Kiss-in et autres provocations antichrétiennes. Comment répondre ?

par Tugdual Derville

vendredi 11 juin 2010

Le niveau des provocations anti-chrétiennes monte. Bien sûr, il n’a rien à voir avec la violence de l’épisode anticlérical de la France du début du siècle dernier, ni avec les persécutions que certains chrétiens endurent aujourd’hui à l’autre bout du monde, sans parler des martyrs de tous les temps. Mais il met les nerfs de certains fidèles à rude épreuve. Des personnes homosexuelles s’embrassent sur la bouche sur le parvis des cathédrales : ces « kiss-in  » protestataires, à la fois impudiques, provocateurs et désespérés, entendent forcer l’Église à bénir la relation homosexuelle. Il y a aussi la mobilisation de groupuscules, se prétendant « antifascistes », contre des marches, des prières ou des conférences pour la vie. Même si la mobilisation antichrétienne est ultra-minoritaire, le climat général, sur fond de scandale touchant l’Église, est à la lapidation médiatique.

Comment réagir ? « Faut-il frapper du glaive ? » (Luc 22, 49). C’est la question que posent les disciples quand pointe la persécution.

Toute colère mérite d’être accueillie et méditée. Il s’agit d’en comprendre les racines pour en canaliser l’expression. Nos agresseurs se dévoilent, mais notre réponse révèle tout autant le secret des cœurs. Le généreux mais fougueux Pierre ne supportait pas l’idée de voir son Messie innocent arrêté et exécuté. À l’annonce de la Passion, son refus de cette perspective de défaite humaine entraîne une réplique très vive de Jésus : « Passe derrière moi Satan !  » (Matthieu 16, 23). Un peu plus tard, la riposte tranchante du même Pierre au Jardin des Oliviers, entraînera une autre admonestation du Seigneur : « Rengaine ton glaive  ! Tous ceux qui prendront le glaive périront par le glaive » (Matthieu 26, 52). Et de guérir le serviteur du Grand Prêtre que le premier pape venait d’amputer d’une oreille. Il faut faire le rapprochement entre le passage à l’acte violent du chef des apôtres et le reniement qui suivit : Pierre est dépité. Comme il nous est difficile d’accueillir la logique de l’Évangile, cet humiliant «  qui-perd-gagne » ! Autant aimons-nous proclamer la fécondité du sang des martyrs d’autrefois – dont celui du premier pape – autant il nous est pénible de voir aujourd’hui l’Église traînée dans la boue.

Bref, les brebis qui subissent tous ces évènements ont besoin d’être rassurées et orientées par leurs pasteurs. L’enjeu est essentiel car c’est au creuset de l’épreuve qu’on vérifie l’or de la foi. C’est quand nous sommes agressés que se manifeste avec le plus d’éclat l’authenticité du message stupéfiant de l’Évangile  : aucune compromission avec le mal (aucun masochisme donc, à l’image du Crucifié et son Saint-Esprit), et en même temps un témoignage authentique d’humilité et de douceur. La non-violence bienveillante est susceptible d’ouvrir les cœurs les plus endurcis : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (Marc 15, 39) professe le centurion témoin de l’agonie et de la mort de Jésus. Premier martyr, Étienne suivra l’exemple du Maître avec la même exigence de vérité et de miséricorde.

Nous devons donc bien mesurer le risque des colères nombrilistes qui nous étranglent. Jésus en a averti Pierre : la violence appelle trop souvent la violence. Et tout l’enjeu de l’Évangile est justement d’arrêter ce cercle infernal. La vraie victoire sur le mal vient de la miséricorde.

Trois étapes sont sans doute nécessaires pour ajuster son attitude face aux agressions ou provocations.

- Pour commencer, mesurer la portée des attaques. Jusqu’à endurer intérieurement leur caractère blasphématoire. Récemment, des membres de l’Alliance pour les Droits de la Vie, confrontés aux slogans des groupes anarchistes qui voulaient nous faire taire, ont confié avoir mis plusieurs jours à se remettre de l’extrême brutalité de ce qu’ils ont entendu hurler sur la vie, l’Église, et le Seigneur.

- Ensuite, bien comprendre que ces attaques visent toujours la Croix : jusqu’à reconnaître que nous en sommes complices, par notre propre péché et que c’est Jésus, et non pas nous, qui les subit innocemment. De quoi nous prémunir contre tout esprit de supériorité vis-à-vis des agresseurs de l’Église.

- Et enfin, seulement, se laisser appeler. Appeler à quoi ? Beaucoup au silence, quelques-uns à la parole. Beaucoup à la douceur, quelques uns, peut-être, à la sainte colère, une colère puisée dans le cœur de Jésus et non dans nos impulsions personnelles. Rappelons-nous que Moïse a connu la colère malsaine et meurtrière : écœuré par l’injustice subie par son Peuple, il a tué un Égyptien avant de fuir, puis quarante ans plus tard, d’être envoyé, contre son gré, régler le même problème, avec Dieu cette fois…

À l’école d’un Maximilien Kolbe ou d’une Mère Teresa, nous mesurons la force de l’absolue non-violence. En s’abstenant de regarder la femme adultère que les manifestants tuent déjà du regard, Jésus s’abstrait même de la scène de lynchage. Il dessine dans le sable. Il se montre absent ! Le regard, ce moyen du monde serait, en la circonstance, violent et impudique.

