Je suis troublé avec vous tous

par Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen

samedi 9 mars 2019

Le cardinal Philippe Barbarin vient d’être condamné pour « non-dénonciation de mauvais traitements envers un mineur ». Je ne commente pas cette décision de justice. Elle s’ajoute à d’autres révélations et condamnations de prêtres, d’évêques, de religieux ou religieuses qui ont abusé d’enfants ou de personnes fragiles, crimes terribles. En raison même des processus psychologiques, on peut penser que les victimes n’ont pas toutes parlé. À cela se sont ajoutés des comportements de la hiérarchie et des proches des victimes qui ont étouffé des paroles.

Il y a de quoi être troublé. Je le suis avec vous tous. Nous apprenons de Jésus qu’il n’y a pas d’impasse pour les pécheurs. Nous découvrons des péchés graves, aggravés parce qu’ils ont été cachés. Le chemin passe par l’acceptation de notre péché. Je n’imaginais pas à quel point il y a de la pourriture au sein de notre Église catholique. Est-ce par aveuglement ou par orgueil ? Est-ce par protection plus ou moins consciente de l’Église ou des personnes ? Je ne sais pas répondre. Je m’examine moi-même, et chacun a sans doute sa réponse. En tous les cas, nous avons maintenant à accueillir la lumière qui éclaire ces ténèbres.

Notre espérance n’en est pas moins grande. Par avance, Jésus a interrogé l’Église qui critique si facilement la société : « Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? » (Mt 7,3). Chacun peut accueillir cette question, surtout au temps du carême. Accueillir humblement la question est déjà chemin de salut.

Combien de temps encore cette purification va-t-elle durer ? Je n’ai pas de réponse.

Je demande seulement au Seigneur de ne pas nous tenter au-delà de nos forces, comme il l’a promis. Je le supplie aussi de regarder tout le bien que nos communautés avec leurs prêtres, leurs religieux et religieuses, leur évêque font en vivant l’Évangile.

Oui, Jésus continue de dire à son Église comme à Pierre : « Arrière Satan, tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu » (Mt 16, 23) et de l’interroger « Pierre, m’aimes-tu ? » (Jn 21, 15) pour lui redonner sa confiance. Oui Jésus continue de nous « faire de vifs reproches » (Mc 8, 32) en nous disant aussi : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15).

Puisse le carême être vraiment un temps favorable.

Avec beaucoup d’amitié et en communion.

Messages

  • L’église est au centre d’une forme de tsunami sexuel qui a été récemment médiatisé par le film « Grace à Dieu », un reportage sur ARTE concernant l’abus sexuels sur des religieuses et le procès de Monseigneur Barbarin Primat des Gaules. Pour les catholiques c’est un moment de sidération. Pour l’athéisme militant c’est une démonstration que l’église catholique est bien l’opium du peuple.
    Des voix rappellent que la pédophilie, le viol, les contraintes sexuels ne sont pas des actes propres au clergé de l’église catholique. Mais cette évidence ne peut pas dédouaner l’église de chercher, dans son organisation et son message dogmatique, ce qui rend possible, voire ce qui favorise ces dérives.
    Le Pape François a fait un pas important qui est de reconnaître la détresse des victimes et l’obligation de s’en rapporter à la loi des hommes. Mais pour autant le problème est-il résolu ? Je ne le pense pas.
    L’église catholique s’estime porteuse d’un message, d’une loi sur tout ce qui touche au sexe. Mais sa doctrine, son message sur le sujet sont-ils paroles de Dieu ou tout simplement la parole d’une organisation humaine qui voit dans la sexualité une force dangereuse pour l’institution qu’il faut canaliser voire réprimer.
    Comment est-on passé de l’évangile à des normes morales qui régentent la sexualité et dans quel but ? Comment en est-on arrivé à ce que l’église soit intransigeante sur l’avortement et découvrir que des prêtres, ont pu proposer à des religieuses d’avorter (documentaire d’Arte). Certain y voit l’œuvre de Satan belle tentative d’explication ! Car cela démontre surtout que la manière dont l’église régente la sexualité est plus source de difficultés voire de malheurs qu’une référence morale permettant l’épanouissement des hommes et des femmes.
    Il faut donc et c’est certainement un pas difficile à franchir, que l’église renonce à une grande partie de sa doctrine envers la sexualité en prenant conscience que si Dieu tente de nous dire quelque chose au sujet de la sexualité c’est de savoir la vivre comme une force positive dans le respect des personnes et non la refouler voire la brider.
    Un deuxième thème émerge de la situation actuelle. Autant l’accent est mis sur la problématique du célibat des prêtres autant on est silencieux sur le vœux d’obéissance, qui de mon point de vue, participe à la situation actuelle. Face à des actes inadmissibles, ce vœux renforce la parole de la hiérarchie qui comme toute organisation cherche à minorer voire à cacher de tels actes ou du moins à les traiter dans le cadre de sa propre loi sans que la loi des hommes soit concernée.
    Que n’a t on pas dit quand des responsables Nazi ont utilisé comme défense le fait qu’ils avaient obéi aux ordres ! Le vœux d’obéissance est un vrai scandale. c’est s’en remettre totalement, à son supérieur et ainsi renoncer à sa liberté de conscience. De quel droit l’église peut-elle demander un tel vœux ?.
    Pour conclure, L’église ne pourra pas faire l’économie d’abandonner une partie de son message dogmatique sur la sexualité et de remettre en cause les vœux de chasteté et d’obéissance comme exigences à tout engagement sacerdotal.

