St Jean Ier, pape et martyr (†526)

La Sainte Trinité

dimanche 18 mai 2008

La Sainte Trinité

Première Lecture : Exode 34.4–6, 8–9

Cantique : Daniel 3.52–56

Deuxième Lecture : 2·Corinthiens 13.11–13

Évangile : Jean 3.16–18

.

St Jean Ier, pape et martyr (†526)

Première Lecture : 2·Timothée 2.8–13

Psaume : Psaume 23

Évangile : Jean 15.18–21


Bienheureuse Trinité

Dans la confusion actuelle, on parle volontiers de « trois monothéismes » (israélite, musulman et chrétien) comme équivalents, sous-entendant par là qu’il s’agit entre eux de quelques nuances sans importance, comme par exemple le fait que les chrétiens parlent d’une Trinité, là où les autres préfèrent garder une rigoureuse unicité. Nuance, n’est-ce pas ? Et d’ailleurs qui y est allé voir ?
Entendons-nous bien. Il est important que les hommes aient reconnu que Dieu est unique. C’est un progrès considérable sur une religiosité englobante et sans contour, où tout est dieu, où le divin se manifeste derrière chaque phénomène de la nature un peu mystérieux. Je me souviens de ce jour où, faisant de l’apostolat dans la rue, je me trouvais aux prises avec un Occidental féru d’ésotérisme, qui était en train de m’expliquer qu’il était dieu, que d’ailleurs Dieu était partout, quand survint un musulman qui sut lui dire en quelques mots que non : Dieu est Dieu, il est incomparable et au-dessus de tout. Je n’aurais su dire mieux.

Mais ceci n’est que la moitié du chemin. Reconnaître que Dieu dépasse les réalités du monde, qu’il n’en est pas l’image agrandie ou inversée, qu’il en est librement l’auteur, c’est déjà merveilleux et n’a été possible, disons-le franchement, que parce que Dieu lui-même a pris la parole et s’est révélé à Moïse, d’où tout le reste est parti. Mais ce n’est encore que le début, car il est tant de manières d’habiller ce Dieu unique, d’en faire la caution de nos imaginations et de nos violences. Pour pouvoir l’aimer, il a fallu qu’il nous montre son visage et cela, il l’a fait en son Fils, nouveau Moïse venu nous révéler les secrets de Dieu.
Ce n’est pas nous, ce n’est pas l’Église, qui avons inventé la Trinité, au terme de je ne sais quel raisonnement compliqué, c’est Dieu qui s’est donné ainsi à nous. Non pas comme une explication, ou une théorie, mais comme un fait. Dieu nous a donné son Fils et il nous a donné son Esprit.Ce Fils et cet Esprit ne sont pas des créatures, ils viennent du plus profond de lui, ils ont avec lui une relation éternelle d’amour, qui les unit si forts qu’ils ne sont pas trois membres d’une famille même très unie, mais qu’ils sont UN, comme le dit Jésus lui-même (Jean 10,30).

Pour nous, l’unité, c’est celle, tou­jours mal assurée, d’un ensemble (un groupe, un peuple, un couple), ou celle, plus pauvre, d’un individu solitaire Dieu se révèle à nous dans une unité transcendante qui n’est ni l’une ni l’autre, unité riche et féconde des Trois qui sont Dieu, qui n’existe que dans l’embrasement de leur amour mutuel, Dieu Amour éternellement.
Ce Dieu-là, que nous n’aurions certainement pas trouvé tout seuls, il fait tomber les masques et reculer les idoles. Il renverse toutes nos prétentions à parler de lui à partir de nos échelles de valeur, nous ne pouvons décidément pas en faire « la majuscule de nos grands sentiments humains » : sa Bonté n’a rien de nos gen­tillesses condescendantes, sa Volonté échappe à nos calculs intéressés, sa Sagesse désarme nos prévisions. Parce qu’il est Lui et qu’il est Amour, il ne joue pas un rôle, il n’a rien à nous prouver ou à obtenir de nous. S’il nous a créés, ce n’est pas qu’il ait besoin de nos adorations ou de notre soumission, c’est parce qu’il a voulu, dans l’inexplicable choix de sa liberté, nous partager quelque chose de ce qui fait sa vie : la relation infiniment heureuse qu’il a à son Fils et à l’Esprit Saint.
La Trinité est un secret, que Dieu nous a laissé voir. Ne nous en lassons pas. Ne le laissons pas perdre. Ne le laissons pas ramener à une croyance comme une autre. C’est notre vie.

Père Michel Gitton


Texte de l’Evangile du Jour

Oui, comme Dieu a aimé le monde ! Il a donné le Fils unique pour que celui qui croit en lui ait la vie éternelle et n’aille pas à sa perte.
17 Dieu a envoyé le Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé grâce à lui. 18 Pour celui qui croit en lui, il n’y a pas de jugement. Par contre, celui qui refuse de croire s’est déjà condamné, puisqu’il n’a pas cru dans le Nom du Fils unique de Dieu.

Commentaire des pères Louis et Bernard Hurault

L’évangile de Jean est différent des trois autres. Souvent, après avoir présenté des paroles de Jésus, Jean ajoute une explication de la foi pour laquelle il s’appuie sur diverses déclarations faites par Jésus en d’autres occasions. C’est ce qui se passe ici.

