Traduit par Vincent de L.

Introduction au Projet Catholique

par Stephen P. White

lundi 12 août 2019

L’Université Catholique d’Amérique (Catholic University of America – CUA) tient une place unique dans le paysage catholique américain. C’est l’université officielle de l’Église catholique aux États-Unis, l’« université des évêques », qui héberge trois facultés ecclésiastiques, comprenant l’unique école de droit canon du pays. Une multitude de prêtres – et beaucoup d’évêques – ont étudié à la CUA depuis sa fondation en 1887.

L’université occupe également un espace unique dans la capitale du pays, de l’autre côté de la rue de l’USCCB (la Conférence des évêques des USA, ndt), à côté du sanctuaire national St Jean-Paul II, à l’ombre de la basilique du sanctuaire national de l’Immaculée Conception.

Aussi, lorsque la version actuelle du scandale des abus sexuels a éclaté l’été dernier - avec son épicentre à Washington, D.C. -, il était simplement normal que l’Université Catholique d’Amérique se mobilisât pour apporter une réponse coordonnée et concertée. Cet effort, sous la direction du président John Garvey, est devenu ce que l’on appelle maintenant le Projet Catholique (des informations complémentaires en cliquant sur ce lien). J’ai été embarqué en février dans ce projet pour y servir comme directeur exécutif.

Il n’est pas difficile de faire comprendre aux gens le besoin de quelque chose comme le Projet Catholique. L’urgence au sein des fidèles, la colère, la frustration et le sentiment de trahison sont tous palpables. Il n’est nul besoin de vendre l’importance d’une réponse forte et fidèle à la crise actuelle. Et peu de gens ont besoin d’être convaincus que la marche à suivre exigera à la fois une direction laïque et un respect proprement ecclésial pour le rôle irremplaçable du clergé et, en particulier, des évêques.

Mais si chacun s’accorde sur le fait que l’Église est en crise, il y a moins d’accord sur la véritable nature de la crise, ce qui l’a causée et comment la résoudre. L’agitation qui a suivi la parution de la récente lettre du pape émérite le montre assez clairement.

Ainsi, la première tâche du Projet Catholique est de chercher à clarifier la compréhension de la manière dont on en est arrivé là, et pourquoi. Il y a une indubitable unité – presque une simplicité – derrière tout cela : les hommes convaincus de la vérité de l’Évangile et consacrés à la croix du disciple ne s’attaquent pas aux jeunes ni aux faibles, ni à quiconque d’autre. La crise est incontestablement une crise de la fidélité.

Mais il y a plus que cela. C’est également une crise de la mauvaise gestion, de la malfaisance et de l’omission épiscopales. C’est une crise de la formation des prêtres, de la paternité spirituelle et, oui, du cléricalisme et de l’abus de pouvoir. C’est aussi une crise amenée et exacerbée par l’impureté sous toutes ses formes, et non des moindres, l’environnement homosexuel et la prédation sur de jeunes hommes et des séminaristes. C’est une crise sous des influences culturelles et sociales, avec des causes spirituelles, des complexités psychologiques, etc., etc., etc.

Comment se met-on à démêler un problème comme celui-là ?

Pour commencer, nous avons accueilli une série de conférences pour examiner les causes-racines de la crise, pour explorer les antécédents historiques, pour apprendre comment l’implication laïque dans les efforts de la réforme a évolué au cours des siècles, et pour ébaucher les principes qui vont guider des réponses laïques fidèles et solides pour aujourd’hui et pour l’avenir. Nous avons interrogé des théologiens, des sociologues, des canonistes, des travailleurs sociaux, des historiens, des experts en sociologie des organisations, et des membres des media catholiques, en leur demandant de se prononcer.

Est-ce que toutes les contributions ont été aussi convaincantes ? Non. Mais je pense que quiconque a participé à l’une des conférences ou en a regardé en ligne, y aura trouvé quelque chose de nouveau, de perspicace, peut-être même de surprenant. L’image globale s’éclaircit et les détails apparaissent de plus en plus.

Les deux autres objectifs du Projet Catholique, outre la compréhension, sont la prévention et la remédiation. Pour ces efforts, l’École nationale catholique du service social a apporté une aide considérable. Elle travaille en liaison étroite avec l’USCCB afin d’aider les évêques à mieux comprendre le traumatisme de l’abus et à considérer que ceux qui en ont été victimes sont plus que de simples responsabilités. Elle est en train de concevoir un programme de certificat en protection de l’enfance, qui ouvrira différentes pistes d’études adaptées aux besoins des étudiants en fonction de leurs domaines d’études – travailleurs sociaux, juristes, canonistes, séminaristes, employés de chancellerie, etc.

La Busch School of Business a un mastère en Administration et management ecclésiaux. Elle est la première à dire que la crise des abus n’est pas, avant tout, un problème de management, et que l’Église n’est pas une entreprise. Néanmoins, un management transparent et efficace – à la fois au niveaux diocésain et paroissial – est un éléments important pour assurer que l’abus et la malfaisance (sexuelle, financière, ou autre) sont en premier lieu moins susceptibles de se produire, et sont traités rapidement et de manière appropriée lorsqu’ils existent.

Le droit canon est une boîte noire pour la plupart des catholiques et pourtant, il joue un rôle crucial dans la détermination de la manière dont l’Église répond à la crise. Par exemple : lorsqu’une allégation d’abus est communiquée dans un diocèse, qu’est-ce qui se passe dans les quarante-huit heures qui suivent ? Quelle est la procédure canonique qui se met en place ? Qui est impliqué ? Est-ce « la Loi et l’Ordre » en col romain ? Ce ne sont pas là des questions futiles, compte tenu de ce que la réponse de l’Église à cette crise est déterminée par la loi canonique, et de ce que la plupart des catholiques en savent si peu sur le sujet, voire parfois pourquoi un tel droit existe.

La crise actuelle pèse sur d’innombrables questions de droit, à la fois de droit canon et de droit civil. En y ajoutant les zones nébuleuses de recouvrement des juridictions canoniques et civiles, on y ajoute toute une série de nouvelles questions. L’Université catholique héberge à la fois une école de droit canon et l’école de droit Columbus. Cela offre une opportunité unique de collaboration qui peut bénéficier à l’Église dans tout le pays. Cela aussi fait partie du Projet Catholique.

Il y a encore beaucoup à faire. Nous ne faisons que commencer. J’espère que notre travail portera de bons fruits. Nous ne nous faisons aucune illusion sur le fait de « réparer l’Église », mais nous sommes conscients d’avoir d’importantes contributions à apporter à cet objectif. Et peut-être que nos nombreux efforts ajouteront plus que la somme de tous les éléments. De toute façon, c’est là notre but.

S’il vous plaît, portez nos travaux dans vos prières.

25 avril 2019

https://www.thecatholicthing.org/2019/04/25/introducing-the-catholic-project/

Stephen P. White est membre des Études Catholiques au Centre de politique publique et d’éthique de Washington.

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