«  Jésus, de Nazareth à Jérusalem  » : Obispo/Barratier, un tandem inspiré

par Aymeric NOLLÉ

jeudi 19 octobre 2017

Mardi 17 octobre, au Palais des Sports de la Porte de Versailles, la fresque musicale Jésus, de Nazareth à Jérusalem, promise à grand renfort d’affiches, arrivait comme le Messie ! Sans faire salle comble, l’affluence dénotait un réel engouement. Parmi les invités à cette première, toute la «   cathosphère  » médiatique ainsi que force «  cols romains  » d’emblée acquis à la cause, mais curieux de voir la forme qu’elle prendrait au final.

Le CD du spectacle (Sonymusic), sorti à la mi-juin 2017, laissait planer quelques doutes sur l’orthodoxie du message (FC n°3547) ! La standing-ovation finale du spectacle prouvait assez que le défi était relevé avec panache, grâce notamment au livret et à la mise en scène de Christophe Barratier, l’auteur des Choristes !

A l’invitation de Mike Massy, le chanteur libanais qui incarne le Christ dans ce musical, ils sont montés sur scène tous les deux pour rejoindre la troupe de quelque 45 comédiens : Pascal Obispo, à l’origine de l’aventure, auteur des mélodies, et Christophe Barratier, qui a brossé cette fresque et l’a mise en forme. Grâce à lui, oubliée la parenthèse d’Adam et Ève la deuxième chance produite en 2012. Le savoir-faire et le savoir-écrire de Ch. Barratier ont permis à P. Obispo de renouer avec la veine des Dix Commandements conçus avec Élie Chouraqui (en 2000), lui aussi garant de la rectitude du message. Si son adaptation se permet certaines libertés vis-à-vis de l’Évangile, elles sont péchés véniels au regard de l’ensemble qui fait de ce musical un moyen populaire d’évangélisation.

L’usage de la vidéo projection permet au spectacle de s’ouvrir sur un tsunami d’orage et d’éclairs, dont soudain émergent trois croix dressées au sommet du Golgotha. Puis, elle nous entraîne dans le désert de Judée où Jean le Baptiste invective les émissaires des grands prêtres envoyés pour le faire taire. Point de vêtement hirsute en poils de chameau (Mc 1, 6) mais la vigueur du précurseur tançant les pharisiens et encourageant Jésus à «  demander un signe  » venu du ciel… Une colombe traverse le ciel de Judée qui fond en eau tout aussitôt. Un vieillard auprès d’un feu invite benoîtement Jésus qui jeûne depuis «  quarante jours et quarante nuits  » à partager son repas. Entre alors une nuée de faunes et de jeunes filles vêtues de blanc et couronnées de fleurs qui assaillent de leurs charmes lascifs le Nazôréen. Afin de repousser leurs assauts, Jésus ne chante plus (comme c’était le cas sur la première édition du CD) «  le mal c’est tout ce que je combats à l’intérieur de moi  » mais dorénavant «  à l’intérieur de toi  » à l’adresse de Satan, heureuse modification qui change tout théologiquement parlant !

Les tableaux se succèdent : le ba­teau sur le lac, les filets vides et les paniers d’osier qui volent de main en main ouvrant la voie à l’arrivée du Rabbi découvert par Jacques et Jean auprès du Baptiste. Sur son ordre, Pierre, quoique désabusé, embarque à nouveau pour une pêche miraculeuse qui va changer sa destinée et le faire «  pêcheur d’hommes  »…

Sur la place du marché, joyeuse ambiance quand, tout-à-coup, surviennent deux serviteurs des grands prêtres venus inspecter la Galilée qui se soulève. Ils jettent à terre une femme en cheveux vêtue de voiles rouges ! Le Christ prend alors une grosse pierre et la propose à chacun tour à tour, et même au public qui se tasse aussitôt dans son fauteuil ! «  Que celui qui n’a jamais péché (...) s’il est sincère, lui jette la première pierre  » chante Mike Massy. Ch. Barratier n’hésite pas à faire de cette femme arrachée à la lapidation, une Marie-Madeleine éperdue d’amour pour son sauveur. C’est s’avancer beaucoup même si une tradition séculaire, aujourd’hui contestée, pourrait lui donner raison (Mgr Jean Joseph Gaume, Biographies évangéliques B, p. 356). Elle peut alors chanter, sans pour autant verser dans la thèse du Da Vinci Code popularisée par Dan Brown : «  Toi qui nous a appris l’amour ne veux-tu pas un jour le vivre dans mes bras.  » Après tout il faut faire du chemin pour passer de la chair à l’Esprit ! On lui pardonne d’ailleurs aisément eu égard à la voix prodigieuse de Crys Nammour, Libanaise d’origine elle aussi, dont les aigus modulés sont envoûtants comme un chant d’oiseau.

Avec Marie, qu’incarne Anne Sila, finaliste de «  The Voice  », elles campent toutes les deux des figures féminines d’une rare intensité dramatique laquelle fait un peu défaut à Mike Massy, même à Gethsémani. On le souhaiterait parfois plus incarné.

Tous les tableaux s’enchaînent, rythmés, servis par des décors soucieux de restituer les couleurs et les usages du judaïsme, tels que transmis par les Évangiles. Toutes les chorégraphies sont réglées avec ce même souci d’originalité dans la fidélité et l’économie de moyens. Sans doute les rameaux qui virevoltent au-dessus des têtes sont-ils un peu courts, mais l’ingéniosité de Ch. Barratier ne se dément jamais d’un bout à l’autre du spectacle, de la confrontation de Pilate avec Caïphe, à la Sainte Cène, à la montée au Golgotha, au parallèle entre la trahison de Pierre et celle de Judas, au final évoquant la résurrection, sans la montrer… « Ce que nous avons reçu, ce n’était que le début (...) un nouveau commencement, rien ne sera plus jamais comme avant. C’est à nous de porter le chant de nouveaux commencements  » chantent Marie de Magdala avec Jean et la Vierge Marie. On ne saurait mieux dire…Un tel envoi nous oblige ! Le public est debout pour accueillir le final dans une joyeuse communion. Plus qu’à une fresque, il vient d’assister à une chanson de geste qui n’en est encore qu’à ses commencements ! Barratier a sauvé le Jésus d’Obispo !

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http://www.parismatch.com/Culture/Spectacles/Pascal-Obispo-fait-chanter-Jesus-1373582

http://www.eglise.catholique.fr/actualites/447898-447898/

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