La non-violence n’interdit aucunement une action en justice voire l’emploi de la force pour protéger les faibles. Mais prétendre défendre ses convictions par la force, ou la virulence verbale voire par une présence impudique relève plus certainement du contre-témoignage. Le critère numéro un de l’action ajustée est la paix intérieure.

Messages

  • L’Islande, seul pays au monde dont le chef de gouvernement soit ouvertement homosexuel, a adopté vendredi à l’unanimité une loi autorisant les personnes de même sexe à se marier.

    Les 49 membres de l’Althing (parlement) se sont prononcés en faveur d’un texte de loi qui étend le champ d’application du mariage aux unions entre "homme et homme, femme et femme".

    Voir en ligne : Le mariage gay autorisé en Islande

  • L’importance de la prière oui, mais aussi parfois de sa visibilité. Bravo à ceux qui étaient à Lyon devant le parvis.
    voir un témoignage d’un de ceux qui étaient en face présent sur le terrain.

    http://e-deo.typepad.fr/mon_weblog/2010/06/un-gay-militant-pendant-plus-dune-heure-les-jeunes-catholiques-pri%C3%A8rent-et-chant%C3%A8rent-leur-dieu-%C3%A0-ge.html

  • Tugdual.
    En soit, je comprends donc que vous considérez que faire un chapelet pour empêcher la profanation de st Jean est un acte violent. c’est là que je ne suis pas d’accord avec vous et remercie donc ceux qui y ont été.
    Par contre, la présence violente a été effectivement celle des 4 hommes, en noir, poings et bras levés. là, je suis d’accord avec vous. mais ils ont été 4 sur une petite centaine...
    Ces 4 hommes auraient dû être écartés pour montrer la centaine priant notre Seigneur, calmement, faiblement face à Dieu, mais fermement face aux profanations.

  • La réponse de Tudgual Derville, comme celle de Gérard Leclerc sont oh combien fondées mais, je voudrais le souligner, insuffisantes.
    Tant que les catholiques ne se seront pas attelés à une réflexion critique sur la crise de la démocratie libérale et sur la crise de la liberté qui caractérisent notre époque libertaire, ils ne disposeront pas des outils indispensables pour poser une réponse civique et pas seulement spirituelle.
    Et l’on courra le risque de dériver dans des fausses réponses idéologiques ou dans une mauvaise théologie politique (du genre : rêve de restauration de l’Etat chrétien),sans parvenir à canaliser l’énergie des jeunes.

    Le problème, c’est que l’Eglise en France n’a ni la volonté ni les moyens d’accomplir cette mission de réensemencement culturel inséparable de la nouvelle évangélisation. Ni la volonté, parce qu’une partie du presbytérium de nos diocèses est fossilisée dans une conception du politique qui n’a pas évolué depuis les années 60, et parce que nos évêques sont eux-mêmes divisés et préfèrent "faire l’impasse" : on s’en tient trop souvent à la doctrine Dagens (ne rien voir, ne rien dire, ne rien faire - quand ce n’est pas collaborer : par exemple en laissant le Planning familial entrer dans les écoles cathos). Ni les moyens, car les clercs sont accablés par les tâches pastorales et n’ont plus le temps de lire et de penser quand ils ne sont pas, pour une partie d’entre eux, en rébellion plus ou moins ouverte avec les enseignements de Rome (voir FC de cette semaine, point de conversion n° 3 proposé aux prêtres par Sr Briege, p.20). Enfin, le terreau intellectuel catholique est appauvri, conséquence inévitable de la crise démographique qui frappe l’Eglise.

    Le vrai problème de l’Eglise, ce ne sont pas les contre-manifestants qui disjonctent face aux provocations libertaires, il est dans l’Eglise de France elle-même qui ne se donne pas les moyens d’une vraie et féconde résistance évangélique. Et ce ne sont pas les conférences des Bernardins, une initiative heureuse mais terriblement parisienne, qui suffira à changer la situation.

    C’est bien ce que nous vivons à Bordeaux : face à un clergé largement dans l’immobilisme, un "kyste" tradi d’autant plus résistant qu’il trouve dans le milieu ecclésial local une confirmation à ses récriminations.
    Face à face stérile et complètement dépassé...Il est à craindre qu’on doive attendre l’effacement de la "génération 68" qui ne bougera plus de ses certitudes pourtant démenties par l’histoire (clercs de la soixantaine).

    Philippe Pouzoulet
    Bordeaux

  • Bonne réflexion de Philippe Pouzoulet

  • Excellent, merci. Au fond la même analyse que Patrice de Plunkett, exprimée autrement. On ne défend pas l’Eglise sans demander son avis à l’Eglise.

  • Mt 6:5-" Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu’on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.

    Mt 6:6- Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

    Ne faisons pas de la prière un moyen de lutte...publique.

    En Mt, Jésus nous prévient contre toute tentation d’exhibitionnisme.

    Il ne faut pas confondre les moyens de la lutte politique et ceux de la foi.

    A lyon, il suffisait que 1000 chrétiens viennent occuper le parvis de St Jean à l’heure de la "manif" des GLBT, un simple occupation d’espace sans nulle ostentation, pas besoin de marquer une opposition explicite, simplement un rapport de force pacifique et une opposition implicite en ne laissant pas l’espace libre au GLBT.

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