Nicodème demande : Comment cela est-il possible ? C’est que la vie de l’Esprit fait partie du plan mystérieux de Dieu à notre égard. Personne ne peut parler de ces choses en vérité, excepté le Fils de Dieu : lui a vu les choses du ciel, la vie intime de Dieu ; et il peut aussi parler des choses de la terre, ou du Royaume que Dieu nous apporte. Si les auditeurs de Jésus n’acceptent pas ce qu’il dit du Règne de Dieu, ils feront encore moins de cas de ce qu’il révèle du mystère de Dieu. Jésus nous révèle ce que nous ne pouvons pas découvrir par nous-mêmes. Tôt ou tard, quelle que soit notre propre expérience spirituelle, il faut nous en remettre au témoignage de Jésus (11) sur Dieu et sur son plan de salut.
Il y avait dans ce plan quelque chose de difficile à accepter : le Fils de l’homme devait mourir sur la croix et ressusciter (être élevé fait allusion à la croix comme à la résurrection). Jésus mentionne le serpent dans le désert. Cet épisode de la Bible (Nb 21) préfigurait le sort de Jésus, mais, bien entendu, les Juifs ne comprenaient pas le sens de ce message ; en fait, ils laissaient de côté tout ce qui pouvait annoncer les souffrances de leur Sauveur.

Ils devaient aussi modifier leurs idées sur un autre point. Les Juifs espéraient que Dieu condamnerait le monde et punirait les méchants. Mais voilà que Dieu envoie son propre Fils à la croix pour le salut du monde.

Dans d’autres passages du Nouveau Testament, on nous dit de ne pas aimer le monde, ce qui semble contredire ce que nous venons de lire : Dieu a aimé le monde. C’est parce que le mot monde a plusieurs sens.
D’abord, le monde signifie toute la création, laquelle est bonne puisqu’elle est l’œuvre de Dieu. Mais le centre de l’œuvre de Dieu est l’homme, qui s’est soumis à l’influence de Satan (8.34 et 44). Tout ce que crée l’homme pécheur : richesses, culture, vie sociale — est influencé, défiguré et utilisé par le Mal. Alors, Dieu envoie son Fils pour que le monde soit sauvé.

Bien que la résurrection du Christ ait inauguré son invincible pouvoir sur l’histoire, un puissant courant continue à entraîner tous ceux qui refusent de reconnaître la vérité. C’est ce courant néfaste que nous appelons parfois le monde. Voir en Jn 15.19 : vous n’êtes pas de ce monde.
Et par ailleurs, pour nous tous, il est très difficile d’aimer le monde comme Dieu le voudrait : quelque chose qui nous ouvre à lui et ne nous retient pas. C’est pourquoi il est dit aussi : N’aimez pas le monde (1Jn 2.15).
›››››››››››
u 3.11 Pourquoi ce nous. Très probablement parce que c’est le début d’un de ces discours dans lesquels Jean exprime, à l’usage de ses lecteurs, ce que les paroles de Jésus allaient signifier pour l’Église. Le nous trahit la présence des apôtres comme en 1Jn 1.3. Pourtant, même si le nous avons vu peut s’appliquer à ces témoins privilégiés que sont les apôtres, Jean n’hésite pas à mettre cette parole dans la bouche de Jésus : quelle force pour affirmer l’identité de Jésus, le maître galiléen, avec le Verbe éternel qui seul voit le Père (1.18). Le Fils de l’homme est descendu du ciel (1.18), comme on le reverra au chapitre 6.
Jésus parle du monde et de celui qui croit. Le monde n’est pas mauvais et ne s’oppose pas ici à celui qui croit : c’est le « milieu » où se retrouve tout ce qu’il y a de bon et de mauvais. Dans une certaine mesure, le monde est la culture que nous respirons, l’ambiance humaine qui nous a formés : c’est là que Jésus vient nous chercher. Dieu y est toujours présent, et son Esprit, actif, mais jusqu’à la venue de l’Envoyé de Dieu, tout se passe dans la confusion. Lorsque vient la lumière, c’est le jugement : on pourrait sans doute traduire jugement par discernement. Celui qui, dans le monde, vivait déjà selon Dieu, vient à Jésus. Le seul fait d’accepter cette lumière, de se remettre en cause et de remettre le monde en cause, de commencer l’œuvre de purification qui se poursuivra dans une vie d’Église, c’est le discernement déjà à l’œuvre. Celui-là n’aura pas à passer par un jugement dans la lumière de Dieu au moment de la mort. Par contre, celui qui ne croit pas et reste dans les demi-vérités court droit au jugement.

Que vient faire ce discours après les paroles sur la nouvelle naissance ? Sans doute Jean veut-il montrer le sérieux du baptême : ce n’est pas seulement un de ces baptêmes comme celui de Jean ou d’autres baptêmes célébrés par différents groupes qui signifiaient seulement un engagement personnel. Avec le baptême chrétien, on accède à la foi dans le Nom du Fils de l’Homme, c’est-à-dire dans son caractère divin, et accueillir cette foi, c’est comme avoir passé le jugement : on est entré dans la vie éternelle.

u 3.16 Voir la note en Jn*17.6
Pour que le monde soit sauvé : voir à la fin du livre : La Bible et l’Expérience chrétienne : Sauver les personnes ou sauver le monde ?

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.