  • Mgr Dominique Lebrun est-il conscient que le sens le plus clair de son texte (car la langue de buis demande toujours un peu d’exégèse) est qu’il assimile le Cardinal Barbarin aux clercs criminels qui ont été condamnés à juste titre pour des crimes réels ?
    S’il en est ainsi (espérons que d’autres exégèses puissent montrer le contraire), cette lettre de Mgr Lebrun est obscène. Le Cardinal Barbarin est en effet innocent (comme l’a relevé le procureur de la république) et la sentence portée contre lui est manifestement un acte hostile (il faut lire le motif pour lequel il a été condamné afin de mesurer l’hypocrisie de ses juges). Aussi, qu’un frère évêque lance publiquement un tel amalgame apparaît et comme une injustice et comme un manque patent de communion ecclésiastique.

  • En réponse à Anh, on ne peut, en effet, qu’entendre dans la tonalité du texte de Mgr. Lebrun une désagréable ambiguïté dans son refus de "commenter" la décision de justice tout en déplorant qu’elle "s’ajoute à d’autres révélations et condamnations de prêtres".
    Disons-le nettement, on a le sentiment que pour beaucoup de catholiques la chute du Cdl Barbarin relève à la fois de la catharsis et du bouc-émissaire. Et que cette chute est somme toute nécessaire pour purifier l’ensemble du Corps.
    Certains éditoriaux chrétiens n’hésitant pas à illustrer leurs articles avec des photos volontairement peu flatteuses Mgr Barbarin, ce qui est proprement choquant.
    Avec les éléments dont on dispose il est difficile de juger précisément la responsabilité de Mgr Barbarin, sans doute a-t-il des torts mais lesquels exactement ?
    Les drames sont réels, les victimes le sont aussi, et il est temps de parler, mais n’oublions pas pour autant le cœur de l’Évangile qui est la miséricorde, soit l’amour dans la vérité.
    Et il concerne également Mgr Barbarin.
    Or, ce qui apparaît aujourd’hui ressemble terriblement à la violence mimétique théorisée par René Girard, un seul est désigné et tous ensemble éprouvent un salutaire soulagement de livrer le fautif à la justice.

    Et le texte de Mgr Lebrun qui "n’imaginait pas à quel point il y a de la pourriture au sein de notre Église catholique", pourrait bien, "avec beaucoup d’amitié et en communion", participer d’un désir obscur de se tenir à l’écart, ou au-dessus, de ces honteuses réalités qui ne concernent heureusement pas "tout le bien que nos communautés avec leurs prêtres, leurs religieux et religieuses, leur évêque font en vivant l’Évangile".

    Nous avons bien compris que Mgr Lebrun ne dira pas : "Je suis Philippe Barbarin".

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