Traduit par Charlotte

Ignace de Loyola, le film

Par Brad Miner

jeudi 23 février 2017

Bien que le film biographique du fondateur de l’ordre des Jésuites soit sorti l’été dernier, je n’ai pu le voir que la semaine dernière. Le film de l’auteur-réalisateur Paolo Dy a été tourné – en langue anglaise – en Espagne et aux Philippines sous les auspices de la Fondation des Communications Jésuites Philippines (JesCom Films). Il est peu probable qu’il passe dans votre Cineplex local, mais – comme je l’expliquerai à la fin de cette recension – vous pouvez prendre l’initiative d’organiser une projection pour un groupe de votre église ou une autre organisation catholique.

Je vous invite fortement à le faire parce que c’est un film catholique vraiment supérieur à tous ceux que j’ai vus depuis des années. C’est du cinéma en même temps vraiment catholique et superbe.

Le film commence avec le feu et l’eau – un leitmotiv récurrent. On traverse le feu de la conversion et émerge à travers les eaux de la vie nouvelle. Iñigo Lopez de Loyola (joué par l’acteur espagnol Andreas Muñoz) se déploie comme une fleur qui s’ouvre dans une terre brûlée – c’est un soldat mis à l’épreuve comme une épée dans les flammes puis jeté dans l’eau pour forger sa force. C’est en fait une scène et elle est puissante.

L’histoire de Loyola, aristocrate espagnol brisé par la guerre et qui va fonder la Compagnie de Jésus, ressemble à de nombreux récits de conversion véridiques. D’Augustin à Merton, mais surtout saint François d’Assise avant lui et Charles de Faucauld après, qui étaient aussi des soldats que les blessures profondes de la guerre ont conduits à une conviction plus profonde de servir le Christ. Comme saint Augustin, Loyola a vécu une vie assez sensuelle jusqu’à ce qu’il soit gravement blessé à la bataille de Pampelune en 1521.

Le tournage d’Ignace de Loyola a coûté environ 1 million de dollars (menue monnaie à Hollywood), mais tandis que dans certains films à maigre budget les scènes de guerre sont médiocres, elles ne le sont pas dans celui-là. Enfin, certains des effets spéciaux sont un peu tirés par les cheveux (on ne s’attend pas à considérer sur un pied d’égalité les F/X [films à effets spéciaux] et, disons, Le Royaume du Ciel de Ridley Scott avec son budget dix fois plus important). Mais dans l’ensemble, les images de la bataille sont puissantes – surtout dans la description des séquelles, quand la jambe cassée de Loyola – qui l’a fait boiter le reste de sa vie – doit être réparée et puis cassée de nouveau et encore réparée. Ces scènes doivent beaucoup aux indications prudentielles de Mr. Dy et à la cinématographie de Lee Briones Meily.

Mais c’est la performance de M. Muñoz qui rend ces scènes et, en fait, tout le film tellement bon - qui amène tout à un si bon résultat. Sa performance aurait facilement pu lui obtenir une nomination aux Oscars si les membres de l’Académie avaient vu le film. Et d’autres acteurs dans Ignace de Loyola sont presque aussi bons – assez bons pour mériter une nomination pour l’ensemble des acteurs aux Prix du Guild des acteurs de cinéma/Screen Actors Guild Rewards – si ces personnes avaient vu le film.

Il est probablement plus facile de « jouer » l’agonie que la tendresse, et une scène du film – la meilleure, à mon avis – se passe entre Iñigo, fatigué de la guerre, et une prostituée, Ana. Le frère et le cousin d’Iñigo l’ont amené dans un bordel, espérant lui remonter le moral après la guerre. Ils ne savent pas qu’il a entendu l’appel du Christ. Assis sur le lit d’Ana, il refuse ses avances, désirant seulement parler – ce qu’aucun homme ne lui a jamais demandé.
Ana (jouée par Marta Codena) et Iñigo parlent de Jésus. Comme le fait Loyola avec d’autres tout au long du film, il lui demande d’utiliser son imagination – de voir Jésus assis sur une chaise dans sa chambre. La conversion d’Iñigo est très avancée ; celle d’Ana vient de commencer. Son visage (enfin, celui de Mlle Codena) est transformé d’abord par la peur, puis par l’espoir – comme celui de M. Muñoz. C’est un moment émotionnellement puissant comme je n’en ai pas vu à l’écran depuis des années ; sa subtilité étonnante vous frappe comme une onde de choc.

Peu de temps après, Loyola se met en route pour suivre les traces des pieds nus de saint François. Il sert les malades et les mourants dans un hôpital de Manresa, en Espagne, et il vit de nombreux mois dans une caverne – se torturant et étant tenté par un démon (également joué par M. Muñoz). Les scènes où il se flagelle suggèrent toujours une sorte de folie, mais le résultat de l’angoise d’Iñigo est une santé morale presque totale. Ceci le conduit devant l’Inquisition.

C’est curieux, non parce que ce n’est pas arrivé (c’est arrivé), mais parce que l’inquisiteur qui juge Iñigo (pour avoir prêché sans diplôme de théologie et sans appartenir aux Saints Ordres) est Alonso de Salazar Frias. Mais Frias (joué par Gonzalo Trujillo), connu comme l’avocat des sorcières, n’est né que huit ans après la mort de Loyola. (Il y a peut-être eu plus tôt un inquisiteur nommé Frias, mais si c’est vrai, je n’ai trouvé aucune référence à son sujet.) Peu importe.

Au fur et à mesure que l’histoire se déroule, nous voyons Loyola écrire – le journal de sa vie (qui formera la base de son autobiographie) et ses Exercices Spirituels. Une conversion peut se décrire comme mourir dans et pour le Christ, et, en un sens, Loyola a développé une formule pour faire exactement cela – un processus discipliné par lequel tout est vu à travers Jésus Christ et donné à Jésus Christ.

Le fim se termine sans parler de l’histoire de la fondation de la Compagnie de Jésus ni des dernières décennies de la vie de Loyola, alors nous pouvons espérer une suite – peut-être avec un flash-back sur son voyage en Terre Sainte. Cette suite se fera, je suppose, si un nombre suffisant de gens voit ce film.

Ignatius Press met ce film à la disposition de toute organisation catholique pour des projections théâtrales. Vous trouverez des informations à ce sujet sur IgnatiusMovie.com.

Ignace de Loyola est classé PG-13, en grande partie pour cette flagellation. Parmi les acteurs non encore mentionnés citons la délicieuse Tacuara Casares, Princesse Catalina, le talentueux Javier Godino et Mario de la Rosa comme parents de Loyola, l’élégante Isabel Garcia Lorca comme patronne d’Iñigo au début, Julio Perillán comme le Dominicain qui défend Iñigo avant l’Inquisition, et Pepe Ocio comme un camarade d’armes, dont la mort hante le futur saint et le propulse vers Dieu.

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