Hommage à Monseigneur Xavier de Tarragon

par Henri VIVIER

jeudi 1er avril 2010

Assurément, il n’a pas toujours été aisé de s’appeler l’abbé de Tarragon dans les années 60 et 70, puis d’être le chanoine de Tarragon à partir de 1988 et, enfin, Monseigneur de Tarragon à compter de 1997.

« Prêtre mondain ! » :

Cette caricature, Monseigneur, était facile ; elle ne vous fut pas épargnée.

En un demi-siècle de sacerdoce, vous avez appris à accueillir de tels propos avec votre éternel sourire : mi-amusé, mi-peiné… En homme bien élevé, vous avez appris très tôt à souffrir en silence… Fils d’officier général, né dans une famille où les mots « honneur », « droiture » et « loyauté » n’ont jamais été de vains mots, vous avez fait montre d’une constante dignité.

De fait, vous avez traversé les années 60 et 70, qui furent une période de remises en cause, de doutes et de rejets dans bien des domaines.

Au cours de ces années-là, ce qu’il est convenu d’appeler « les élites traditionnelles », a été subitement raillé et marginalisé…

Vous, l’abbé Xavier de Tarragon, ordonné prêtre le 25 mars 1963 au milieu du Concile Vatican II, n’avez jamais oublié personne, ni raillé quelqu’un, ni méprisé quiconque ! Dans une fidélité exemplaire à l’égard de l’Eglise, vous avez témoigné de l’amour du Christ partout et toujours.

Bien sûr, certains aspects de votre apostolat ont été plus visibles que d’autres :

- Conseiller spirituel de l’Association d’entraide de la noblesse française, reconnue d’utilité publique ,

- Aumônier des Amis de Jehanne d’Arc,

- Aumônier de l’association « Saumur », association nationale des officiers de réserve de l’arme blindée et de la cavalerie,

- Chapelain conventuel ad honorem de l’Ordre souverain de Malte, cet ordre religieux et hospitalier constamment mobilisé au service des pauvres et des malades,

- Membre de l’Association des chevaliers pontificaux, dont l’action s’exerce notamment en faveur des prêtres âgés…

N’était-ce pas vous qui parliez de vos ouailles avec cet humour qui prouve que vous ne vous êtes jamais pris au sérieux : « Ma clientèle particulière »…

Vous avez été bien placé pour savoir que cette clientèle particulière n’avait rien de particulier, tant les péchés, les infirmités de l’âme, les pauvretés spirituelles autant que matérielles sont le lot commun de l’humanité.

N’était-ce pas vous qui déclariez en privé, en 1997, à propos de ceux dont on vous reprochait parfois d’être le pasteur : « Mais ces gens-là, aussi, ont une âme ! ».

Oui ! Votre seul souci a toujours été le salut des âmes.

Les fonctions prestigieuses, les appellations honorifiques, les titres et les prédicats, vous n’en aviez cure !

Tout cela ne vous a jamais impressionné !

Les seules choses qui comptaient, c’était votre amour de l’Eglise du Christ, votre attachement à la Terre Sainte, votre dévouement envers votre prochain, notamment dans votre rôle de confesseur et de prédicateur, en un mot : de pasteur.

Très nombreux sont ceux qui ont trouvé auprès de vous, non seulement un secours spirituel, un sacrement, mais aussi une compréhension immédiate, de la chaleur humaine et une respectueuse amitié.

Juriste – canoniste - vous connaissiez à la perfection les rouages institutionnels de l’Eglise. Pasteur, vous saviez les ressorts intimes de l’âme humaine et prodiguiez, avec beaucoup de tact, de sagesse et d’humanité, des conseils toujours pertinents.

Tous ceux qui vous ont approché s’en souviennent : séminaristes, prêtres, laïcs - notamment les scouts que vous avez accompagnés, les nombreux fiancés que vous avez préparés au mariage, les époux parfois confrontés dans leur vie conjugale à certaines situations délicates…

Votre « clientèle particulière » était, du reste, beaucoup plus diversifiée qu’on ne peut l’imaginer.

Toujours dévoué, vous n’hésitiez pas à effectuer durant l’été des centaines de kilomètres, à traverser la France de part en part, pour célébrer baptêmes et mariages.

Vous étiez épris de simplicité. Ceux qui ont eu l’occasion de partager un repas à votre domicile savent que vous détestiez le luxe et que vous avez toujours vécu humblement…

Vous n’avez jamais rien demandé pour vous-même. Vous n’avez jamais intrigué, ni rien réclamé. Vous avez beaucoup donné de vous-même. Et si vous avez parfois reçu, c’est que cela vous fut véritablement offert.

Prélat d’honneur de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, titre qui vous vaut d’être appelé « Monseigneur » : Ce sont des paroissiens de la chapelle Saint-Louis de l’Ecole militaire qui, en 1997, au moment où vous quittiez le diocèse aux Armées françaises, ont demandé pour vous, à votre insu, cette marque d’estime pontificale.

Chevalier de la Légion d’honneur : Là encore, l’initiative en revient à l’un de vos anciens paroissiens de l’Ecole militaire, devenu entretemps Grand chancelier. C’est lui qui, vous connaissant bien, voulut, motu proprio, rendre hommage en 1998 à la façon que vous avez toujours eue de servir le Christ, l’Eglise et la France…

Oui, Serviteur, vous l’avez été constamment :

Prêtre fidèle de l’Eglise de Jésus Christ,

Pasteur du temps et du contre-temps,

Confesseur patient de nos humanités dont le regard azur indiquait hier le ciel et reflète aujourd’hui la clarté du Paradis.

Au nom de ceux, très nombreux, pour lesquels vous avez représenté un guide et un soutien et pour qui vous continuez votre œuvre auprès de Dieu, qu’il soit permis de dire ici :

Monseigneur, Merci !

Henri VIVIER

Messages

  • bonjour,
    Je n’étais pas au courant du décès de Monseigneur de Tarragon et je suis profondément bouleversée.
    En effet, il nous avait accompagné dans la démarche que constitue le mariage qui a été célébré à la Madeleine en 2004.
    Je voulais le revoir pour lui parler de problèmes qui me tiennent à coeur.
    Je suis profondément émue et l’hommage que je viens de lire est lumineux et vrai dans ces mots.
    J’aurai été présente le 25/03 si seulement j’avais su !

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