La bataille des historiens

par Gérard Leclerc

mercredi 26 avril 2017

À maintes reprises, j’ai évoqué ici-même notre rapport à l’histoire, qui nous est consubstantiel anthropologiquement. Ce rapport s’est manifesté au cours de la campagne électorale, parfois sous un mode conflictuel, parfois d’une façon indécise. Quel dernier mot faut-il retenir, par exemple, des propos d’Emmanuel Macron sur la culture française ? Il a semblé se contredire, affirmant d’une part qu’il n’y avait pas, à proprement parler, de culture française, mais il s’est opposé par la suite, dans un entretien au mensuel Causeur, à toute idée de France multiculturelle. Ce qui revenait à dire qu’il y avait tout de même une spécificité nationale dont il tenait à garder l’unité.

Il faut dire que, parallèlement à nos joutes politiques, une violente polémique s’est déclenchée à propos de l’histoire nationale, du côté des historiens eux-mêmes. Un ouvrage est venu mettre le feu aux poudres. Ouvrage collectif dirigé par Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, et intitulé significativement Histoire mondiale de la France (Seuil). L’intention des auteurs paraît évidente : il s’agit de contrer le récit, en quelque sorte canonique, de l’histoire de France, qui, jusqu’ici, servait de référence commune aux Français dans la reconnaissance d’une identité patrimoniale. On saisit l’enjeu politique et idéologique d’une telle entreprise. Il est vivement contesté par tous ceux qui craignent une démolition de cette identité.

L’hebdomadaire Le Point avait organisé, pour son édition de la semaine dernière, une confrontation entre Patrick Boucheron et son collègue historien Patrice Gueniffey. Ce dernier, auteur d’un passionnant parallèle entre Napoléon et de Gaulle (Perrin), formule en quelques mots ce qui l’oppose à son interlocuteur. Cette nouvelle mouture est à l’image de la France selon une certaine vision sociale. Notre pays s’y retrouve en morceaux : « Au lieu d’aider à l’intégration, elle contribue à la séparation des communautés. Elle nourrit le sentiment de la désaffiliation et le ressentiment qui en est le produit. » Bien sûr, Boucheron n’est pas d’accord. Mais cette discussion a le mérite de mettre en évidence un des ressorts de ce qui se joue sur le terrain politique. Qui sommes-nous, nous autres Français, et voulons-nous construire plus avant un destin collectif ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 26 avril 2017.

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