La crise au Moyen-Orient reflète les faiblesses de la France

par Jean-Frédéric Poisson

jeudi 23 juin 2016

Il est un sujet sur lequel la France se montre d’un silence coupable : celui du sort des chrétiens d’Orient. En effet, comment ne pas voir un génocide dans ces massacres, déplacements et autres exécutions sommaires qui sont clairement une éradication des chrétiens de cette partie du monde ?

«  Notre sang vaut moins cher que leur pétrole  », me disait, au mois de juillet 2015, le patriarche syriaque orthodoxe de Damas. Tout se passe comme si, à partir de 2007, la position de la France avait consisté à déman­teler de façon minutieuse tout ce qui pouvait encore faire penser à la fameuse «  politique arabe de la France  ». Beaucoup de choses démarrent avec la décision prise en mars 2012 par Nicolas Sarkozy, François Fillon et Alain Juppé de fermer l’ambassade de France à Damas. Quelques semaines plus tard, François Hollande arrive aux responsabilités et confirme la décision. Nous payons une addition salée : la fermeture de l’ambassade de France à Damas nous a rendus aveugles depuis presque 4 ans.

Vice-président du groupe d’études sur les chrétiens d’Orient à l’Assemblée nationale, président de la mission d’information parlementaire sur les moyens matériels et financiers de Daech, je ne cesse d’alerter sur les persécutions qu’ils subissent et sur l’attitude irresponsable des pays occidentaux.
J’ai effectué de nombreux déplacements au Moyen-Orient et en Afrique depuis un an. Turquie, Maroc, Syrie, Liban, Égypte, Irak, Libye… à chaque fois, j’ai rencontré des chrétiens en souffrance, j’ai visité des camps de réfugiés, je me suis entretenu avec des responsables politiques et religieux. Parler avec les personnes en situation de responsabilité sur le terrain et non pas depuis les sièges de parti politique ou des plateaux télévisés, tel était mon objectif car c’est seulement ainsi que nous ferons changer les choses. À deux reprises, j’ai rencontré Bachar El-Assad en Syrie. Ma conviction est que nous ne pourrons combattre efficacement Daech qu’en travaillant avec lui. Dans le contexte que nous connaissons actuellement, en Syrie, il faut choisir son camp : Assad ou l’islamisme.

Dans mon livre, publié ce 23 juin, je dénonce la soumission de la France aux monarchies pétrolières : «  La politique étrangère française est devenue un curieux cocktail de business first, de droit-de-l’hommisme et d’impuissance. (...) Cette diplomatie en chambre fait un tort considérable à la France, et lui fait perdre peu à peu son influence et sa crédibilité.(...) Voir la France évoluer au Proche-Orient aujourd’hui, c’est la voir dans toutes ses faiblesses, sans doute davantage que dans ses talents. (...) Nous nous trouvons dans la pire des situations : celle d’être devenus impuissants à éteindre sur nous-mêmes cet incendie proche-oriental, alors que d’autres «  traitent  » sans nous dans la défense de leurs propres intérêts. (...) En soutenant et en affichant, sans réserve, comme des alliés, les positions des monarchies pétrolières du Golfe, la France a clairement perdu son influence et son crédit dans cette partie du monde.  »

Il est temps de regarder les choses en face et de dire la vérité : les choix que nous faisons en matière d’alliances internationales ne sont pas respectueux des valeurs que nous voulons porter. La France semble renier sa culture, son histoire, ses racines chrétiennes. La clarification des relations entre nos alliés et nous-mêmes mérite que ceux avec lesquels nous nous prétendons amis disent effectivement quelle est la vérité de leurs relations avec l’islam radical et les mouvements terroristes. Je le dis très clairement : la France ne peut pas se payer le luxe d’être à la remorque de l’Arabie saoudite, du Qatar ou de la Turquie, qui ne sont pas ses amis.

