Avec Constantin de Barbançon (1582-1631)

L’oraison, chemin de bonheur

par le Père Max Huot de Longchamp

mercredi 1er janvier 2020

Dieu est en nous «  source, origine et fontaine »
© Philippe Lissac / Godong

Au départ de la vie spirituelle, il y a la découverte de l’amour de Dieu.

Troisième d’une famille profondément catholique – son père est massacré par les protestants avant sa naissance –, Théodoric Paunet entre chez les capucins de Bruxelles en 1600 et y reçoit le nom de Constantin. Sa carrière de prédicateur et surtout de directeur spirituel se déroulera en Rhénanie, sa pauvreté et sa bonté y contribuant au renouveau catholique, tout en lui assurant une immense popularité.

Une grande influence

Ouvrage principal de Constantin, Les Secrets Sentiers explique l’ensemble de l’itinéraire spirituel, en 300 pages. Imprimé à Cologne en 1623, réédité à Paris, il exercera une grande influence sur le XVIIe siècle français. Constantin allie la rusticité de la langue à la puissance d’une mystique héritée des maîtres nordiques. Il y ajoute une imprégnation thomiste qui fait de lui l’un des rares vrais théologiens de la vie spirituelle.

Constantin nous rappelle que Dieu réside «  au sommet de notre esprit  ». D’autres auteurs parleraient du fond de l’âme, de son essence, de son centre, etc., pour désigner ce qu’il y a de plus nous-même en nous, et qui est au contact de Dieu. Son image en nous n’est donc pas une copie, mais une présence réelle et vivante, une participation à ce qu’il est ; il est en nous «  source, origine et fontaine  », et non pas vague reflet dormant au fond de notre cerveau. Et ce Dieu qui se donne à moi, c’est Dieu tout entier : il ne gouverne le Ciel et la Terre que pour moi, et s’il en aime d’autres, c’est à cause de moi. Constantin, comme tous les maîtres, fait de cette découverte émerveillée le point de départ de toute vie spirituelle.

Et Dieu ne nous surveille pas : il veille sur nous, avec la tendresse d’une mère, guettant toute possibilité de «  se communiquer à nous  ». N’allons pas le chercher ailleurs : laissons-le entrer par cette porte du sommet de notre âme, accueillons-le en nous, en nous recueillant en lui.

Paradis perdu

Et il suffirait en effet de ce recueillement pour retrouver comme au premier jour «  la jouissance de ce bien souverain  », qui était celle d’Adam au paradis perdu. Mais depuis le péché, nous nous tournons du mauvais côté, si bien que Dieu ne pénètre pas au-delà du seuil de notre porte, au-delà du sommet de notre esprit, comme absent, parce qu’interdit de séjour en nous.

Revenir à ce bonheur suppose donc notre conversion, c’est-à-dire encore une fois, notre recueillement. Alors nous aurons «  regagné le ressentiment de sa divine présence  » ; ressentiment, dans le français gauche de Constantin, se réfère à la perception de Dieu propre à l’expérience spirituelle, cette sorte d’évidence bienheureuse d’un Dieu qui est là, et qui n’est là qu’en train de se donner à nous.

Mental n’est pas cérébral

Finalement, voilà qui définit «  l’oraison mentale  » : en nous tournant de tout notre cœur vers ce Dieu entrant par le plus creux de nous-mêmes, nous nous offrons inconditionnellement à lui à travers «  tout ce qu’il convient de faire ou de supporter  ». On voit que mental ne veut pas dire «  cérébral  », mais indique la focalisation de «  toutes nos pensées, tous nos désirs et toutes nos intentions  » par le mens, qui est le nom latin traditionnel du «  sommet de l’esprit  ».

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