La fin de la liberté de l’enseignement supérieur

vendredi 12 décembre 2008

Enseignement supérieur privé

Liberté chérie, adieu !

Etouffée par le carcan d’une Education nationale (dont tous ont remarqué les performances !) une liberté fondamentale est en train de disparaitre dans l’indifférence : la Liberté de l’enseignement supérieur.

Au moment où les universités publiques gagnent leur autonomie, l’enseignement supérieur privé est privé de liberté. Il avait gardé jusqu’à présent une certaine indépendance tout en permettant à ses élèves de bénéficier des fameux « diplômes nationaux » (mais comment resteront-ils nationaux avec des universités autonomes ? On atteint la quadrature du cercle !) grâce à des jurys nommés, au nom du Ministre, par son représentant, le recteur d’Académie.

Le voilà maintenant contraint ( mais que vaut un mariage forcé ?) de passer des conventions, de préférences avec l’université la plus proche. La seule liberté qui lui reste est donc de se soumettre au contrôle d’un système dont le contenu et les performances ont justement suscité sa création. On marche sur la tête.

Et ce n’est pas tout. Pour bénéficier, si l’on peut dire, de cette concession, il va lui falloir payer un droit d’inscription par étudiant !

On voudrait entendre crier « au secours » par tous les citoyens d’un pays qui affiche la liberté comme premier titre de gloire ? On assiste à une sorte de résignation découragée devant le rouleau compresseur d’une administration qui n’a que faire des préoccupations des politiques. Cause toujours, tu passes, moi je reste.

Abbé H.M.Houard
fondateur de l’Institut Albert-le-grand

Messages

  • Agrégée de lettres dans l’Education Nationale, je ne peux m’empêcher de signaler que si nos "performances" vous semblent déplorables, il y a peut-être des raisons, par exemple qu’on a de moins en moins d’heures hebdomadaires auprès des élèves au fil du temps ; si en 73 un certifié de lettres travaillait 18h avec deux classes, il doit en faire autant avec quatre : le temps d’nseignement du français a été divisé par deux. Dnc, quand le ministre dit qu’on manifeste depuis trente ans toujours avec les mêmes slogans, c’est parce que depuis trente ans on enlève du temps pour enseigner aux élèves, avec toujours les mêmes exigences à terme - et la nostalgie d’une école à la Doisneau... Comment voulez-vous que ça marche ?
    En outre, si l’Education Nationale ne brille pas par ses résultats, que l’on me donne l’exemple de ce qui brille dans notre société ! Comment se fait-il que les jeunes passent 4h (ou plus) par jour devant la télé/l’ordinateur/msn/ le portable au lieu de lire/ écrire/ s’instruire/faire du sport/ peindre/ sculpter/ faire du théâtre/ s’engager sur le plan social/ distribuer des repas aux nécessiteux/ cuisiner/ lutter contre le racisme/ défendre l’environnement / s’intéresser à la politique / discuter avec des adultes référents/ s’informer sur leur orientation/ ... prier ? L’Education Nationale doit-elle en être tenue pour responsable ?

    Je comprends votre combat, mais de grâce, pas de procès abject à ce qui n’en mérite pas !

  • Au lieu de défendre l’institution pour laquelle elle travaille cette personne se contente de dire que les autres aussi sont mauvais. Alors il faut couler ce qui marche encore, car il ne sera pas dit qu’il y aura en France des gens qui auront reçu une instruction de qualité.

  • Mais c’est aux chretiens de se reveiller et non aux autres de s’endormir mon Pere ! Pourquoi ne voit on pas un plus grand dynamisme d’unite au sein des etablissments catholiques ? Pourquoi tant d’instituts et pas de grande universite ? Toutes les Cathos devraient devenir des poles de rassemblement pour faire contre poids et donner une education libre et chretienne a ceux qui la souhaitent. Paris, Lille, Toulouse, Lyon, Angers, et on devrait en recreer autour des seminaires notamment, inventer des PRES cathos. Mais sans unite, sans dynamisme, et sans meneurs qui seront a l’avant garde des projets de l’education nationale et non en reaction et en retard, l’avenir de l’enseignement catholique est bien compromis. Chretiens, reveillez vous !

  • Le débat actuel sur la liberté de l’université qui est de fait remis en cause renvoie à la prétention de l’Etat au monopole de l’Education, alors qu e le modeste certifié que je suis, ayant enseigné 35 ans dan s l’école publique sait, comme tout le monde, qu’elle a définitivement perdu son auréole. Pourquoi ?
    Il ne s’agi pas de remettre en cause le dévouement de ses maîtres , Pagnol avec tendresse e t Péguy avec gravité et d’autres continuent aujourd’hui à en témoigner , dans des circonstances quasi héroïques, alors qu e leur autorité est bafouée par le Ministère et une idéologie compassionnelle ; mais avouons le aussi cette école ne peut se remettre de son péché originel, avoir voulu être une école de combat au service d’un régime, avoir voulu prétendre incarner le progrès, une des plus mortelles illusions du 19 et 20 siècle dont nous récoltons déjà les s fruits empoisonnés dans le charnier héroïque de la guerre de 1914. C’est après tout exactement le rôle que lui ont jouer les totalitarismes. Si l’école publique après avoir vécu presque un siècle le sur sa vitesse acquise sur un fond qui lui préexistait tourne à vide , il faut avoir le courage de la regarder qu’elle est : l’otage et l’instrumentalisation d’une idéologie morte , mais qui devient de plus en plus contraignante. Ni les incantations aveugles, ni la fuite en avant dans les crédits ou les heures dispensées ne la guériront, elle souffre d’un manque de dimension spirituelle, qui seule la rend supportable pour tous croyants et incroyants (dimension ont il y avait des résidus avec le goût du travail bien fait à l’école primaire et le goût de l’ascèse et du dévouement à l’Université chez les meilleurs de se s maîtres, du moins avant mai 68). Si, après avoir encadré l’école sous contrat de manière stricte dans le secondaire, on en vient à vider de sa substance l’enseignement libre supérieur, l’Etat montre une fois plus sa tendance hégémonique. C’est aussi l’illustration du « Principe de Peter », qui mélangé au fait du Prince nous accable.
    Il ne reste plus qu’à résister pour la liberté des enfants de … .et par principe.
    Bon courage

