La France pliée en quatre

par Gérard Leclerc

lundi 24 avril 2017

Après la soirée électorale d’hier, nous sommes tous un peu saturés de commentaires politiques et d’analyses du scrutin. J’ai donc quelques scrupules à ajouter mes propres remarques, d’autant que je n’ai pas de compétences particulières à faire valoir. Pourtant, j’aurais envie d’appeler Coluche à mon secours, lorsque dans d’autres circonstances il expliquait : « Hier, la France était coupée en deux, maintenant elle est pliée en quatre. » L’expression s’applique tout à fait à la France divisée entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. La différence, c’est qu’elle ne prête plus à rire, car les Français n’ont pas du tout le cœur à cela. Au-delà des expressions politiques et idéologiques, cette division rejoint une réalité sociologique, et même anthropologique plus profonde. Ceux qui ont voté pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont, de toute évidence, exprimé un refus radical à l’évolution actuelle, marquée par les processus de la mondialisation. Que cette protestation s’exprime selon deux modalités très différentes n’empêche pas une commune réalité, enracinée dans notre espace géographique. Il me semble d’ailleurs qu’il y a une porosité sensible entre les deux électorats.

Autre observation. L’émergence d’Emmanuel Macron n’est pas un phénomène superficiel, elle s’explique par une déception qui a provoqué l’échec des deux grandes formations de droite et de gauche qui structuraient jusqu’alors notre espace politique. Le problème de l’intéressé consiste à donner à son programme et à son discours une substance qui n’est pas encore avérée. Car, il faut bien le dire : il n’y a pas encore eu de véritable débat de fond dans cette campagne. Tous les sujets qui font mal ont été évoqués, et non traités.

Emmanuel Macron a toutes les chances de se retrouver à l’Élysée dans quinze jours, mais la promesse de renouveau qui lui a permis d’éliminer le Parti socialiste et de battre la droite ne s’incarne pas dans une configuration qui pourrait se substituer au modèle ancien. Si celle-ci est possible, elle devra s’imposer avec les élections législatives que le leader d’En marche ! n’est pas sûr de gagner. Résultat provisoire : nous ne sommes qu’à mi course de cette compétition dont l’aboutissement est encore problématique.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 24 avril 2017.

Messages

  • Bonjour Alice Tulle,
    Merci de votre analyse.
    1/ Oui : 11 candidats, grotesque. La France, risée du monde. Dupont-Aignan, à quoi sert-il avec ses 4,7% ? A couler la droite pour rien.
    2/ Pas d’accord sur l " échec des deux candidats soutenus par les formations traditionnelles" : Hamon= 6,35% Fillon 19,94% : pas le même échec. Différence entre Fillon et Le Pen = 1,49%
    Il suffisait que 0,8% des votants FN et 0,8% des votants Dupont-Aignan, choisissent Fillon, il passait. . Fillon avait raison d’affirmer : " Je serai au second tour". C’était possible certes risqué. Mais à un chef d’ Etat on demande de prendre des risques "calculés". C’était le cas. Je n’ admets pas qu’on parle de "durement souligné l’échec de Fillon", ni qu’on parle de "Bérézina" , vu ailleurs.
    3/ Hamon et Mélanchon : en tant que "chef de partis", ils sont obligés comme Fillon de prendre position dans "le barrage républicain" pour protéger les Législatives. Leurs troupes ? Autre chose.
    abstention massive des trois côtés.? A suivre.
    4/ Dupont-Aignan : Les "gaullistes". Non pas tous les gaullistes ; seulement les "purs et durs". Encore une fois Dupont-Aignan sert à couler la droite.
    6/ Oui il faut préparer le 3 è tour : les Législatives sont une démarche plus subtile que les Présidentielles : des triangulaires à résoudre au cas pas cas. S’allier localement au FN n’est pas un crime, ni un péché. C’est de la politique. Mitterrand s’est bien allié aux communistes ...

    Eric

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