteur et amateur de cruauté, semeur de secrets qui, dits à haute voix, finissent par être inopérants [1]

Fil numéro 4 : n’existe-t-il pas, dans les hautes sphères de la République, une culture du mensonge depuis les dernières Présidentielles ?

L’affaire Strauss-Kahn avait déjà levé une partie du voile sur certains comportements déplaisants d’hommes de gauche qui, la main sur le cœur, nous dédiaient une amour parfaite : « Moi, faire des choses pareilles ? Allons donc, nous respectons les citoyens »... On l’a constaté avec l’affaire de la Manif pour tous… Mais l’arrogance du candidat socialiste osant couvrir systématiquement son adversaire d’une foultitude de reproches infondés relèvent d’une gravité à mon sens d’un ordre encore supérieur : je sais que je mens, mais pour atteindre mon but tous les moyens sont bons. Ce qui, en bonne morale traditionnelle, est une ignominie.

Je ne dis pas que Monsieur Hollande soit le seul à avoir pratiqué cette immoralité : elle est coutumière en politique… Cependant, on ne saurait tenir pour de simples broutilles la somme d’affirmations contraires à la vérité que le candidat du Parti socialiste de la fin de 2011 au mois de juin 2012 a pu prononcer pour finir par ne l’emporter que de justesse… d’autant qu’aujourd’hui il décide de faire ce qu’il avait combattu de toutes ses forces avant d’être aux commandes ! On pourrait dire qu’il a fait comme Polichinelle, il a semé à tous les vents une telle foule de mensonges qu’il lui est impossible aujourd’hui de s’en souvenir.

Personne de son parti n’a émis la moindre objection, ce qui fait de tous les députés l’ayant soutenu de véritables complices en matière d’asservissement de la vérité.

W

Les manifestations du 13 janvier et celle du 24 mars ont éclairé nombre de Français à ce sujet : inutile de revenir sur le faux comptage de la Préfecture de Police, dont le Préfet assume l’ineptie en même temps que la tromperie ; oui, le mensonge qui a été accentué par l’aventure des photographies aériennes prises par l’hélicoptère de la police ! On ne peut qu’être ahuri par cette audace qui fait culminer le mépris que l’on nous porte au-dessus des pentes himalayennes. Qu’on en juge :

Thomas Debesse [2] est un journaliste qui fut présent, cet après-midi du 24 mars, au bon endroit. La série de photographies qu’il a permis au Salon Beige de publier montre quelques-uns des policiers en civil qui ont en quelque sorte « organisé » les « débordements » que Manuel Valls dénonça aussitôt la manifestation achevée… mais en attribuant la responsabilité à des organisateurs qui, selon lui, avaient été dépassés par leur imprévoyance. Nous avons là un autre sujet d’émerveillement ou d’effarement, tout récent, mais encore inavoué. Thomas Debesse écrit :

« La foule a suivi et la plupart de ces policiers qui ne portaient ni brassard ni aucun signe distinctif ont commencé à sortir matraques et bonbonne de gaz lacrymogène.

 » Le vis à vis avec la foule a duré plusieurs minutes en attendant que les CRS arrivent et que [cette foule] puisse s’enfuir sous leur protection.

 » Que s’est-il passé  ? Pourquoi ont-ils fui  ? Pourquoi avaient-ils peur de la foule  ? Avaient-ils quelque chose à se reprocher  ? Quelle était leur mission  ? Que s’est-il passé  ? Pourquoi les policiers se sont-ils affolés tout d’un coup  ? Pourquoi ont-ils craint pour leur sécurité au point de s’agiter au risque de dévoiler leur couverture  ? Qui crie «  empêchez-les d’arrêter nos gars  » [3]  ? Qui les a repérés, comment  ? Qu’ont-ils fait  ? Pourquoi être déguisés ainsi  ? Quelle était leur mission, a-t-elle échouée  ? A-t-elle réussi  ? Qui est cet homme emmené  ? Pourquoi  ? Est-il vraiment emmené  ? Pourquoi les policiers ont-ils peur de la foule qui les découvre, alors qu’ils sont censés la protéger  ? Pourquoi ont-ils dévoilés leur couverture, préférant le risque d’un conflit armé à découvert plutôt que la sécurité du camouflage  ? Pourquoi les policiers ont-ils eu si peur  ? De quoi les policiers avaient-ils peur  ?

 » Je ne sais pas si nous obtiendrons toutes les réponses à ces questions, mais nous tenons là un élément d’une importance capitale. Vous cherchiez un «  débordement en marge de la manifestation  »  ? Voici un débordement en marge de la manifestation, et les acteurs sont des policiers. Manuel Valls parle avec certitude de débordements prémédités, ces débordements étaient-ils prémédités de l’intérieur (ministère de…) ? »

Propos à comparer avec les 100.000 manifestants escomptés par la Préfecture (ou le Ministère ?), qui finit par les reconnaître 300.000, démontrant à l’évidence que même ce faible nombre avoué prouve que c’est la police qui a été « débordée »… L’arroseur arrosé qui veut cacher sa honte en s’écriant : « C’est pas moi, mais les autres ! »

Impossible de ne pas faire le rapprochement avec le cas de Jérôme Cahuzac : l’aveu de ce dernier va-t-il opportunément servir à installer un gigantesque filet de camouflage sur tout l’ensemble des autres mensonges ?

