TRADUIT PAR : Thérèse DESWARTE - LEVISSE

Interminablacronyme

Par Brad Miner

lundi 23 mars 2015

Carl Trueman a écrit au sujet des conséquences qu’entraîne la séparation, à la Weysleyan University, de la sexualité et de la procréation, manifeste dans les différentes manières dont l’université cautionne une démultiplication des identités sexuelles. Poussé par la curiosité, je suis allé voir à Weysleyan, mais uniquement sur des sites sains.

La Weysleyan University est située dans le Connecticut, à Middletown, endroit plutôt mal nommé pour elle ; "middle" n’étant pas le mot qui convient le mieux, bien que je suis certain qu’il se trouve à Middletown beaucoup d’habitants appartenant à la classe moyenne ordinaire ("middleclass"), de citadins ordinaires et sans doute aussi quelques étudiants "Weysleyiens" ordinaires et se situant dans la moyenne, ce qui n’apparaît pas quand on visite le site de l’université.

Middletown est située sur les rives du fleuve Connecticut dans le comté de Middlesex, et voilà j’y viens, car en fait il doit bien y avoir un ou deux étudiants "middlesex" ou à la "sexualité ordinaire" à la Weysleyan, bien qu’il ne soient pas pour l’instant représentés par les initiales de l’interminablacronyme, composé actuellement de quinze lettres : LGBTTQQFAGPBDSM. Je m’explique.

Cet adorable petit mot, un interminablacronyme, est le LISTSERV ou serveur de listes de diffusion propre au campus, "choisi pour cette suite apparemment interminable de lettres" censées décrire de quelle manière les étudiants s’identifient en ce qui concerne la préférence sexuelle et le genre. Si vous pensez, "Mais enfin, Brad, il n’y a que deux genres", c’est que vous êtes, comme l’exprime la Weysleyan, prisonnier du "système sexe/genre hétéronormatif oppressif qui sévit en Amérique". Eh oui, prisonnier, je le suis.
Petit excursus linguistique : le mot "genre" est avant tout et à l’origine un mot pour qualifier des mots, noms et adjectifs en particulier, qui dans différentes langues sont masculins ou féminins, avec un plus petit nombre d’entre eux qui sont neutres, nous voilà donc au nombre de trois genres. Mais voir aussi dans mon dictionnaire Shorter Oxford la définition #1b : "Le sexe, tel qu’exprimé par les distinctions culturelles ou sociales." Cette acception ne date que du milieu du 20e siècle, et il faudrait la montrer à la personne qui s’est emparée de ce mot pour le démultiplier en un mouvement académique un peu particulier mais influent, à supposer qu’il ne s’agit pas d’une passade.

Mais retournons à la Weysleyan University. Bon, sans aucun doute au cours de l’histoire, les homosexuels ont dû faire face à beaucoup d’épreuves pour se faire accepter, tout comme les hommes portant des vêtements féminins, mais eux, de manière moins frontale. Je ne parle pas là d’accepter leurs pratiques sexuelles ou d’accepter un agenda politique spécifique tel que le "mariage" homosexuel, mais du traitement réservé par les hétérosexuels aux homosexuels comme étant moins égaux devant la loi et devant Dieu. Après tout, l’Église enseigne que le "Dieu qui est Amour et Vérité en une seule personne appelle l’Église à évangéliser tout homme, toute femme et tout enfant avec la sollicitude pastorale de notre Dieu de compassion."

Mais accepter une personne qui est "queer" ou homosexuelle (la Weysleyan University met le mot "queer" à l’honneur) ne veut pas dire pour autant accepter l’homosexualisation de la culture. Ce dont ne se prive pas bien sûr la Weysleyan University, qui s’est donné beaucoup de mal pour encourager, ce qui sortait de son rôle, toutes les versions possibles de la sexualité, y compris certaines qui n’ont pas encore de nom, d’où le mot LGBTTQQFAGPBDSM, car il y a de la "place à la Weysleyan pour une forme d’identité propre, sous tout vocable qui puisse le mieux valider celle-ci."

"Quand les étudiants de la Weysleyan usent du mot "queer" pour se décrire eux-mêmes et leurs communautés, ils en usent avec fierté." Tout ceci pour s’assurer que tous les jeunes de 17 à 22 ans "Lesbienne, Gay, Bisexuel, Transsexuel, Queer, Questioning, Flexuel, Asexuel, Genderf**k, Polyamoureux, Esclave/Disciple, dominant/dominé [deux lettres omises], Sado/Maso" puissent simplement être eux-mêmes, avec la chaleureuse approbation de la faculté et de son personnel.

