Traduit par Pierre

Je suis allé à confesse, je n’avais pas le choix.

par Francis J. Beckwith

vendredi 27 avril 2012

Ce dimanche, cela fera cinq ans depuis le 29 avril 2007, jour où j’ai été accueilli au sein de l’Église catholique à la paroisse Saint-Joseph à Belmead, Texas. Mon épouse Frankie à mon côté, nous étions face au Père Timothy Vaverek, qui présidait la brève cérémonie entre l’homélie et la récitation du Credo lors de la messe dominicale. Frankie était là en tant que catéchumène, car contrairement à mon cas, elle n’avait pas été baptisée puis confirmée dans sa jeunesse.

Frankie était pressée de devenir catholique, et elle trouvait injuste que nous, les brebis égarées et revenues, puissions bénéficier d’un raccourci. Je n’avais qu’à recevoir le sacrement de pénitence. Heureusement pour elle, le Père Timothy lui a donné un cours particulier de catéchuménat à grande vitesse conclu par son admission au mois d’août suivant.

Lorsque je me suis confessé le 28 avril en l’église St-Jérome à Waco, c’était la première fois depuis plus de trente ans que je me soumettais à ce sacrement. Mon jeune frère James m’avait envoyé un courriel dans la semaine, proposant de m’aider à récapituler mes péchés. Entré dans le confessionnal je m’assis devant le Père Rakshaganathan Selvaraj (alias "Père Raj"), fermai les yeux, fis le signe de Croix, et dis : « Pardonnez-moi, mon Père, car j’ai péché. Voici plus de trente ans que je ne me suis pas confessé. Je ne suis pas certain de me rappeler tous mes péchés. » Le Père Raj, avec son accent rugueux de l’Inde me répondit : « C’est bon, Dieu les connaît tous. » Ma réponse du tac au tac : « J’en avais bien peur. » Le Père Raj a alors entendu ma confession, puis m’a accordé l’absolution. Ma pénitence, si ma mémoire est bonne, un Notre Père et un Je Vous salue Marie. Quand je l’ai raconté à Frankie, elle a trouvé que je m’en sortais plutôt bien. Elle avait raison, elle connaissait mes péchés.

Après notre décision de devenir catholiques nous avons pris conseil auprès d’amis de confiance. À l’époque je présidais la "Société Théologique Évangélique", association de Protestants, spécialistes de la Bible, théologiens, philosophes, historiens et pasteurs qui, en 2007, comptait près de 4500 membres. C’est pourquoi nous avons décidé d’abord de repousser notre entrée dans l’Église à l’issue de mon mandat, qui se terminait en novembre 2007.

Nos amis protestants pensaient que c’était sage, et nous conseillèrent de rester discrets jusqu’en novembre. Nos amis catholiques pensaient autrement. Ils craignaient que la nouvelle ne s’ébruite et cause un scandale. Ils me suggérèrent d’annoncer de suite notre projet pour après ma présidence. Ne sachant quel conseil était le plus sage, nous nous sommes mis à prier.

Deux semaines plus tard, nous prenions, ma femme et moi, le petit déjeuner chez mes parents à Washington. Nous étions venus à l’occasion du mariage d’un cousin, Jimmy Scafiani. Mon portable se mit à sonner. C’était mon neveu Dean, 16 ans, fils ainé de mon frère James. Dean me demandait d’être son parrain de confirmation. Quelques mois plus tôt, la maman de Dean avait demandé à ses tantes, oncles, grand-parents, d’écrire à Dean, lui expliquant pourquoi il devrait recevoir le sacrement de confirmation.

Bien qu’étant protestant à l’époque où j’écrivais ma lettre (tout en évoluant visiblement en direction de Rome, mais pas encore tout-à-fait), je voyais la confirmation comme une façon pour un catholique de proclamer son allégeance à Jésus-Christ. J’ai pris cette rédaction très au sérieux. Quelques années plus tôt, Dean alors âgé de douze ans se débattait devant l’existence de Dieu et la cohérence rationnelle de la foi chrétienne. Il me fallait, je le savais bien, écrire une lettre sollicitant à la fois son cœur et son esprit.

J’ai commencé par lui dire que Jésus-Christ était le type le plus extraordinaire qui ait jamais vécu. Puis je lui expliquai le vaste domaine soumis à son influence, et à l’influence de ses disciples — littérature, art, sciences, droit, médecine, philosophie, théologie, politique. Et je dis à Dean qu’en mettant sa confiance dans le Christ, il adoptait une riche tradition intellectuellement et spirituellement sans égale dans l’Histoire de l’humanité.
Ce matin-là, quand il m’appela il me dit que c’était ma lettre qui l’avait finalement persuadé de recevoir le sacrement. Écartant le téléphone, je me tournai vers Frankie pour lui dire : « Je pense avoir la réponse à notre prière. » La confirmation de Dean aurait lieu dans quatre semaines, et je ne pourrais être son parrain sans être en pleine union avec l’Église. Huit jours plus tard, le 28 avril, j’entrais dans le confessionnal. Et le lendemain j’étais publiquement accueilli dans le giron de l’Église.

Ce soir-là, j’écrivis aux membres du comité exécutif de la "Société Théologique Évangélique" pour leur dire ce que j’avais fait. Cependant je leur assurai que je pourrais conserver la présidence de la "Société Théologique Évangélique" puisque rien dans ses statuts ne pouvait être rejeté par un catholique. J’étais bien naïf de croire que c’était possible. Huit jours plus tard, je remettais ma démission, réalisant que je ne pouvais conserver la présidence de la "Société Théologique Évangélique" sans être cause de scandale.

Quand j’ai été élu à la présidence de la "Société Théologique Évangélique" je ne pouvais imaginer que je reviendrais dans l’Église moins de six mois plus tard. À dire vrai, je me rapprochais déjà de l’Église au cours de la dernière décennie, mais je butais encore sur certains points, persuadé de ne pas pouvoir les surmonter. Erreur ! En quelques mois les obstacles se sont envolés à une vitesse phénoménale. Les écailles sont tombées de mes yeux.

Alors, je suis allé à confesse, je n’avais pas le choix.

Francis J. Beckwith

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Gravure : La descente de l’Esprit Saint - Gustave Doré, 1865

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Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2012/then-i-confessed-i-can-do-no-other.html

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