L’indicible mystère de la crèche

par Gérard Leclerc

jeudi 24 décembre 2015

Il y a beaucoup à retenir de la querelle des crèches dans l’espace public. Comment interpréter, en effet, la farouche hostilité de ceux qui s’opposent à la présence d’innocents santons dans une mairie ? La distinction faite entre le cultuel et le culturel ne devrait-elle pas les rassurer ? Il ne le semble pas. Et d’une certaine façon je les comprends. La crèche de Noël n’est pas la simple représentation naïve d’une scène de la vie courante, en l’espèce d’une naissance. Elle renvoie à la centralité du mystère chrétien, résumé dans la formule de saint Jean : « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. » Ce bébé n’est pas n’importe lequel d’entre nous. Il est entouré d’admiration et de vénération, le chant des anges l’environne, les bergers sont accourus sur injonction du Ciel et les mages sont explicitement venus l’adorer, provoquant la panique d’Hérode. Il s’agit, tout de même, du plus grand événement de l’histoire du monde.

Mais, par ailleurs, il est une autre façon de considérer les choses, comme le cardinal Newman dans son sermon de Noël de 1837. Il insiste sur l’obscurité des premiers instants, l’humilité de la condition native de Jésus. Saint Jean ne dit-il pas également que « la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas reçue » ? Et Newman de prolonger sa réflexion : « J’affirme que le Christ, le Fils de Dieu sans péché, pourrait aujourd’hui vivre dans le monde comme notre voisin le plus proche, peut-être sans que nous le découvrions. » [1] Parallèlement, ne pourrait-il pas y avoir une banalisation de la crèche, même exposée dans une mairie ? Parce que réduite à une sorte de symbolisme bien-pensant, dans un climat dit consensuel ?

Paradoxalement, c’est l’hostilité dont la crèche est l’objet qui oblige à la considérer autrement et de s’interroger sur l’identité de cet enfant enveloppé de linges. Le culturel renvoie à une interrogation supérieure. Celle-ci est d’un autre ordre, qui requiert, comme le dit encore Newman, d’ouvrir les yeux de l’intelligence, pour que le cœur soit capable d’approcher et de voir ici-bas l’indicible mystère du Verbe qui s’est fait petit enfant dans le sein de la Vierge sainte.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 24 décembre 2015.


Ronde des crèches : un succès qui ne se dément pas depuis vingt ans à Miradoux...

http://www.ladepeche.fr/article/2015/12/24/2244244-ronde-creches-succes-dement-depuis-vingt-ans.html

Quinze crèches exposées à la Criée de Port-Navalo

http://www.ouest-france.fr/bretagne/arzon-56640/quinze-creches-exposees-la-criee-de-port-navalo-3939664

À la découverte du chemin des crèches

http://www.leprogres.fr/sortir/2015/12/23/a-la-decouverte-du-chemin-des-creches-dans-le-rhone


[1Newman, Sermons paroissiaux, tome 4, Cerf.

Pour aller plus loin :

Messages

  • L’auteur extrait des très-trop ?-nombreux propos du Bienheureux Cardinal John Henry Newman ce qui l’arrange pour aboutir à une conclusion filandreuse et plutôt lâche,en tout cas peu claire,oubliant au passage ce que ce dernier a dit à la fin de sa vie "Je n’ai jamais été libéral" raison pour laquelle il s’est finalement et après bien des hésitations converti au catholicisme,ses travaux sur l’arianisme étant décisifs à cet égard et c’était bien vu.Quant à son livre majeur,écrit d’ailleurs alors qu’il était encore anglican,"le développement de l’Eglise",il n’a rien de libéral,tout au contraire,même s’il a ouvert des perspectives nouvelles,bref et comme il convient des "nova" ET "vetera".

    • Joyeuse Fête de la Nativité !