Encore un petit excursus linguistique : Trois de ces concepts méritent (et, pour la plupart d’entre nous, nécessitent) une définition. Voir donc, avec l’aimable autorisation de l’Urban Dictionary : flexuel : attiré sexuellement par deux "genres" ou plus, et utilisé à la place de bisexuel ; genderf**k : qui envoie délibérément des messages contradictoires au sujet de la sexualité, généralement par l’attitude vestimentaire (p.ex., porter à la fois une jupe et la barbe) ; et polyamorous : état dans lequel on a des relations sexuelles ou romantiques multiples et simultanées, avec le consentement de tous les partenaires concernés.
Ah, le consentement.

Il est intéressant de constater, ne trouvez-vous pas, qu’un campus universitaire qui a pour politique d’ "interdire de fumer à l’intérieur d’un périmètre de 7,50m autour de tous les bâtiments universitaires" et d’ "interdire la détention, l’utilisation, ou la distribution de drogues illicites et d’alcool de manière illégale et par des étudiants mineurs", fait preuve de plus de complaisance envers la servitude sexuelle et le sadisme ?

Je suis certain que Michael S. Roth, Président de la Weysleyan University répondrait que les jeunes adultes qui fréquentent la Weysleyan ont presque tous atteint l’âge légal de consentement (16 ans dans l’état du Connecticut). Donc, si une étudiante de première année, juste pour s’amuser, consent à se laisser ligoter sur un lit et à se faire fouetter par son petit ami, ça va, tant qu’ils ne fument pas en même temps une Camel ou qu’ils ne boivent pas une Bud Light (l’âge légal minimum pour boire de l’alcool étant 21 ans dans l’ « État de noix de muscade »).

La Weysleyan University propose tout un éventail d’offres "Queer", allant d’une liste de cinquante "espaces sanitaires ouverts à tous les genres", dans et autour du campus, jusqu’au répertoire de l’ensemble des trente-deux facultés "queer", en passant par l’aide pour s’inscrire avec un "nom de son choix", parce qu’il y a de la "place à la Weysleyan pour une forme d’identité propre, sous tout vocable qui puisse le mieux valider celle-ci."

Il y a aussi une activité missionnaire. Un groupe du nom de Peers for Queers "s’efforce de mettre en place un réseau de soutien émotionnel pour les élèves du secondaire à Middletown." Je ne sais s’il s’agit là simplement d’aide ou s’il y a aussi du prosélytisme (ou une initiation d’ordre technique).

Est-il besoin d’ajouter que cette université propose un cursus d’études "Queer" ? C’est un cursus particulier (une trentaine de cours environ sont proposés) au sein des études de civilisation américaine. Le but étant le "décentrement [des] conceptions statiques ou stables de l’identité sexuelle."
En quoi consiste, pensez-vous, un stage validant dans ce domaine d’études ? En 1999, dans un cours à la Weysleyan University sur la pornographie, on a "demandé aux étudiants… de créer leurs propres travaux à caractère pornographique pour leur projet de fin d’études." Mais en fait, il en était ainsi en 1999, avant que tout ne devienne conceptuel, bien que dans le CV de la directrice du Centre des Parcours d’études Queer de la Wesleyan University, "études de performances" fait partie de la liste de ses thèmes de recherche, mais pour être honnête, j’ignore complètement ce que cela peut bien signifier.
Soyez rassuré, avec les 60 000 $ US (environ 55 000 euros, NdT) de frais annuels de scolarité versés pour inscrire votre fille à l’Université Weysleyan, elle sera autorisée à suivre le cours FGSS 309 (Études sur le Féminisme, le Genre, la Sexualité) : "Christianisme et Sexualité", une exploration de "la confession religieuse, du mysticisme, du mariage, du célibat, des identités et des pratiques homosexuelles, et des droits reproductifs."

C’est de votre argent dont il s’agit.


A propos de Brad Miner

Brad Miner est le rédacteur en chef de The Catholic Thing, Maître de Conférences au Faith & Reason Institute, membre du conseil d’administration d’AED-USA. Il est ancien rédacteur littéraire de National Review. Son ouvrage, The Compleat Gentleman est disponible en version audio et en iPhone.

http://www.thecatholicthing.org/2015/03/09/endlessacronym/

Photo : genderf**ker : Tous bienvenus à la Weysleyan , excepté la cigarette (Marlene Dietrich dans "Coeurs brûlés" - T.O. “Morocco” - 1930)

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