L’Église protestante unie de France

par le pasteur Alain Joly Église évangélique luthérienne de France, à Paris

mardi 5 juin 2012

Du 17 au 20 mai 2012, réunis à Belfort en assemblée commune, les synodes de l’Église évangélique luthérienne de France et de l’Église réformée de France ont approuvé une Constitution et des règlements qui régiront l’Église protestante unie de France à partir de mai 2013.

Engagées dans un processus d’union depuis 2007, ces deux Églises ne vont pas fusionner malgré la dissolution juridique de leurs associations cultuelles actuelles, créées en 1906 : elles forment une union qui permet aux deux entités ecclésiales de subsister au niveau local. Ainsi en Île-de-France, il y aura deux régions confessionnelles, l’une luthérienne, l’autre réformée, avec leurs paroisses distinctes, leurs liturgies et leurs catéchismes particuliers, et des dispositions d’administration propres à chaque tradition.
Les deux Églises sont issues de la Réformation du XVIe siècle.

L’Église évangélique luthérienne, membre de la Fédération luthérienne mondiale (plus de 70 millions de fidèles), reconnaît que les intuitions et les enseignements de Martin Luther (1483-1546), tels qu’ils sont contenus dans les Écrits symboliques, la Confession d’Augsbourg (1530) et ses Catéchismes notamment, sont l’expression fidèle de l’Évangile de Jésus-Christ. Sa liturgie, commune aux paroisses, atteste la foi professée par les Luthériens du monde entier. Elle compte environ 25 000 membres en France, en deux régions appelés Inspections ecclésiastiques de Paris et de Montbéliard. Elle a été séparée juridiquement des Inspections d’Alsace-Moselle en 1871 et rassemblent avec elles 250 000 croyants. À Paris, elle est l’héritière des chapelles des ambassadeurs de Suède et de Danemark, où le culte luthérien était autorisé par le roi de France, jusqu’à la création, par Napoléon Ier, d’un Consistoire luthérien français en 1808 et son installation dans l’église des Carmes-Billettes, d’où elle a essaimé ensuite, y compris par son oeuvre d’évangélisation envers les migrants d’origine allemande à Lyon et à Nice.

L’Église réformée de France s’est constituée en 1938 en réunissant des communautés protestantes jusque-là indépendantes et remontant à celles des XVIe et XVIIe siècles, soumises à l’Édit de Nantes puis à sa Révocation en 1685. Persécutées et clandestines jusqu’à la Révolution, elles prendront leur essor au XIXe siècle, dès le Consulat. Elles sont réparties sur tout le territoire français et comptent aujourd’hui environ 300 000 membres. Elles se fondent sur l’esprit de la Réforme de Jean Calvin (1509-1564) et la Confession de foi de La Rochelle, mais relativisent ces références, d’où leur dénomination « réformée  », posant le principe que l’Église doit toujours se réformer.

Quelques différences de structure ecclésiale (le ministère épiscopal personnel ou collectif), de compréhension de l’ordination pastorale (beaucoup de réformés récusent ce terme et parlent d’une réalité de reconnaissance de ministère, une fonction temporaire, alors que les luthériens ordonnent à vie leurs pasteurs), des sacrements (baptême et eucharistie ne sont pas compris d’égale façon, ni non plus la confirmation), et du statut de l’Écriture sainte (le courant libéral réformé a remis en question bien des affirmations de la Bible) autorisent à penser que ces deux Églises ne sont pas systématiquement en pleine communion.

Avec les Églises baptistes et anglicanes-épiscopaliennes, elles font partie des communautés chrétiennes qui se sont séparées de Rome au XVIe siècle, manifestant ainsi leur volonté de restaurer la prédication de l’Évangile après avoir considéré que le Pape de ce temps n’en était plus, à leurs yeux, le garant fidèle. La grande déchirure de la chrétienté occidentale demeure aujourd’hui, mais des signes sont posés désormais d’une réconciliation possible, au niveau international, comme la Déclaration commune sur la Justification par la foi, signée en 1999 par l’Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale. Entre la plupart des Églises protestantes d’Europe, des accords de reconnaissance mutuelle de l’Église de Jésus-Christ ont été conclus.

La Concorde de Leuenberg, de 1973, en est non seulement l’une des illustrations, mais c’est elle qui est invoquée comme base de l’Église unie nouvellement créée en France. On remarquera cependant que d’autres Églises revendiquent le qualificatif de protestant, qu’elles soient ou non signataires de Leuenberg. L’une des limites du processus en cours est précisément que seuls les Luthériens et Réformés constituent aujourd’hui cette Église protestante, accaparant pour elles seules la dénomination plus large dans laquelle se retrouvent d’autres Réformés (qui n’ont pas voulu de l’Union de 1938), des baptistes et des évangéliques, dont la plupart sont en relation et partenariat dans le cadre de la Fédération protestante de France. Pour éviter l’ambiguïté vis-à-vis de ces communautés également sœurs, et pour marquer aussi l’accueil réciproque des deux Églises sans confusion, le sous-titre de la nouvelle entité se décline en Communion luthérienne et réformée. Cette réalité n’est cependant pas tout à fait claire encore, puisque l’essentiel des travaux à ce jour a été d’examiner les questions institutionnelles et administratives au détriment des questions théologiques de fond.

Personnellement je regrette beaucoup qu’on n’ait pas voulu d’abord vérifier la compatibilité des doctrines et des expériences de foi, les reportant soit à des travaux futurs, soit à l’antériorité de la Concorde de Leuenberg jugée alors suffisante pour créer l’union. Mais la Concorde est trop générique et, quoiqu’elle ouvre la possibilité de dialogues nécessaires, elle ne permet pas de faire droit aux compréhensions différentes, parfois divergentes, entre les Églises. Se contenter de références à l’autorité de l’Écriture sainte, sans en préciser les enjeux d’exégèse pour la théologie de l’Église, et à la reconnaissance des sacrements du baptême et de la Cène, sans expliciter leur nature ni celle des ministres ordonnés, laissant finalement à chaque confession ses positionnements et ses options, ne peut pas, pour l’instant, bâtir solidement la communion. Un travail important attend donc les deux Églises si elles veulent espérer la pérennité de leur union. Ou bien elles parviennent à l’uniformité, et on devine que c’est la majorité réformée qui l’emportera en noyant progressivement la minorité luthérienne, ou bien elles s’engagent au dynamisme des consensus différenciés, seul modèle capable d’unir sur l’essentiel, et de maintenir la diversité qui ne contredit pas l’essentiel. À l’exemple de la Déclaration commune sur le Justification, nos Églises devraient trouver plus avant le chemin des consensus sur les vérités fondamentales, celles-là qui disent, fondées sur la Parole de Dieu, le témoignage de la foi, en même temps que sont légitimes les différences de formulations et d’expériences, celles-là qui disent la réception historique et vivante des réalités de la foi. Cela conduirait en outre à ne pas perdre de vue l’enjeu bien supérieur à celui-ci, qui est l’œcuménisme, la recherche de l’Unité de toute l’Église, et l’évangélisation du monde, comme nous y presse toujours la Parole de Dieu.

http://www.eglise-protestante-unie.fr/

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