Je rappelle également qu’aujour­d’hui en France, la majorité des organisations musulmanes sont aux mains des Frères musulmans, pendant que l’Égypte les déclare terroristes ! Il est impossible de continuer ainsi.

Comme parlementaire, j’ai reçu de nombreuses autorités religieuses à l’Assemblée nationale : récemment, en juin 2016, j’ai auditionné Mgr Audo, cardinal d’Alep, et Mgr Ramzi Garmou, évêque chaldéen d’Iran.

Mgr Audo a exposé la situation difficile des chrétiens de Syrie, dont plus de la moitié a fui le pays depuis 5 ans à cause des violences et de l’insécurité. Alep, qui comptait 160 000 chrétiens en 2011, en compte aujourd’hui 30 000.
Mgr Ramzi a quant à lui déclaré que, sur 80 millions d’Iraniens, il ne restait que 70 000 chrétiens. En Iran, les chrétiens peuvent pratiquer leur foi dans les lieux de culte reconnus par le régime, mais tout prosélytisme est interdit. Et la conversion à toute autre religion que l’islam n’est pas autorisée. Des centres de catéchuménat sont régulièrement fermés.

J’ai organisé différents événements à l’Assemblée nationale pour appeler à la mobilisation sur la situation des chrétiens d’Orient : conférence de presse avec le patriarche orthodoxe d’Antioche, colloque sur la liberté reli­gieuse avec l’AED, conférence du père Henri Boulad (Centre culturel jésuite d’Alexandrie) sur l’islamisme. Il est indispensable de donner une tribune à des personnes qui maîtrisent les sujets de l’islam et de l’islamisme, auxquels est directement liée la situation des chrétiens d’Orient.

En mai dernier, je m’entretenais personnellement avec le Grand Imam de la mosquée du Caire Al-Azhar, principal centre théologique du sunnisme dans le monde, qui a rencontré le Pape à l’occasion de ce voyage en Europe. Son influence est capitale : il s’est donné pour mission de renouveler la pensée islamique pour contrer le jihadisme.

L’un des problèmes en France, c’est cette menace permanente d’être taxé d’islamophobie, dont l’une des conséquences est d’empêcher toute lecture libre et critique du Coran. On trouve dans le Coran deux lignes de fuite. L’une est incarnée par le soufisme, dégagé des contingences juridiques (la loi islamique ou charia) ou guerrières (la guerre sainte ou jihad) qui nous inquiètent légitimement. Cette lecture se sépare des versets authentiquement agressifs. L’autre école retient une interprétation violente. Le problème, c’est que les deux lectures sont possibles, et qu’il est difficile de privilégier une lecture par rapport à l’autre et de l’instaurer sous la contrainte. Dès lors, il faut trouver les voies qui inciteront les imams à une lecture critique du Coran, personnelle et partagée.

Au Maroc, en mars dernier, j’ai rencontré les responsables des ministères clés et des représentants du peuple. J’ai abordé avec eux les questions qui intéressent directement la France : la formation des imams, la lutte contre le terrorisme, le contrôle des flux migratoires. Le Maroc lutte effi­cacement contre le fondamentalisme islamique et nous avons beaucoup à apprendre de ses autorités religieuses et politiques.

Nous devons faire entendre et aider ceux qui combattent l’idéologie et la violence.

Et nous devons nous lever en masse pour que les chrétiens puissent vivre, vivre en paix, rester chez eux. L’ob­jectif politique que nous devons poursuivre doit être prioritairement de permettre aux chrétiens d’Orient de vivre sur leur territoire. La France ne peut rester sourde au malheur des chrétiens d’Orient et d’Afrique. Leur protection fait partie de ses missions internationales, de sa vocation même.

https://www.editionsdurocher.fr/livre/fiche/notre-sang-vaut-moins-cher-que-leur-petrole-9782268082011

http://www.medias-presse.info/notre-sang-vaut-moins-cher-que-leur-petrole-jean-frederic-poisson/56715

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