L’urgence de la fraternité

Message de Mgr Michel Aupetit

jeudi 6 décembre 2018

Les évènements récents montrent une souffrance importante d’une grande partie de nos concitoyens, qui génère la colère quand elle ne semble pas entendue et une frustration devant ce qui peut être pris pour de l’arrogance. Comme archevêque de Paris, je comprends la peine de ceux qui manifestent pacifiquement et luttent pour conserver une vie digne, je dénonce la violence scandaleuse de ceux qui en profitent pour saccager notre ville, je salue le courage des services de police et de gendarmerie et je m’unis au souci de nos gouvernants qui cherchent des réponses à la crise.

Notre pays souffre d’une incompréhension généralisée. L’individualisme devient la valeur absolue au détriment du bien commun qui se construit sur l’attention aux autres et en particulier aux plus faibles. Les valeurs de la République que sont la liberté et l’égalité sont parfois détournées par des réseaux d’influence qui réclament des droits nouveaux sans égard pour les plus vulnérables.

Où sont les véritables priorités ? Les urgences nationales, les « grandes causes » de notre pays ne peuvent légitimement être celles des revendications communautaristes ou catégorielles. Le devoir primordial de l’État est de garantir pour chacun les moyens d’entretenir sa famille et de vivre dans la paix sociale. Il nous faut reconstruire une société fraternelle. Or, pour être frères, encore faut-il une paternité commune. La conscience de Dieu le Père qui nous apprend à nous « aimer les uns les autres » a façonné l’âme de la France. L’oubli de Dieu nous laisse déboussolés et enfermés dans l’individualisme et le chacun pour soi.

La violence engendre la vengeance et la haine. Apprenons ensemble à nous écouter vraiment et à nous parler sans à priori méprisant pour ceux qui ne pensent pas comme nous. J’appelle modestement les protagonistes à un véritable dialogue où chacun accepte de sortir de ses certitudes pour établir un vrai diagnostic d’une situation délétère et trouver humblement les voies d’une reconstruction fraternelle de notre société. Je demande enfin aux chrétiens de prier et d’être ce qu’ils sont appelés à être au nom du Christ : des artisans de paix.

Je porterai notre pays dans la prière lors de la Messe de l’Immaculée Conception du vendredi 7 décembre prochain à 18h30 à Notre-Dame de Paris. En ces temps troubles que nous vivons, nous pourrons confier à la sainte Patronne de la France la paix de notre nation qui ne peut naître que de la justice.

+ Michel Aupetit,
archevêque de Paris

https://www.paris.catholique.fr/l-urgence-de-la-fraternite.html

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Photo © Michel Pourny

Messages

  • " Apprenons ensemble à nous écouter vraiment et à nous parler sans à priori méprisant pour ceux qui ne pensent pas comme nous. "

    Sans vouloir vous offenser, Monseigneur, L’Eglise de France n’échappe pas à cette incapacité à prendre en compte de multiples opinions.

    La manière dont le débat est verrouillé au sein de l’institution sur des questions telles que le contrôle des flux migratoires, pour la plus récente, mais aussi la désacralisation dans les faits, que personne ne peut nier objectivement aujourd’hui, de la liturgie induite par Vatican II, en sont des exemples.

    Il faut aussi regarder les choses en face : non, le gouvernement n’a pas, jusqu’à très récemment au moins, cherché à sortir de la crise.
    Affubler les manifestants de sobriquets comme "la peste brune" n’est pas le signe d’une recherche d’apaisement.

  • Le Président de la République avait-il prévu ce grondement sourd qui monte de la France profonde ?
    Ce n’est pas impossible !
    Effectivement, une nouvelle proposition de loi visant à interdire
    les « violences éducatives ordinaires » est entrée en auditions à l’Assemblée Nationale le 15 novembre dernier ( juste avant les premiers signes de grondement). Et .... dans la nuit du 29 au 30 novembre, elle a été adoptée par l’Assemblée Nationale à 51 voix pour, une contre et trois abstentions !
    Notre jeune Président, on ne pourra même pas lui donner une "bonne fessée" ! Effectivement, il ne nous reste plus qu’à prier.

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