La chapelle Saint-Pierre-ès-Liens - France Catholique
Edit Template
Van Eyxk, l'art de la dévotion
Edit Template

La chapelle Saint-Pierre-ès-Liens

Copier le lien

Construite au XIe siècle sur les terres du seigneur Batsemarus dans le cadre du grand défrichement et de la romanisation religieuse de la Bretagne par les moines de Marmoutier, la chapelle est d’abord le centre d’un petit prieuré. Au XIIe siècle, à la suite d’un échange de terres entre l’abbaye de Marmoutier et le chapitre de la cathédrale de Nantes, elle devient église paroissiale et est, semble-t-il, agrandie. Quelques décennies plus tard, le bourg étant déplacé un demi-kilomètre plus loin, sur les coteaux de la Loire, elle devient simple chapelle secondaire, mais conserve cependant ses registres paroissiaux.

Arrivent la Révolution et sa politique anti-religieuse. En 1790, la chapelle Saint-Pierre-ès-Liens est vendue comme bien national et achetée par la famille du notaire local, qui souhaite la sauver ainsi de la destruction. Rendue à la paroisse, elle est à nouveau nationalisée trois ans plus tard dans le cadre de la loi du 1er août 1793 – la fameuse loi d’extermination de la Terreur –, puis restituée une nouvelle fois à ses propriétaires, avant d’être renationalisée encore une fois en 1797. Rachetée par la même famille, elle est remise à la disposition de la paroisse laquelle, ruinée suite aux lois de 1905, cessera de l’entretenir. Abandonnée, livrée aux intempéries et à la malveillance, elle tombe en ruines d’autant plus rapidement que la colonne infernale Le Cordelier l’a incendiée pour y brûler quelques dizaines d’habitants qui s’y étaient réfugiés. Elle a ensuite été mal restaurée et, au fil des années, est devenue une décharge.

Le 13 mai 1992, l’historien Reynald Secher, passionné d’archéologie et originaire de La Chapelle-Basse-Mer, la rachète et décide de la restaurer. Il fonde pour ce faire une association qu’il intitule : Mémoire du futur. Tout un programme !

Mais c’est de mémoire et de futur, d’avenir que ce vestige du passé a besoin, quand les quelques pierres des murs qui tiennent encore debout paraissent, à chaque instant, sur le point de s’écrouler…

Le premier travail consiste donc à dégager le bâtiment tant des immondices, dont deux carcasses de voitures, que des herbes folles et des arbres qui ont pris possession des lieux. La fragilité des vestiges de la chapelle est extrême : les murs, écrêtés, se sont désolidarisés, les contreforts, descellés, ne jouent plus leur rôle, les jambages des portes et des fenêtres ont disparu ou sont fortement endommagés.

Il faut parer au plus pressé. Le mode opératoire, dans ce genre de situation, est toujours le même : consolider, démonter et stabiliser les murs porteurs, reconstituer les jambages. En quelques semaines, le bâtiment est stabilisé, cicatrisé, et remonté. La toiture est ensuite posée.

Une étude minutieuse du terrain révèle alors qu’il existait autrefois une sacristie et une clôture. On découvre en effet la base des murs de la première, l’implantation de la seconde. Reynald Secher décide alors de reconstituer l’ensemble en en doublant la surface.

C’est la deuxième étape de la renaissance de la chapelle Saint-Pierre-ès-Liens, puisque l’on passe désormais du travail premier de restauration à une reconstitution, puis à une construction. Le projet, immense, passionne d’autant plus ceux qui s’y investissent qu’il s’accompagne d’un impressionnant travail de recherche documentaire, de réflexion, voire d’imagination.

S’ensuivent vingt chantiers successifs qui donnent naissance à trois cryptes, dont une octogonale, aux murs de la clôture, à plus de 70 mètres de souterrains… Des escaliers sont posés, un cloître érigé. Le jouxtant, commencent à monter les murs de deux pièces de belle taille qui, demain, abriteront la salle des généraux vendéens et un mémorial.

Car, au-delà de la restauration proprement dite, ce chantier est une œuvre, une aventure humaine exceptionnelle, avec une dimension spirituelle particulière. Il est la fierté d’une jeunesse aujourd’hui décriée. Cette jeunesse est conviée tous les étés pour apporter sa pierre à l’édifice. Cette jeunesse a soif de ses racines, soif de sens, soif d’idéal, cette jeunesse profondément chrétienne veut se ressourcer et décide, le temps du chantier, de laisser là ses vacances pour s’abandonner au Dieu créateur et se laisser porter par un projet qui, une fois relancé au début du mois de juillet, ne cesse de transcender les cœurs.

C’est donc sous la protection du recteur Pierre-Marie Robin, prêtre réfractaire de La Chapelle-Basse-Mer pendant la Révolution française, et de saint Joseph que tous les jours, après qu’ait été récitée en commun la prière du matin, le chantier est lancé. C’est l’occasion pour les nouveaux de découvrir les différents sites (souterrains, cryptes, puits…), et pour les anciens de leur faire découvrir les différents outils, les différentes techniques utilisées sur le chantier. À chaque site est affecté un chef qui a pour objectif tout d’abord de mener à bien sa mission de construction, mais surtout de transmettre ce que lui-même a reçu : savoir et esprit.

La chapelle est en cela un véritable chef-d’œuvre, au sens le plus précis du mot, puisque plus de vingt ans après le début des travaux, et après avoir accueilli plus de 1 200 « maçons  », elle garde une harmonie rare, qui rend imperceptible le travail individuel et éclatante la réussite collective.

Ce chantier exceptionnel est l’incroyable réussite d’une jeunesse qui a appris à se faire confiance, d’une jeunesse enthousiaste qui décide d’aller de l’avant, d’une jeunesse généreuse qui décide de rebâtir son passé pour construire l’avenir. Son avenir, et celui de ceux qui lui succéderont…

Un tel chantier ne laisse pas place à l’individualisme actuel. La clé de cette réussite est la capacité de ces jeunes à faire les choses avec un but commun et, pour y parvenir, chaque maçon est affecté à une place spécifique et joue un rôle clé et indispensable à la réussite collective.

Mais au-delà de l’œuvre matérielle, visible sur place, ce chantier est aussi à l’origine d’une quinzaine de vocations religieuses et de plus de trente mariages, qui prouvent qu’il n’est pas une parenthèse au sein de la société, mais bien l’un de ses éléments constitutifs. Et, pour la première fois cette année, deux enfants des « ouvriers de la première heure » seront présents. Vingt-trois ans après leurs parents, ils se retrouvent dans le même lieu, dans le même esprit, pour la même œuvre.

À partir de l’expérience acquise, certains anciens ont aussi repris à leur compte des projets de même nature, ce qui a permis de sauver un certain nombre d’ouvrages, de bâtiments qui, sans leur action, auraient purement et simplement disparu.

En apportant vous aussi, et à votre façon, votre pierre à cet édifice, vous participez à cette chaîne qui unit le passé à l’avenir. Demain, dans dix ou dans trente ans, lorsque vos petits-enfants, visitant la région, passeront à La Chapelle-Basse-Mer, ils pourront, avec une fierté légitime, dire à leurs propres enfants : «  Tu vois cette chapelle ? Eh bien, c’est un peu grâce à ton arrière-grand-père si elle est encore là !  »

Et, devant leurs yeux émerveillés, ils leur raconteront comment vous aurez participé à cette construction de la mémoire du futur. Leur mémoire !