La nuit du handicap

par Cécile GANDON, service communication OCH

lundi 18 juin 2018

Le samedi 9 juin 2018, à Amiens, Angers, Bordeaux, Boulogne-Billancourt, Buhl, Clichy, Compiègne, Dijon, Le Plessis-Robinson, Les Herbiers, Lille, Paris, Saint-Étienne, Saint-Fargeau, Strasbourg, Toulouse, Troyes, Versailles, Villeneuve-sur-Lot, Wimereux, vous avez été invités par des personnes en situation de handicap à passer une soirée festive et conviviale, pour déjouer les préjugés et faire des rencontres hors du commun !

L’idée avait germé dans les têtes et les cœurs depuis longtemps déjà. Il s’agissait de trouver comment fêter les cinquante ans de la revue Ombres et Lumière. Cinquante ans… cinquante bougies soufflées ! cinquante ballons lâchés en l’air ! cinquante ans de liens avec les personnes handicapées et leurs familles.

Tout à coup l’idée s’est imposée. Il fallait lancer une Nuit du handicap. La première. Une nuit qui mette en valeur les personnes handicapées et leur permette de révéler leurs talents, une nuit ouverte à tous, en espace public, où l’on puisse passer cinq minutes ou cinq heures, une nuit pour célébrer la joie de la rencontre.

Vingt villes ont suivi, petites ou grandes, les partenaires aussi. Avant la fête elle-même, on pouvait dire que le pari de la rencontre était gagné : avoir réussi à fédérer de multiples associations (Accolade, Voir ensemble, Talenteo, La Maison bleue), y associer des marques aussi variées que l’Oréal ou Michel & Augustin.

Le jour J, ou plutôt la Nuit N, chaque membre de la Fondation OCH s’est rendu dans une ville différente. C’est ainsi que j’ai été mandatée à Angers, pour ma plus grande joie tant j’avais envie de découvrir cette ville et son visage… Ses visages.

Le matin même l’orage menaçait et la mairie nous avait fait promettre de plier bagage à la première goutte de pluie. Question de sécurité. Au fur et à mesure de l’après-midi, les orages prévus se sont dissipés comme par enchantement, faisant place à un beau soleil qui a réjoui les cœurs et les visages.

À Angers, la Nuit commençait… à 16 h. Damien et Bruno, nos deux chefs d’orchestre, avaient monté une belle estrade, des tentes, la sono, sur la charmante place Saint-Éloi. Ce qui m’a tout de suite saisie, c’est le caractère convivial de l’endroit, une jolie place piétonne au cœur de la ville, avec sa belle tour Saint-Aubin se dressant fièrement, et l’étonnante sculpture d’un visage aux yeux grands ouverts, qui semblait attendre avec nous que la fête commence.

D’emblée la buvette a attiré du monde. Une jeune femme d’À Bras ouverts était aux commandes, accompagnée de Louis-Marie, jeune homme trisomique. «  Vous préférez agrumes ou abricot ?  » et voilà le dialogue qui s’instaure. Un papa étonné s’arrête, sa petite fille dans les bras. «  Qu’est-ce qui se passe ici ? Une Nuit du handicap, mais on n’a jamais eu ça ici ! – En effet, c’est une première, si vous restez un peu vous pourrez écouter Guillemette de Pimodan, comédienne de petite taille qui va nous jouer un conte dans quelques instants.  » On s’installe sur les sièges. Le Lions Club est arrivé avec sa crêpière et on sent la bonne odeur du chocolat fondu qu’on étale… «  Maman, c’est gratuit, je peux prendre une crêpe ?  » «  Mais maman, pourquoi la jeune fille, là, elle est immobile dans son fauteuil ? Qu’est-ce qu’elle a, en fait ?  » La jeune fille, c’est Philippine, que sa maman a installée à l’ombre du stand Ombres et Lumière. Philippine est là, à mes côtés, présence silencieuse et bienveillante qui me fait tant de bien. Je sais qu’elle aime bien qu’on la touche, c’est son mode de communication. J’aime passer ma main sur son front et la sentir paisible. Je suis heureuse qu’elle soit là, au cœur de la fête, avec sa présence qui questionne et bouscule.

Après le spectacle de conte, place à l’impro. Des personnes handicapées de l’association Simon de Cyrène s’essaient sur les planches. Tous ont mis un t. shirt «  Nuit du handicap  ». C’est la tendance du jour, à croire que le handicap devient trendy ! Je vois les visages qui rigolent, les passants applaudissent. La mayonnaise a pris. Clotilde, trisomique, de son côté, a installé son matériel de manucure. Les adolescentes et leurs mères font la queue pour se faire vernir les ongles. On en profite pour discuter, échanger les bonnes pratiques. La maman d’Alexandre s’est arrêtée là, tandis que son papa a emmené leur grand fils en fauteuil un peu plus loin et discute avec Damien, le père de Philippine. Ces papas, ensemble, dégagent décidément une vraie force…

Il y a maintenant vraiment du monde sur la place. Un homme et sa compagne regardent, un peu abasourdis, les mains dans les poches. Un orchestre est monté sur scène. Des jeunes musiciens ont décidé de faire chanter des textes sur la différence. Violon acoustique, piano, batterie, on passe de chansons dynamiques où chacun danse en tapant dans les mains, à des rythmes plus lents et méditatifs. Le point d’orgue est atteint lorsque s’élève un chant spécialement dédicacé à Philippine : «  Ton corps est abîmé / Je n’ose pas te toucher / Ce qui est grave ou ne l’est pas, je ne sais plus / Et cette vie vaut-elle la peine d’être vécue ?… » « Tu ne nous comprends pas / Tu ne sais pas nos prénoms / Tu es là simplement / fabrique à émotions / Tu élargis mon cœur / Avec toi je suis moi !  » Le silence est grand sur la place, comme si chacun se laissait à cet instant gagner par la mélodie et rejoindre au plus profond de soi-même.

L’émotion est de courte durée car on enchaîne avec une musique trépidante et une farandole commence, serpentant sur la place, joyeuse chaîne humaine toute de bric et de broc, les uns courant, les autres dansant, qui essayant de suivre, qui essayant de soutenir son voisin… Deux femmes se sont accoudées à la fenêtre de leur maison, elles semblaient méfiantes tout à l’heure, maintenant les voilà qui frappent dans les mains en rythme.

Sur la place Saint-Éloi, à cet instant, j’ai le sentiment de vivre un moment d’éternité… une joie très intense. Une joie ouverte, accessible à tous et contagieuse… Oui, il est réellement possible d’être heureux ensemble, avec nos différences et nos fragilités, dès maintenant !

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https://www.flickr.com/photos/france-catholique/

Ci-dessus les photos prises par Michel Pourny sur le parvis de Notre-Dame de Paris.

Vous pouvez retrouver les photos de l’événement partout ailleurs en France sur le site Internet https://www.nuitduhandicap.fr/

L’équipe de l’Office chrétien des personnes handicapées (Fondation OCH) et de la revue Ombres & Lumière vous y donne rendez-vous pour de prochains événements. Site : http://www.och.fr/

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A propos des photos. Nous n’avons que 15 abonnés à notre page Flickr. C’est un peu vexant ! Vous nous feriez vraiment plaisir si vous vous y abonniez...

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