L’unanimisme de Macron face à la mémoire de Simone Veil

par Denis Lensel

lundi 2 juillet 2018

Quand le jeune président Emmanuel Macron déclare, comme il vient de le faire aujourd’hui, que la décision de faire entrer Simone Veil au Panthéon « fut celle de tous les Français », on ne peut manquer d’être surpris… Annoncée le 5 juillet de l’an passé, cette décision n’a pas été, que l’on sache, le fruit d’une consultation populaire spécifique.

Même si Mme Veil est une personnalité souvent désignée dans les grands médias comme particulièrement populaire parmi les Français, de là à définir la panthéonisation de ce dimanche 1er juillet 2018 comme le fruit d’une unanimité absolue, bigre ! Comme dit un proverbe de la sagesse populaire, qui veut trop démontrer ne démontre rien.

Emmanuel Macron a évoqué à juste titre le drame affreux que, très jeune, Simone Veil a vécu dans sa chair et dans son âme dans le camp nazi d’Auschwitz, pendant la Seconde guerre mondiale. Mais après bien des ténors du microcosme politico-médiatique qui souhaite préparer la société future, il établit un amalgame étroit entre la tragédie de jeunesse de Mme Veil et son engagement ultérieur en faveur de la légalisation de l’avortement. C’est ici que l’exigence hâtive d’adhésion, telle qu’elle est effectuée par le discours dominant, échoue sur un écueil incontournable : si on peut à bon droit demander l’adhésion de tous les citoyens à la condamnation de la barbarie nazie, comme au refus de tous les totalitarismes en ce qu’ils ont de meurtrier pour l’humanité, en revanche, il paraît contradictoire et irrecevable d’exiger que l’on renonce au principe du respect inconditionnel de la vie, qui demeure précisément un principe fondateur de toute civilisation.

Que des drames personnels entraînent des femmes au bord de la perspective vertigineuse de l’avortement, cet arrachement intime, cela ne saurait certes justifier aucune condamnation personnelle. Mais cela concerne aussi la gent masculine dans son trop fréquent égoïsme. Et cela concerne aussi toute une société, et une classe politique hypocrite souvent trop heureuse d’évacuer facilement bien des problèmes humains et sociaux.

En outre, la France et l’Europe semblent avoir oublié l’avertissement solennel du Pape Jean-Paul II : « Un peuple qui tue ses enfants n’a pas d’avenir ».

Evoquer la mémoire de Simone Veil est une chose que l’on peut sans doute comprendre, quand on pense au creuset d’Auschwitz, où tant d’autres sont passés, et trop souvent y sont morts. Evoquer la mémoire de tous les enfants tués ici ou là en est une autre. En particulier la mémoire tout aussi douloureuse de ceux qui ne voteront jamais pour personne, parce qu’ils ont été éliminés dans le ventre de leur mère.

Messages

  • Merci pour cet article qui remet les choses à leur place : la mort des innocents massacrés par "la barbarie nazie" mérite d’être évoquée mais fallait-il évoquer comme une avancée humaine celle de milliers d’autres innocents (et y-a-t-il plus innocent qu’un petit bébé lové dans le ventre de sa mère ?) massacrés au nom de la "barbarie moderne" et financée par tous les citoyens quelles que soient leurs opinions ? Ce crime est et demeurera toujours un crime contre l’humanité (sans parler des problèmes que rencontrent les mamans qui se sont laissées entraîner dans cette tuerie devenue banalité).

  • Merci pour cet article lumineux et nuancé. En effet le raccourci de M. Macron évoquant au même plan la mémoire de l’holocauste et la loi sur l’avortement est très choquant. Merci, Monsieur, de parler au nom de ceux qui n’ont pas, ou plus de voix car on leur a ôté la vie dès le sein maternel. Et ils sont nombreux !

  • Une remarque sur le début du billet de D. Lensel : bien relire ou réentendre les mots présidentiels sur le sujet au tout début du discours, à savoir :

    - "... cette décision ne fut pas seulement la mienne, ni celle de sa famille qui pourtant y consentit, cette décision fut celle de tous les Français". Ici, précision : C’est intensément, tacitement, que toutes les Françaises et tous les Français souhaitaient..." ;

    - "tacitement" signifiant : sans aucune implication, ni par parole ni par signature, on est en droit de comprendre que le souhait "in petto" du peuple de France aura été exaucé par la décision présidentielle.

    P.S. Si on peut toutefois se permettre : il y a grammaticalement - et sauf erreur - un "os" dans la tournure de phrases. "Trouver l’intrus"...

  • P.S.
    On aura bien sûr, corrigé au 2ème paragraphe : "... c’est intensément, tacitement "Ce" que toutes les Françaises et tous..."(càd la décision présidentielle du 05/07/17). Prière excuser l’omission de cet indicatif.

    Saisissant l’opportunité : on comprend que ladite décision aura été, au préalable, soumise à la famille puisque ne l’ayant pas prise cette dernière "y aura pourtant consentit".

    Et enfin, pour rappel, "Trouver l’intrus" est le titre du jeu télévisé animé sur F3 par Eglantine Emélé.

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