par Robert Royal

L’éloge du catholicisme populaire

Traduit par Albérique

jeudi 25 juillet 2013

Au moins 100 000 personnes sont venues hier pour voir et écouter le Pape François, ce qui représente environ 1 000 fois plus que ceux qui se sont présentés la semaine dernière à Miami pour protester contre le verdict au sujet de l’affaire Trayton Martin. Les nombres seuls ne veulent pas nécessairement signifier quelque chose. Un million de personnes qui croient que 2+2=5 ne changent pas les faits - ou même ne l’emportent pas sur une personne qui fait le bon choix.

Mais il a été dit qu’un grand nombre de personnes représente, dans les sociétés modernes, une force électorale. Du moins certains le disent. Aparecida, où le pape a célébré la Messe, attire 10 millions de personnes par an (le record pour un sanctuaire marial). Cependant il est quasiment inconnu en dehors de la région. Il serait intéressant de voir quelle serait la réaction si 10 ou 20 millions de catholiques venaient chaque année dans la New York City ou le District of Columbia pour des dévotions catholiques.

Comme John Allen l’a observé, pour la plupart des pèlerins, aller à ce sanctuaire est un engagement de vie dans la foi. Et, Aparecida repose sur les racines de la foi du Pape. Quand les évêques de la région ont écrit un document sur Aparecida en 2007 (fortement influencé par celui qui était à l’époque le Cardinal Bergoglio), outre les habituelles recommandations relatives à l’évangélisation, ils ont corrigé une formule relative à une réunion similaire à Medelin, en Colombie, en 1968. Au lieu d’ "une option préférentielle pour les pauvres" , ils ont rédigé "une option préférentielle et évangélique pour les pauvres".

La dimension du choix évangélique, souvent recommandé dans ce document, est la reconnaissance de la dévotion populaire et même du catholicisme familier. Les évêques à Aparacida ont eu profondément raison de faire ainsi.

J’ai sur la tablette de ma cheminée une statue de Sainte Barbara que j’ai apportée au Brésil il y a de nombreuses années. Des amis brésiliens me disent qu’elle représente la sainte catholique (elle tient le Calice sur sa poitrine et s’appuie sur une épée visiblement en forme de croix). Mais elle représente aussi un des orixàs africains, les dieux et déesses de Candomblé, qui sont un groupe assez flou. Ma Barbara est diversement soit Olokun, soit Iansã ou Oyà, et peut être que cela ne s’arrête pas là.

Je n’aurais pas une simple statue païenne dans ma maison. Mais celle-ci illustre une pratique habituelle et astucieuse des missionnaires catholiques. Les Jésuites qui ont converti les Iroquois et les Algonquins ont recherché et trouvé les rudiments des sacrements catholiques dans les coutumes indigènes, et sont partis de là. Même la magnifique image de Notre-Dame de Guadalupe a des points communs avec la Mère-déesse Méso-américaine Tonantzin.

C’est ce qui est connu comme étant l’inculturation, dans le meilleur sens du mot. Au lieu de réduire la foi à ce que les gens acceptent d’entendre, comme cela se fait trop souvent aujourd’hui, les plus sages des missionnaires ont tiré les spiritualités indigènes vers le catholicisme.

Quiconque a voyagé les yeux ouverts au Mexique ou en Amérique Centrale ou du Sud sait que le processus est loin d’être achevé, même 500 ans après que Christophe Colomb a mis le pied sur ces rivages. Mais l’Esprit souffle dans la bonne direction, et cela marche.

Je suppose que vous pouvez rejeter tout cela en l’appelant, ainsi que beaucoup d’autres coutumes, le "catholicisme populaire" et essayer de l’oublier, comme s’il était préférable de transformer la masse des catholiques dans le monde en stricts philosophes et théologiens. Mais votre mère ou votre grand-mère n’avaient pas de dévotion pour le Sacré-Cœur ou l’Immaculée Conception en raison de quelques théorie. Il y eut une époque où les Saints et les Saintes, et même Jésus et Marie, étaient traités comme des membres puissants de la famille, et en particulier Marie, car c’est bien connu qu’une "bonne" mère a le temps d’écouter - et aidera à transmettre le message à son Fils qui est si occupé.

Les Dogmes sont, bien entendu, aussi importants. Depuis Vatican II, les dévotions populaires se sont taries, et avec elles, beaucoup du catholicisme populaire. Certains théologiens que j’admire profondément - particulièrement le cardinal Ratzinger - estimaient ces anciennes dévotions tout en disant que parfois elles allaient trop loin, ce qui est certain.

Mais nous sommes maintenant dans une autre époque. Jean-Paul II était la grande figure mondiale qui a ramené le catholicisme sur la scène mondiale en tant que voix morale respectée. Benoît XVI était - et est - probablement l’homme vivant le plus profondément intelligent. Cependant aucun n’a vraiment été capable de renverser la marée culturelle qui continue d’envahir l’Eglise dans les pays développés.

Ici je vais user d’une référence exotique pour expliquer la vérité cruciale. Antonio Gramsci, le célèbre philosophe communiste italien durant la deuxième guerre mondiale, avait l’habitude d’aviser les marxistes les plus souples de regarder attentivement comment les jésuites ont mené la Contre-Réforme. Ils ont développé une cultura capillare, une culture capillaire, signifiant qu’elle atteignait chaque coin et recoin de la société. Comme telle, il était quasiment impossible de la déloger. Les communistes, pensait-il, devaient faire de même.

Par beaucoup d’aspects, c’est comme cela que nous avons conquis l’hégémonie libérale moderne, même dans de larges pans de l’Eglise catholique.

François n’est pas la figure charismatique qu’était Jean-Paul II, il n’est pas non plus un intellectuel comme Benoit XVI. Mais, comme ses paroles à Aparecida hier le montrent - et comme ses autres actions et paroles doivent être comprises - il agit dans une voie peu appréciée dans le monde développé, mais qui forme un modèle pour la foi et la pratique religieuse presque partout ailleurs. Le catholicisme populaire est le catholicisme. Comment une Église universelle pourrait elle être autrement ?

Comment ce catholicisme populaire peut-il s’accorder avec la dimension dogmatique nécessaire, bien sûr, cela demeure une grave question ? Ratzinger était à l’apogée de deux siècles d’érudition en théologie et en étude des Écritures - beaucoup d’entre elles ont pris un tournant malheureux. Il les remit sur le droit chemin.

Cela peut paraître improbable, mais il y a beaucoup de choses dans les écrits de Ratzinger qui prêchent sur le besoin d’un catholicisme populaire et il serait fructueux de les lire à la lumière des actions de François. Ils sont très différents, bien entendu. Mais c’est juste une zone où le catholicisme peut rapprocher et harmoniser les inculturations que, autrement, nous ne soupçonnerions pas être si proches.

Dans la présente situation, cela vaut au moins la peine d’essayer. François le croit, certainement.


Robert royal est éditeur en chef de "The Catholic Thing" et président de "The Faith & Reason institute" à Washington. Son livre le plus récent est " The God That Did Not Fail : How Religion Built and Sustain the West, maintenant disponible en "paperback" chez "Encounter Books".


Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2013/in-praise-of-popular-catholicism.html

Photo : Aparecida le 24 juillet 2013.

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