De quoi s’agit-il ? Plutôt que d’avouer, comme a fait courageusement M. Cahuzac en des termes qui m’ont touché, ce mensonge énorme que l’on nous a opposé avec des rires insultants et même des mines de juges, auquel il faut ajouter celui commis à travers le CESE, il fut décidé de s’enfoncer un peu plus dans « l’engrenage » de la tromperie. Par un stupide maquillage, on a flouté des parties entières d’avenues, sans penser à remettre aux bons endroits les marques de passages pour piétons… croyant ainsi supprimer un grand nombre de manifestants : ainsi ai-je vu quasiment vide l’emplacement où je me tenais, enserré au cœur d’une foule d’une telle densité qu’il me fut très difficile de m’en extraire… On se croirait revenu à l’heureux temps du Rainbow Warior…

«  Manifestement, a osé dire le Ministre de l’Intérieur, de l’air sombre du chef de guerre qui va exterminer la vermine, les organisateurs ont été débordés, incapable parfois d’organiser cette manifestation. Ils avaient lancé un certain nombre de consignes pour manifester sur les Champs Élysées malgré les interdictions, ce qui a amené en début d’après-midi, une situation délicate qui a été parfaitement maîtrisée par les forces de l’ordre (sic).

 » Moi j’en appelle à la responsabilité de tous ceux qui ont organisé cette manifestation, de tous ceux qui ont appelé à cette manifestation pour que chacun tire les leçons de ce type de débordement. » Il faut tout de même préciser qu’une telle déclaration est un bijou : il n’y avait eu aucune violence de la part des manifestants, aucune « casse », pas le moindre objet volant à travers les airs, pas de pavés arrachés, ni d’arbres déracinés… Une immense foule paisible, heureuse d’être si nombreuse, aussi forte, aussi déterminée.

Discours ahurissant et tellement fabulateur qu’il m’a fallu ce soir-là un long moment pour reprendre mon calme : d’autant que j’avais jusque là une estime certaine pour ce ministre, quelque peu l’anti-Taubira dont la France a besoin. Ce fut un chef d’œuvre de bouffonnerie lugubre qui rejetait sur « les autres » sa propre responsabilité. Il a osé ajouter un second commentaire que démentent objectivement l’ensemble des photos de Thomas Debesse : « Ceux qui ont subi les mesures des forces de l’ordre sont des manifestants sur les Champs ayant bravé les interdits » : en fait d’interdits, on découvre clairement ce que l’on subodorait, la mise en place d’une nasse dans laquelle les prendre après les avoir trompés…

Les propos tenus au sujet de l’affaire Cahuzac par le Président de la République hier matin m’ont fait froid dans le dos : cet homme ose invoquer les « valeurs républicaines » alors qu’il les a rendues ridicules en trichant honteusement sur l’importance de ces manifestations du peuple français : que dira-t-il lorsque s’ajoutera, peut-être, l’affaire Valls ?

Il n’est plus possible de croire en l’un quelconque des membres de ce gouvernement pas plus qu’à leur chef élyséen, de leur faire confiance : chacun de leur propos donnera à penser qu’ils cherchent encore une fois à nous égarer, à nous voiler la vérité.

Reste à espérer que l’on ne s’acharnera pas sur l’homme aujourd’hui à terre : il a besoin que la justice reste sereine et respecte en lui l’être humain qui dépasse singulièrement les fautes qu’il a pu commettre, aussi graves et insupportables qu’elles soient.


[1« Un secret de Polichinelle est un secret que tous connaissent, mais qui n’est pas d’une connaissance partagée. Il se distingue d’un véritable secret par le fait que les détenteurs du secret de Polichinelle ne manifestent pas librement la connaissance qu’ils ont (parce qu’ils croient qu’il vaut mieux, pour eux ou pour d’autres, ne parler qu’avec des gens de confiance ou même complètement se taire), et par conséquent qu’ils ignorent le niveau de connaissance des autres. On est alors dans la situation où « les apparences sont sauves », « personne n’a perdu la face ». Le secret ne porte donc pas sur l’information primaire, mais sur le degré d’information qu’on manifeste et qu’on suppose aux autres. » (Définition relevée sur Wikipédia.).

[2Posté par Thomas DEBESSE le 03/04/2013 à 07:46. Licence CC by (copiez-moi  !) Cliquer sur ce lien pour voir les photographies : saura-t-il faire preuve de transparence ?

[3C’est-à-dire les policiers déguisés en civils.

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