  • L’Université française d’état est positiviste depuis longtemps. De même que les programmes scolaires, depuis la maternelle (cf : divers petits livres qui inculquent aux enfants qu’on peut avoir deux papas ou deux mamans), jusqu’au lycée (il y aurait tant à dire sur le programme postiviste et relativiste des matières enseignées, particulièrement de la philosophie) en passant par le collège... Et puisque nous sommes sur un site explicitement catholique, et qui doit donc se référer au Magistère de l’Eglise, il faudrait méditer certaines récentes déclarations de Benoît XVI, notre Pape, sur la dictature du positivisme en Europe et en Occident.

  • Au sens strict cette information est fausse car déjà dans les textes des années 1970 la convention était privilégiée, et les jurys rectoraux devaient intervenir en cas d’absence de convention. Il n’y a rien de nouveau sur ce sujet, en tout rien dans l’actualité qui justifie ce cri d’alarme.

    Voir en ligne : http://www.france-catholique.fr/La-...

  • L’accord signé ce jeudi 18 décembre entre l’Etat français et l’Etat du Vatican doit permettre à l’Etat français de reconnaître tous les diplômes délivrés par un établissement français d’enseignement supérieur reconnu par le Vatican. Cela devrait changer la donne. Reste à savoir quand et comment ce traité, conséquence logique des accords de Bologne où la plupart des Etats européens ont reconnu mutuellement leurs diplômes supérieurs, pourra être mis en oeuvre. On va entendre les laïcards pleurer leur gros monopole. Mais, pour une fois, l’Europe va dans le sens de la liberté. Tant pis pour les tenants du Mamouth.

    Frédéric

  • Dans quel état ?

    Il ne s’agit pas ici de se situer géographiquement ni politiquement mais plutôt
    psychologiquement pour essayer de comprendre. Non pas où sommes-nous donc, mais que sommes-nous devenus, nous responsables de facultés libres ?

    Nous affichons la liberté comme l’un des trois piliers de notre république, et même le premier de ces piliers. Nous professons la liberté d’opinion , valeur basique d’une démocratie. Mais nous sommes sans défense devant la pensée unique qui a dressé (ou redressé, pense-t-elle) notre échelle de valeur et qui régit jusqu’à notre vocabulaire. Comme on est rassuré d’être comme tout le monde, de penser que la tolérance est la vertu suprême et que la religion est bien sympathique finalement
    grâce aux confessions de l’abbé Pierre ou de sœur Emmanuelle.

    C’est un peu triste, bien sûr, de voir s’évanouir ainsi le bon sens.

    Mais il y a plus grave encore, voici que des maîtres eux-mêmes, ou du moins réputés tels, se mettent de la partie. Après la domestication du primaire et du secondaire via le pédagogisme et la capitulation Cloupet, quelques-uns encore défendaient leur pré carré, la liberté de l’enseignement supérieur. Mais ça y est, le dernier village gaulois se rend et il fête ça dans un banquet dont il est, semble-t-il heureux de faire les frais. On pense à l’un des deux personnages de la fable V du livre 1 de La Fontaine.

    Qu’on en juge. Tout tient au problème posé par la « religion » des diplômes prétendument nationaux, délivrés par les seuls fonctionnaires, à l’exclusion de tous autres enseignants réputés incompétents, fussent-ils bardés des mêmes diplômes. L’administration rejoindrait-elle ici l’opinion publique qui ne cesse de dénoncer la dégradation de ces parchemins ? Paradoxalement pourtant, elle y tient, l’opinion, à ces diplômes dévalués

    Toujours est-il qu’un compromis avait été trouvé par la loi. Celle-ci offrait aux établissements libres, le choix entre un accord avec un établissement public ou un jury désigné par le recteur d’Académie, garant de l’impartialité de l’État. Cette seconde formule n’était pas l’idéal, ni la liberté totale, ni même l’égalité. C’était vivable et gratuit..

    Les choses ont changé sinon la loi. L’administration a fait pression pour que des conventions deviennent la seule issue. C’est-à-dire, en fait, pour mettre le privé sous la tutelle du public. Que cette tutelle s’annonce paraît-il bienveillante (mais il faut payer pour se soumettre !) ne change rien au problème : il s’agit bien de limiter sinon brimer la liberté. Comment comprendre ? A moins d’une étrange et inquiétante fascination pour la servitude, c’est inacceptable dans le principe et c’est inopportun dans la conjoncture.

    Le principe est clair : la liberté ne se négocie pas : celle de l’enseignement comme celle de la presse. C’est aussi le langage de l’Eglise.

    Le moment est mal choisi. D’une part la liberté fait exploser le carcan dans le primaire par la création d’écoles entièrement libres. C’est sans doute un signe. ; D’autre part il semble qu’au plus haut niveau de l’Etat, on cherche une solution enfin conforme aux dispositions européennes. (La Croix du 19 déc 2008, p 17).

    On aurait bonne mine de dire alors : ce n’est pas la peine, nous avons réglé le problème en le supprimant.

    Abbé H.M.Houard,
    fondateur d’un établissement qu’il voulait libre

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