L’honneur de l’Armée

par Benoît A. Dumas

vendredi 14 septembre 2018

Au moment où nombre de nos militaires se font tuer ou blesser (combien d’amputés à l’hôpital Percy ?) pour leur engagement au service de la paix en Afrique - un engagement qui devrait être beaucoup plus étendu en raison de l’acharnement et de la multiplication des groupes terroristes en divers pays -, le moment est-il propice et bien choisi, de rappeler à la population française ainsi qu’à d’autres pays qui nous regardent nous démener à peu près seuls en Afrique, le moment est-il bien choisi de rappeler certains crimes, à coup sûr abominables, de notre armée durant la guerre d’Algérie, il y a soixante ans ?

Cette armée qui accomplit aujourd’hui son devoir au service de la Nation et de populations africaines décimées, gravement troublées, menacées, dans leur vie quotidienne et leurs fragiles possibilités de développement ; cette armée qui loin loin d’une vie relativement aisée en Métropole où la consommation bat son plein pour beaucoup d’entre nous ; cette armée capable de se surpasser et de servir, bien que dotée de moyens encore insuffisants… a-t-elle besoin en ce moment précis, d’être humiliée, rabaissée par le rappel de justes faits qui malmènent son honneur ? N’a-t-elle pas plutôt besoin qu’on l’encourage, qu’on l’exalte et la loue publiquement, que l’on rende compte précisément de ses actions et de son courage ? N’a-t-elle pas besoin, contre la tendance à l’oubli ou à l’indifférence, que politique et Nation la soutiennent et fassent corps avec elle ?

Dans ces temps d’épreuve et d’incertitude, le véritable courage consiste-t-il à condamner ses fautes passées ou à valoriser grandement sa mission présente ?

Je suis personnellement acteur et témoin d’autres comportements de la même période qui sont à son honneur. Les voici, brièvement rapportés. Le putsch des généraux de 1961 fut en partie stoppé par la révolte de militaires appelés, de la base, militaires du contingent, accomplissant leur service militaire en Algérie. Ce putsch qui mit en émoi la France tout entière eut lieu alors que l’option des Algériens eux-mêmes pour l’auto-détermination, dès que les armes se tairaient, avait été annoncée par le général De Gaulle. Dans le secteur où je me trouvais, à l’est du pays, dans une garnison proche de la frontière tunisienne, je pris la tête d’une opposition, rapidement organisée, aux officiers du secteur qui s’étaient ralliés ou étaient sur le point de se rallier aux généraux putschistes insoumis au gouvernement légitime de la République. Avec mes camarades, nous fîmes prisonniers une vingtaine d’officiers et de sous-officiers de l’Etat-Major, à main armée ; nous les enfermâmes, et nous ne les libérâmes que sur la promesse solennelle du Général haut responsable commandant la zone, convoqué par nous, qu’il se rallierait lui et ses subordonnés au gouvernement de la République.

Pour ce coup audacieux de simples soldats vis à vis de leur hiérarchie, nous ne reçûmes ni moi ni mes camarades aucun blâme ni aucune sanction.

L’armée de métier qui avait été certes hésitante et infidèle (à cause principalement de ses nombreuses déconvenues dans des guerres coloniales mal conduites par les politiciens), se rattrapa d’une certaine manière, en acceptant la leçon de sa base justement insurgée. Ce fut à son honneur et mérite d’être dit.
Benoît A. Dumas, 14 septembre 2018

Messages

  • "nombre de nos militaires se font tuer ou blesser" : c’est un fait incontestable.

    "au service de la paix en Afrique" : c’est, sauf si l’on s’arrête aux apparences, une opinion réfutable...

    "l’acharnement et la multiplication des groupes terroristes en divers pays" : encore un fait incontestable. Qui ne renforce pas pour autant l’assertion précédente ni ne la rend véridique.

    En effet, les interventions de l’armée française en Afrique et au Moyen-Orient sont commandées par les politiques gouvernementales successives. Or l’on peut très légitimement s’interroger sur les buts poursuivis par ces politiques (tout autant que sur la légitimité de ces interventions).
    Ainsi, l’implication (en dehors de tout mandat de l’ONU) de la France sarkozienne dans la guerre contre le gouvernement libyen et dont les conséquences - assez facilement prévisibles - ont été un désastre complet en matière de "paix en Afrique" ; et dont une partie de la planète continue de payer les conséquences en terme de développement du terrorisme islamiste...

    Lorsque monsieur Macron décide de bombarder la Syrie - une fois encore en dehors de tout mandat de l’ONU (gênant, de la part d’un membre du Conseil de Sécurité...) -, oeuvre-t-il pour la paix ou ne contribue-t-il pas à entretenir le désordre et la confusion ?
    S’en prendre à l’alliance russo-syrienne, est-ce la meilleure manière de lutter contre le terrorisme ? Un grand nombre d’observateurs impartiaux en doutent absolument.

    Les toutes dernières déclarations de Monsieur Le Drian (prétextant d’improbables et hypothétiques recours à l’arme chimique) (*), et d’un chef d’état-major, indiquent une volonté gouvernementale de réitérer l’engagement de l’armée française contre l’armée syrienne, alors que cette dernière tente de neutraliser les derniers foyers de terrorisme et recouvrer les territoires où ces terroristes se sont retranchés.

    Entre les uns et les autres, qui est véritablement "au service de la paix " ?
    Nos soldats vont-ils mourir pour la paix ou seront-ils encore sacrifiés au nom d’obscures ambitions et au nom d’intérêts géo-stratégiques totalement étrangers aux intérêts de la France ?

    La dénonciation de crimes anciens s’inscrit-elle dans une tentative de faire diversion en focalisant l’opinion sur une période déjà lointaine et un contexte historique et politique très complexe ?

    Pour autant, au nom de cette posture de "service de la paix", devrait-on s’abstenir de condamner des injustices commises dans le passé par quelques militaires (**) ?

    * comment peut-on accorder le moindre crédit aux pitreries cinématographiques de ces personnages ambigus qui se font appeler "casques blancs" ?
    https://m.youtube.com/watch?v=MYBJH2IaLF8&feature=youtu.be#

    ** encore faudrait-il également faire la lumière sur l’implication et les responsabilités des divers gouvernements français de l’époque...

  • Groupes terroristes ou groupes musulmans intégristes ? C’est la seconde appellation qui devrait être utilisée et elle serait plus juste.

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