      Hier, à Bethléem, cet Enfant posait problème, aux puissants, aux "grands", aux détenteurs de toutes sortes de pouvoirs. Les premiers "ouï-dire enregistrés", cet Enfant d’il y a si longtemps,
      non seulement posait problème, mais Il était cause d’inquiétude...Il bousculait... Il dérangeait... "Et si, par le plus pur des hasards, celui-là, dans sa mangeoire, apparemment innocent, qui attire les gens du peuple... si, par le plus pur des hasards sa seule présence constitue un danger pour moi, ma situation, mon existence, mon pouvoir... Il serait, qui sait, capable de détourner le populo du système établi alors que ces braves gens y adhérent jusque-là, le suivent comme leurs moutons suivent, bêê, bêê, le même chemin dont ils ignorent, comme leurs bergers, la destination... Bon, le petit peuple ça se comprend, mais voilà que des savants s’y mettent en suivant une étoile... Il y a là comme anguille sous roche... Des savants qui transportent des cadeaux destinés à cet Enfant qu’ils veulent vénérer... Alors, si le bon peuple et, par dessus le marché des scientifiques maintenant se dirigent vers cette crèche apparemment inoffensive... Oui, apparemment inoffensive, c’est cela qui devrait mettre la puce à l’oreille...Pas question de prendre le moindre risque, pas question de laisser nos sujets et nos terres au premier venu qui sort d’on ne sait où... Il serait même peut-être capable de me voler mon siège, mes serviteurs, mes gens... Il faut mettre de l’ordre dans ces niaiseries, enfin, dans tout ça... il est nécessaire, impératif et urgent de se débarrasser de cette mangeoire, de ce qu’il y a dedans et autour ! Il faut absolument que tout ce fourbi disparaisse ! Oui, "dégage !".

      Et voilà ! Voilà qu’un à peine Nouveau-né donne du souci aux grands, aux puissants... Si ce n’était pas vrai, on crierait au ridicule ! Mais, oui, ils prennent peur ces chefs qui obéissent à la Rome d’alors et donc bien protégés par la soldatesque, la preuve c’est qu’il leur faut se débarrasser de ces parasites, nettoyer et désinfecter les lieux, aseptiser tout ce qui peut l’être, remettre de l’ordre dans cette histoire à dormir debout, ce cauchemar qui nous a assez poursuivi depuis quelque temps. Allez, ouste ! Otez cette crèche de ma vue !

      On pourrait encore peut-être comprendre qu’à l’époque Hérode ait pu prendre peur tellement accroché qu’il l’était à sa fonction de bienfaiteur du peuple. Et ce qui devait arriver arriva !

      Mais que le même topo - avec quelques variantes de circonstance - se répète un tout petit peu plus de 2000 ans plus tard... Ce n’est pas possible ! Ce ne peut être possible ! Ben, voyons, qui peut donc encore au Père Noël en 2015 ?

      Mais, justement, s’il y avait encore des bêtasses qui croient au Père Noël ?

      Sauf que ce n’est plus seulement une affaire de Père Noël, ses promesses de joujoux, de bijoux et de tous ces cailloux !... Si cette "affaire" était, rebelote, l’histoire (incroyable mais vraie) de cet Enfant Jésus échoué dans une touffe de paille et qui fait risette aux bergers, au garde-champêtre, et même, quel toupet, à deux ou trois savants ! Le monde est devenu fou ou quoi ?

      Oups ! le mot est lâché : oui, ce monde est, qui sait, devenu fou. Il est devenu fou, mais non pas de cette folie qui tue des êtres humains par milliers avec toutes sortes d’armes de destruction massive et autres fraternelles et charitables solidarités.

      Oui, le monde est peut-être devenu fou, une fois de plus, comme à chaque fois, au cours de tous les siècles, comme à chaque fois qu’on a cru l’embarquer dans ce wagon qui roule vers nulle part. Oui, ce peuple humain est ingrat, on ne souhaite que son bien, on veut le submerger de bonheurs, de centaines de bonheurs, de milliers de ces très chers bonheurs, et le voilà qui va s’arrêter. Où ? devant une mangeoire d’animaux dans une sorte de grange désaffectée. Pour s’agenouiller devant quoi ?...

      Comment ça "devant quoi" ? Erreur de frappe massive. Lire : devant QUI ? Mystère ? Oui.

      Mystère de l’Incarnation !

      (Ah non ! On ne va pas recommencer cette histoire sans fin !).

      MERCI.

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